Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les circonstances du meutre de Joseph Armand dit Chartand, survenu sur la Grande-Ligne de Saint-Blaise, le 27 nov 1837
Depuis le 4 janvier 2012

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L’exécution d’Armand dit Chartrand le 27 novembre 1837 est un événement assez singulier dans l’ensemble des troubles de 1837-1838. Un des incidents qui s’y apparente  est l’exécution de l’officier John Weir lors des événements de Saint-Denis pour lequel le capitaine de milice François Jalbert subit un procès pour meurtre. Mais le contexte en était un tout autre que pour Chartrand.

N’eût été de l’habile plaidoyer de l’avocat Charles Mondelet qui assurait leur  défense à ce procès, les accusés auraient certainement été condamnés pour meurtre. En situant l’exécution de Chartrand dans le contexte des batailles livrées à Saint-Denis, Saint-Charles et Saint-Eustache, et en revendiquant le même traitement pour les quatre accusés que celui des combattants Patriotes de ces trois batailles, il a convaincu le jury de la considérer comme un acte de guerre. Mais le jury, se rendant aux arguments de Mondelet, a provoqué la colère des bureaucrates, qui ne la voyaient pas ainsi.

Nous sommes le 27 novembre 1837. Depuis le début novembre, les choses se précipitent. Colborne avait fait émettre des mandats d’arrestation contre les principaux dirigeants Patriotes. Les batailles de Saint-Denis et Saint-Charles venaient de se dérouler. L’étau se resserrait et dans le secteur de Saint-Jean les arrestations se multipliaient. À Saint-Jean, la coalition Loyale est forte et la présence militaire importante. Plusieurs délateurs aident à l’identification des Patriotes. Armand dit Chartrand selon Filteau,  était connu des Patriotes comme  ex-sympathisant. Il changea de camp semble-il, devint délateur et collabora à plusieurs arrestations. « Les amis des captifs résolurent de le venger (Filteau, 2003, p.426).

Il est difficile de reconstituer le fil exact des événements du 27 novembre tant les témoignages semblent se contredire. Réal Fortin par exemple indique que Chartrand « exécutait des travaux de maçonneries sur une maison neuve entreprise par David Roy » (Fortin, 1988, p.38). Filteau de son côté indique plutôt que Chartrand s’était rendu chez David Roy « pour se faire payer une somme qui lui était due » (Filteau, 2003, p.426).

Il serait trop long de faire une lecture synoptique de chacun des témoignages pour faire ressortir le vrai du faux, mais on peut dégager du moins une trame commune du déroulement de la journée : un groupe de base d’une dizaine de Patriotes s’est rassemblé d’abord à l’auberge de Surprenant puis, à l’arrivée de quelques autres, recrutés dans L’Acadie surtout par René Garant  se sont rendus chez Eloi Roy. Puis on les avertit du départ de Chartrand. « Flavie Mailloux vint et, sans s’adresser à personne, dit à la porte :’’le voilà qui s’en va, si vous voulez aller après,’’ » (Procès…, 1838, p.7).  Puis sur ordre de François Nicolas, ils partirent intercepter Chartrand, l’amener près d’un boisé, et procédèrent à son exécution après un sommaire interrogatoire et une aussi sommaire condamnation. C’est Nicolas qui l’aurait accusé mais c’est Beaulieu et Garant qui semblent avoir commandé l’exécution. Puis Nicolas quitta seul les lieux et les autres se dispersèrent graduellement.  L’ensemble des détails du reste de l’événement est différent selon les témoins.

Après enquête du coroner, six personnes furent accusés de meurtre : François Nicolas, Amable Daunais, les frères Pinsonneau, René Garant et un certain Beaulieu. Ces deux derniers ayant fui aux État-Unis, ils n’ont pas subi le procès.

La plupart des témoins ont affirmé s’être rendus sur le lieu du crime sous la contrainte et ne pas connaître Chartrand.  Le passage où Flavie Mailloux vient les avertir du départ de Chartrand laisse à penser que le coup était planifié.  Georges Aubin et Nicole Martin-Veranka  ont bien décrit l’état d’esprit  des Patriotes qui ont eu à témoigner par la suite, tant à l’enquête du coroner, qu’au procès ou lors des examens volontaires  :

Tous ces pauvres diables prétendent n’avoir rien fait de très grave, accusent parfois un des leurs, quand ils savent qu’il est en fuite, avouent candidement avoir été entraînés par d’autres à marcher et sont presque tous, depuis toujours ‘’de loyaux sujets de Sa Majesté’’  (Aubin, Martin-Veranka, 2004, tome I, p.10).

Il n’est donc pas surprenant de constater dans ces examens volontaires, que même François Nicolas nie sa participation à l’exécution de Chartrand,  affirmant même ne pas le connaître et  termine sa déclaration en affirmant être « bien traité dans la prison » (Aubin, Martin-Veranka, 2004, Tome I, p.169). Le climat de crainte qui règne amène des comportements  qui laissent perplexe.

Il est donc difficile de décoder les vrais motifs du rassemblement et si l’exécution de Chartrand fut organisé par deux ou trois personnes qui ont par la suite ‘’engagés’’ d’autres Patriotes dans l’opération où si c’est le hasard qui  a fait se retrouver Chartrand et ce groupe de Patriotes au même endroit ce jour-là.  Ce qui est vrai, c’est que ces rassemblements étaient courants particulièrement depuis les événements du début novembre et que la haute surveillance et la délation dont on a parlé prouvent qu’il y avait du mouvement dans l’air.

À propos du procès, il n’y a rien à ajouter quant au contenu des témoignages qui ne faisaient que tenter de reconstituer les faits  alors que l’interrogatoire, surtout du côté de la couronne, ne visait que la recherche des preuves de culpabilité des quatre accusés. L’intérêt de la lecture du procès réside dans le plaidoyer de l’avocat de la défense Charles Mondelet. Faisant fi de toutes les contradictions possibles, admettant la responsabilité des accusés dans l’exécution de Chartrand fit la démonstration qu’il s’agissait d’un événement  du même type que les batailles de Saint-Denis et Saint-Charles, que l’exécution de Chartrand méritait le même jugement qu’on avait eu envers les combattants  de ces batailles qui avaient tués des combattants ennemis. Chartrand était un loyal qui avait trahi les siens. Mondelet suggéra au jury qu’il s’agissait d’un acte de guerre. Et le jury acquiesca.

En conclusion,  je crois que le jury a eu raison de déclarer les quatre accusés non coupables de meurtre et d’évoquer l’acte de guerre pour expliquer l’exécution d’un homme qui, répétons-le, était inconnu... 

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 Yves  (11 juin 2019)
Est-ce que Joseph-Armand dit Chartrand était un descendant de mon ancêtre Thomas Chartrand venu de Ectôt-les-Bains en Normandie en Nouvelle-France ?

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


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L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
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L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
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La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
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Quebec Mercury, 1805-1903
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