Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Jules Verne , Famille-Sans-Nom (1889), Deuxième partie : Chapitre 11. Expiation
Depuis le 31 octobre 2005

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Voici dans quelles circonstances le nom de Morgaz avait été révélé aux défenseurs de l'île Navy.

On ne l'a pas oublié, à plusieurs reprises déjà, les préparatifs de résistance, les points que l'on fortifiait pour repousser une attaque des royaux, quelques tentatives faites en vue de forcer le passage du Niagara, avaient été signalés au camp de Mac Nab. Évidemment, un espion s'était glissé dans les rangs des patriotes et tenait l'ennemi au courant de tout ce qui se faisait sur l'île. Cet espion, en vain avait-on cherché à le découvrir pour en tirer justice sommaire. Il avait toujours échappé aux recherches faites jusque dans les villages de la rive américaine.

Cet espion n'était autre que Rip.

Irrité de ses derniers insuccès, qui se traduisaient par des pertes considérables au détriment de sa maison de commerce, le chef de l'agence Rip and Co. avait tenté de remonter ses affaires par un coup audacieux avec l'espoir de balancer ses récentes déconvenues. Elles étaient graves, en effet. Il avait échoué à l'engagement de la ferme de Chipogan, où son escouade avait dû battre en retraite. À Saint-Charles, on sait comment il avait laissé à Jean-Sans-Nom, alors caché dans Maison-Close, la possibilité de s'enfuir. Enfin, ce n'étaient pas ses hommes, c'étaient ceux du chef de police Comeau qui avaient opéré la capture du proscrit.

Rip, décidé à prendre sa revanche, n'ayant plus à s'occuper de "l'affaire Jean-Sans-Nom", puisque l'on avait toutes les raisons de croire que le condamné avait été exécuté au fort Frontenac, imagina de se rendre sous un déguisement à l'île Navy. Là, au moyen de signaux convenus, il se faisait fort d'indiquer au colonel Mac Nab quels étaient les travaux de défense et en quel point il serait possible de tenter une descente sur l'île. C'était évidemment risquer sa vie que de s'aventurer ainsi au milieu des patriotes. Si on le reconnaissait, il n'aurait aucune grâce à espérer. On le tuerait comme un chien. Mais aussi, une somme considérable devait lui être attribuée, s'il parvenait à faciliter la prise de l'île - ce qui amènerait nécessairement, avec la disparition de ses principaux chefs, la fin de cette période insurrectionnelle de 1837.

Dans ce but Rip gagna la rive américaine du Niagara. Puis, à Schlosser, il prit passage sur la Caroline comme un simple visiteur, et s'introduisit au camp de l'île Navy.

En réalité, grâce à son déguisement, à sa barbe qu'il portait entière, aux modifications introduites dans son attitude habituelle, au son de sa voix qu'il avait changé, ce hardi policier était méconnaissable. Et pourtant, il se trouvait là des gens qui auraient pu le reconnaître - M. de Vaudreuil et sa fille, Thomas Harcher et ses fils, avec lesquels il s'était rencontré à Chipogan, et aussi maître Nick, qu'il ne s'attendait guère à rencontrer sur l'île. Mais, très heureusement pour lui, son déguisement était si parfait que personne n'eut de suspicion à son égard. Il put ainsi, sans se compromettre, faire son métier d'espion, et, quand cela était nécessaire, correspondre avec Chippewa. C'est ainsi qu'il avait prévenu le colonel Mac Nab de l'attaque projetée par Vincent Hodge contre le fort Frontenac.

Une circonstance devait le perdre.

Depuis huit jours qu'il était arrivé, vêtu comme les bonnets bleus, s'il s'était souvent trouvé en présence de Thomas Harcher, de maître Nick et autres, Rip n'avait pas encore rencontré Bridget. Et, même, comment eût-il pu soupçonner sa présence à l'île Navy? La femme de Simon Morgaz, au milieu des patriotes, c'eût été la chose du monde à laquelle il se fût le moins attendu. Ne l'avait-il pas laissée à Maison-Close, après lui avoir épargné les abominables représailles qui furent exercées contre les habitants de Saint-Charles? En outre, depuis douze ans - depuis l'époque où il avait été en rapport avec sa famille et elle à Chambly - tous deux ne s'étaient trouvés face à face qu'une seule fois, le soir de la perquisition. Aussi Bridget, pas plus que maître Nick ou Thomas Harcher, n'aurait pu le reconnaître.

Bridget ne le reconnut pas, à la vérité. Ce fut lui qui se trahit dans des circonstances que toute sa méticuleuse circonspection n'avait pu prévoir.

Ce soir-là - 16 décembre - Bridget avait quitté la maison où Vincent Hodge s'était rendu sur la demande de M. de Vaudreuil. Une nuit profonde enveloppait la vallée du Niagara. Aucun bruit, ni dans le village occupé par les troupes anglaises, ni au camp des réformistes. Quelques sentinelles allaient et venaient sur la berge, surveillant le bras gauche de la rivière.

Sans se rendre compte de sa marche machinale, Bridget était arrivée à la pointe en amont de l'île. Là, après une halte de quelques instants, elle se préparait à revenir, lorsque son œil fut frappé par une lueur qui s'agitait au pied de la berge.

Surprise et inquiète, Bridget s'avança jusqu'aux roches qui dominent le Niagara en cet endroit.

Là, un homme balançait un fanal, dont la lumière devait aisément être vue de la rive de Chippewa. Et, en effet, une lueur, partie du camp, lui répondit presque aussitôt.

Bridget ne put retenir un cri, en voyant cet échange de signaux suspects.

D'un bond, cet homme, mis en éveil par le cri de Bridget, eut gravi les roches, et, se trouvant en face de cette femme, il lui porta vivement la lumière de son fanal en pleine figure.

"Bridget Morgaz!" s'écria-t-il.

Interdite, au premier abord, devant cet homme qui savait son nom, Bridget recula. Mais sa voix, qu'il n'avait pas eu la précaution de changer, venait de trahir l'identité de l'espion.

"Rip!... balbutia Bridget, Rip... ici!

- Oui, moi!...

- Rip... faisant ce métier...

- Eh bien, Bridget, reprit Rip à voix basse, ce que je fais ici, n'est-ce pas ce que vous y êtes venue faire? Pourquoi la femme de Simon Morgaz serait-elle au camp des patriotes, si ce n'est pour communiquer...

- Misérable! s'écria Bridget.

- Ah! taisez-vous, dit Rip en la saisissant violemment par le bras. Taisez-vous, ou sinon..."

Et rien que d'une poussée, il pouvait la précipiter dans le courant du Niagara.

"Me tuer? répondit Bridget en reculant de quelques pas. Ce ne sera pas, du moins, avant que j'aie appelé, avant que je vous aie dénoncé!..."

Puis:

"À moi!...... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



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CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

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DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

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DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

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GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


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Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
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