| | | ANALYSE La place de la langue et de la culture dans le programme patriote Depuis le 25 mai 2004 |  page 1 / 3 |
 | Augustin-Norbert Morin (1803-1865) Au sein du mouvement patriote, l'un de ceux s'étant particulièrement intéressés aux questions de langue et de culture. |
Par France Mansour, étudiante au Bacc. en histoire, UQAM
Les Rébellions portent une grande charge symbolique dans notre mémoire
collective. Perçues comme événement fondateur du mouvement d’affirmation
nationale québécois, les Rébellions suscitent maints questionnements qui
interpellent notre sensibilité contemporaine. La question de la protection de la
langue française est de ceux-là. On peut dès lors se demander quelle place
revêtait cette question dans les revendications patriotes. Si les historiens
nationalistes des années 1930-40, dont Gérard Filteau, en faisaient une de leurs
revendications principales, cette interprétation a été relativisée depuis.
Je considérerai ici les Rébellions comme un mouvement d’affirmation nationale
visant à faire valoir les intérêts des Canadiens français face aux
fonctionnaires britanniques et au lobby des marchands anglais. Initié sur la
scène politique par la petite bourgeoisie canadienne française, ce mouvement
bénéficie d’un important support populaire et vise principalement à assurer à la
majorité canadienne française un poids correspondant à son importance
démographique dans la vie politique de la colonie. À travers leur lutte pour une
juste représentation politique des Canadiens français, les députés patriotes,
mus par l’idéal libéral d’égalité, cherchent à faire reconnaître la valeur de
leur culture d’origine française, souvent considérée comme arriérée par les
autorités anglaises et à protéger leurs acquis culturels, plus particulièrement,
la langue française, dans l’optique d’assurer l’égalité des chances aux
Canadiens français dans la vie économique et politique bas-canadienne.
Le mouvement patriote s’inscrit dans l’émergence d’une conscience nationale
canadienne française construite à travers l’héritage français et britannique.
Ainsi, à une première distanciation face aux origines françaises lors de la
Conquête, se conjugue la prise de conscience, dans les années 1820-30, de former
un groupe national dont les intérêts socio-économiques diffèrent de ceux des
élites britanniques ou anglo-canadiennes accaparant les instances
décisionnelles. Dans un contexte de main-mise britannique sur l’économie et les
institutions gouvernementales, « le facteur national s’imposa de lui-même à la
conscience collective (BELLAVANCE, 2000 : 374) ». Les Canadiens français en
viennent, dès lors, à se considérer comme un peuple francophone et catholique
dont maintes coutumes sont héritées de la France, mais surtout comme un peuple
d’Amérique, et ne rechignent pas à reconnaître l’influence britannique et
états-unienne sur leurs mœurs, entre autres politiques.
La première phase du courant national et démocratique est celle de la
contestation des monarchies de droit divin et de l’élargissement des libertés
individuelles par rapport à l’État. La légitimité, dans l’esprit des libéraux,
passe du souverain vers la nation, à travers les institutions parlementaires et
leur garantie constitutionnelle. Ces idées atteignent le Bas-Canada dès 1776,
sous l’influence du républicanisme états-unien, et en 1791 avec l’instauration
d’une constitution (BELLAVANCE, 2000 : 370). Se réclamant des idéaux du
libéralisme politique, les patriotes cherchent à faire valoir leurs droits
devant la Couronne britannique afin d’obtenir les aménagements constitutionnels
susceptibles de mieux représenter leur nation. Ainsi, la 52e résolution :
Résolu, Que c’est l’opinion de ce comité, que puisqu’un
fait, qui n’a pas dépendu du choix de la majorité du peuple de cette
province, son origine française et son usage de la langue française, est
devenu pour les autorités coloniales un prétexte d’injure, d’exclusion,
d’infériorité politique et de séparations de droits et d’intérêts, cette
chambre en appelle à la justice du gouvernement de Sa Majesté et de son
parlement, et à l’honneur du peuple anglais; que la majorité des habitants
du pays n’est nullement disposée à répudier aucun des avantages qu’elle
tire de son origine et de sa descendance de la nation française, qui sous
le rapport des progrès qu’elle a fait faire à la civilisation, aux
sciences, aux lettres et aux arts, n’a jamais été en arrière de la nation
britannique, et qui, aujourd’hui, dans la cause de la liberté et la
science du gouvernement, est sa digne émule; de qui ce pays tient la plus
grande partie de ses lois civiles et ecclésiastiques, la plupart de ses
établissements d’enseignement et de charité, et la religion, la langue,
les habitudes, les mœurs et les usages de la grande majorité de ses
habitants (BÉDARD, 1869 : 348-49). Les patriotes cherchent ici à affirmer leur appartenance à une entité
nationale d’origine française et le droit de cette nation à bénéficier d’une
reconnaissance égale à celle dont bénéficient les Canadiens anglais.
Dans ce contexte, on peut voir dans l’insistance que mettent les discours
patriotes sur l’aspect politique de la crise bas-canadienne (contrôle des
subsides, nomination des officiers, électivité du Conseil législatif,
court-circuitage du gouvernement colonial par le boycott des produits anglais),
l’expression de la volonté de participer à la gouvernance de la colonie afin, et
là résiderait l’objectif final des patriotes, de promouvoir le projet de société
qu’ils croient le plus apte à assurer l’épanouissement national, perçu comme
brimé par les institutions constitutionnelles en place et sévèrement compromis
par les Résolutions Russel. « Que cette violation [les Résolutions Russel] de
notre constitution est attentoire à la liberté du peuple, et tend à détruire son
existence politique, par le renversement prochain des lois, culte, langage,
mœurs et autres institutions des habitans de cette province (BERNARD, 1987 :
«Assemblée de Saint-François-du-Lac »). »
Cet épanouissement national passe notamment par le maintien des institutions
sociales et culturelles propres au Bas-Canada et dont la langue française est
une composante essentielle. « Or, le plus important, et le plus sacré de ces
usages est indubitablement celui par lequel un peuple donne les mêmes noms aux
choses et les mêmes signes aux idées (MORIN, 1825 : 11). » À cet égard, les
patriotes revendiquent, entre autres, un système scolaire francophone adéquat et
la prestation des services gouvernementaux en français, particulièrement dans... | page 1 / 3 Consulté 6 490 fois depuis le MOD
| Pierre-Marc Jodoin (24 octobre 2004) Excellent travail! D`autant plus qu`on y souligne un détail trop souvent oublié par les nationalistes québécois à savoir que "la langue n`apparaît pas comme revendication première dans le programme patriote(...)", mais comme une des nombreuses revendications d`un programme anti-colonialiste et républicain.
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Réjean Dupuis (31 mai 2004) Vous ne parlez pas suffisamment des toutes premières luttes menées dès 1793 pour la langue française.
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
|
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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