Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
LE RAPPORT DE DURHAM
Depuis le 09-juin-01

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Le contexte britannique de la nomination

On peut considérer la nomination de Durham comme une victoire des Radicaux en Angleterre (NEW,1939:126). Avec le Reform Bill de 1832, Durham sert en quelque sorte de porte-parole des Radicaux et défend les mêmes vues qu’eux. Le Bill en question permit de doubler le nombre de votants en Angleterre et limitait de beaucoup le pouvoir aristocratique. Il limite aussi sur le pouvoir du roi, qui ne pouvait plus renvoyer et manipuler à sa guise le gouvernement. Dans un point de vue libéral, c’était une victoire de la liberté et de la démocratie. La situation politique d’alors est tendue, le gouvernement Whig a une faible majorité face aux Tories, si les Radicaux font front commun avec les Tories contre les Whigs, ceux-ci pourraient être renversés. La politique Whig est donc l’apaisement des Radicaux par la nomination d’un défenseur farouche du Reform Bill sur la question des colonies d’Amérique du Nord (NEW,1939:122). En même temps, Durham est tenu à l’écart et occupé.

Les Radicaux avaient pris position pour les Patriotes. Roebuck, agent de l’assemblé du Bas-Canada, veut identifier la lutte des patriotes avec celle des Radicaux anglais (LAPORTE,1998:51). La question canadienne devient donc un point de litige important au sein du gouvernement britannique puisque c’est sur cette question que le gouvernement risque le plus d’être renversé (NEW,1939:125). Certains historiens considèrent la question comme étant plus un prétexte pour la politique intérieure en Angleterre qu’un lien véritable et durable avec le parti patriote (LAPORTE,1998:58). Dès le retour de Durham de son poste d’ambassadeur de Saint-Pétersbourg, il est utilisé par le gouvernement Whig pour calmer et se rallier les Radicaux. Par la même occasion, le gouvernement est content de voir Durham loin de l’Angleterre (NEW,1939:.126). La peur de voir un gouvernement de Whigs de gauche, aussi appelés durhamistes, et de Radicaux avec Durham à la tête pousse le gouvernement à l’éloigner tout en lui donnant un rôle prestigieux. De cette façon tout le monde est satisfait puisque le défenseur de la liberté pour les Radicaux s’occupe de la question canadienne et laisse tranquille l’esprit des Tories et des Whigs conservateurs. La situation après l’insurrection de 1837 semble toute indiquée pour faire l’affaire de tous et Durham est envoyé avec des pouvoirs extraordinaires dans le but de découvrir la raison du soulèvement. Ce n’est qu’une fois désavoué par le gouvernement britannique sur l’affaire des exilés aux Bermudes qu’il décide d’écrire son rapport, chose qui n’était pas prévue.

Le Rapport

Durham arrive donc en Amérique du Nord pour comprendre et régler les problèmes qui ont causé les troubles de 1837. En fin politicologue qu’il est Durham reconnaît de graves erreurs dans la constitution de 1791. « […] the original and constant source of the evil was to be found in the defects of the political institutions of the province; that a reform of the governement would remove all causes of contest and complaint. […] The tranquility of each of the North American Provinces was subject to constant disturbance from collision between the executive and the representatives of the people. […] The common quarrel [dans toutes les colonies] was the result of some defect in the almost identical institutions of these provinces. […] There had existed in the constitutions of the province […] defects that were quite sufficient to account for a great degree of mismanagement and disatisfation. » (LUCAS,1912,vol.2:15-16) C’est, pour plusieurs, un gouvernement responsable que réclame Durham; même si tout ce qui est politique extérieur est entre les mains de la mère patrie. Durham croit que c’est en renforçant le pouvoir du gouvernement colonial que le problème trouvera solution. C’est en se basant sur les institutions de l’Angleterre que les problèmes canadiens seront résolus. Il faut aller jusqu’au bout de la représentativité que promettait la constitution de 1791; un pouvoir représentatif du peuple. (LUCAS,1912, vol.2:277-278)

Il est à noter pourtant que Durham voit dans la lutte entre l’exécutif et les représentants un conflit national. Dans cette optique, le conflit politique n’est qu’un prétexte pour une lutte de race. « I expected to find a contest between a government and a people : I found two nations warring in the bosom of a single state : I found a struggle, not of principles, but of races; and I attempt any amelioration of laws or institutions until we could first suceed in terminating de deadly animosity that now separates the inhabitants […] » (LUCAS,1912,vol.2:16) . Pour Durham, la seule façon de régler le problème est d’éliminer une fois pour toutes la question raciale; éliminer une des deux. En tant qu’Anglais, Durham ne peut qu’opter pour la nationalité britannique. Il est vrai qu’au XIXe siècle l’Angleterre est une puissance mondiale. La révolution industrielle est en avance sur l’Europe et le monde. C’est l’époque de l’apogée de la puissance et de l’hégémonie britannique; un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais. Donc, face à ces fiers Anglais, les Canadiens-français font bien piètre figure. Français d’ancien régime, ils sont rétrogrades et manquent de tout ce qui fait avancer une nation. Ils ont hérité d’un caractère apathique à cause des institutions despotiques de la Nouvelle-France. « The institutions of France, during the period of the colonization of Canada, were, perhaps, more than those of any other European nation, calculated to repress the intelligence and freedom of the great mass of the people. » (LUCAS,1912,vol.2:27). Durham partage l’idée de plusieurs libéraux de l’époque : a savoir qu’un peuple ne peut s’élever que dans des institutions démocratiques. Lui-même ne cache pas son mépris envers Canadiens-français : « […] accustomed to form a high estimate of their own superiority, they [les Anglais] take no pains to conceal from others their contempt and intolerance of their usages »(LUCAS,1912,vol.2:38).

La race française en Amérique est vouée à une infériorité chronique, que ce soit par rapport aux colonies anglophones ou aux États-Unis. C’est d’une certaine façon une faveur qu’il rend au Canadien-français en leur offrant une nationalité britannique. Soutenir et encourager leur nationalité serait une erreur. L’état des choses pousse inévitablement les Canadiens français à être soumis aux Anglais. Ce sont eux qui ont développé et entretenu le commerce sur le Saint-Laurent. Laisser s’épanouir une nationalité qui pourra un jour fermer... 
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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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