align="justify"> - Je ne partirai pas! dit Jean. Je ne vous laisserai pas exposés aux brutalités de ces misérables!... - Et que pourriez-vous faire, Jean? - Je ne sais, mais je ne partirai pas!" La résolution de Jean était si formelle que M. de Vaudreuil n'essaya plus de la combattre. D'ailleurs - on le reconnaîtra - une fuite, tentée dans ces conditions, n'eût offert que de faibles chances. La bourgade était cernée, d'après le dire de Luc Archambaut, la route surveillée par les soldats, la campagne battue par des détachements de cavalerie. Jean, déjà signalé, ne parviendrait pas à s'échapper. Peut-être valait-il mieux qu'il restât à Maison-Close? Toutefois, ce n'était pas à ce sentiment qu'il avait obéi en prenant cette résolution. Abandonner sa mère, M. et Mlle de Vaudreuil, il ne l'aurait pu. Cette décision étant définitive, les trois chambres de Maison-Close, le grenier qui les surmontait, offriraient-ils quelque cachette, où ses hôtes parviendraient à se blottir, de manière à se soustraire aux perquisitions des agents? Jean n'eut pas le temps de s'en assurer. Presque aussitôt de rudes coups vinrent ébranler la porte extérieurement. La petite cour était occupée par une demi-douzaine d'hommes de police. "Ouvrez! cria-t-on du dehors, pendant que les coups redoublaient. Ouvrez, ou nous allons enfoncer..." La porte de la chambre de M. de Vaudreuil fut vivement refermée par Jean et Clary qui se jetèrent dans la chambre de Bridget, d'où ils pouvaient mieux entendre. Au moment où Bridget s'avançait dans le couloir, la porte de Maison-Close vola en éclats. Le couloir s'éclaira vivement à la lueur de torches que tenaient les agents. "Que voulez-vous? demanda Bridget à l'un d'eux. - Fouiller votre maison! répondit cet homme. Si Jean-Sans-Nom s'y est réfugié, nous l'y prendrons d'abord, et nous la brûlerons ensuite! - Jean-Sans-Nom n'est point ici, répondit Bridget d'un ton calme, et je ne sais..." Soudain, le chef de l'escouade s'avança vivement vers la vieille femme. C'était Rip, dont la voix l'avait frappée au moment où son fils était rentré à Maison-Close, - Rip qui, en le provoquant, avait entraîné Simon Morgaz au plus abominable des crimes. Bridget, épouvantée, le reconnut. "Eh! s'écria Rip, très surpris, c'est madame Bridget!... C'est la femme de ce brave Simon Morgaz!" En entendant le nom de son père, Jean recula jusqu'au fond de la chambre. Bridget, foudroyée par cette effroyable révélation, n'avait pas la force de répondre. "Eh oui!... madame Morgaz! reprit Rip. En vérité, je vous croyais morte!... Qui se serait attendu à vous retrouver dans cette bourgade, après douze ans!" Bridget se taisait toujours. "Allons, mes amis, ajouta Rip, en se retournant vers ses hommes, rien à faire ici! Une brave femme, Bridget Morgaz!... Ce n'est pas elle qui cacherait un rebelle!... Venez et continuons nos recherches! Puisque Jean-Sans-Nom est à Saint-Charles, ni Dieu ni diable ne nous empêcheront de le prendre!" Et Rip, suivi de son escouade, eut bientôt disparu par le haut de la route. Mais le secret de Bridget et de son fils était maintenant dévoilé. Si M. de Vaudreuil n'avait rien pu entendre, Clary n'avait pas perdu une seule des paroles de Rip. Jean-Sans-Nom était le fils de Simon Morgaz! Et, dans un premier mouvement d'horreur, Clary, s'enfuyant de la chambre de Bridget, comme affolée, se réfugia dans celle de son père. Jean et Bridget étaient seuls. Maintenant, Clary savait tout. À la pensée de se retrouver devant elle, devant M. de Vaudreuil, devant l'ami de ces patriotes dont la trahison de Simon Morgaz avait fait tomber les têtes, Jean crut qu'il allait devenir fou. "Ma mère, s'écria-t-il, je ne resterai pas un instant ici!... M. et Mlle de Vaudreuil n'ont plus besoin de moi pour les défendre!... Ils seront en sûreté dans la maison d'un Morgaz!... Adieu... - Mon fils... mon fils?... murmura Bridget... Ah! malheureux!... Crois-tu que je ne t'aie pas deviné!... Toi!... le fils de... tu aimes Clary de Vaudreuil! - Oui, ma mère, mais je mourrai avant de le lui avoir jamais dit!" Et Jean s'élança hors de Maison-Close.... |