| | | ANALYSE La place de la langue et de la culture dans le programme patriote Depuis le 25 mai 2004 |   page 2 / 3 |
 | Augustin-Norbert Morin (1803-1865) Au sein du mouvement patriote, l'un de ceux s'étant particulièrement intéressés aux questions de langue et de culture. |
le
domaine juridique.
La question d’une éducation francophone accessible préoccupe l’Assemblée, en
témoignent l’adoption à l’arraché de la loi des écoles de fabriques en 1824 et
celle des écoles de l’Assemblée en 1829. « Si l’on vouloit anéantir, pour les
Canadiens, tous les moyens d’acquérir des talents et les connoissances utiles
que procurent l’éducation parmi eux, on ne pourroit prendre un moyen plus sur et
plus efficace que d’abolir l’usage de la langue Françoise dans nos colléges et
ailleurs (VIGER, 1809 : 11). » Ainsi, une éducation de qualité en français
s’avère, pour les patriotes, indissociable du développement économique et social
du Bas-Canada. Or cette éducation est mise en péril par les autorités en place :
« [...] 13° Les injustes obstacles opposés par un exécutif, ami des abus et de
l’ignorance, à la fondation de colléges dotés par des hommes vertueux et
désintéressés, pour répondre aux besoins et aux désirs croissants de la
population, de recevoir une éducation soignée (BÉDARD, 1869 : 359). »
Le problème de la prestation des services publics en français dans le contexte
où la majorité des fonctionnaires sont unilingues anglais préoccupe également
les patriotes. C’est dans le domaine judiciaire que ce problème se révèle le
plus criant.
Résolu, -Que c’est l’opinion de ce comité, que par suite de leurs liaisons avec
les membres des administrations provinciales et leurs antipathies contre le
pays, quelques-uns des dits juges ont, en violation des lois, tenté d’abolir,
dans les cours de justice, l’usage de la langue parlée par la majorité des
habitants du pays, nécessaire à la libre action des lois et formant partie des
usages à eux assurés, de la manière la plus solemnelle, par des actes du droit
public et statuts du parlement britannique (BÉDARD, 1869 : 355-56).
Pour A. N. Morin, le français doit être maintenu comme langue du droit afin de
garantir l’accessibilité de la justice, déjà limitée par l’éloignement des
campagnes et le manque d’éducation des plaignants, et qui serait autrement
inaccessible à la masse des ruraux francophones. Par ailleurs, les hommes de loi
devant obligatoirement parler anglais, l’accès à la profession d’avocat est
limité pour les Canadiens français. Encore, il estime nécessaire que le
plaignant puisse s’assurer de la conformité de l’action entamée par son
représentant d’où la nécessité de comprendre la langue des procédures (MORIN,
1825 : 8).
[...] quelle doit être la langue juridique d’un pays? La réponse se présente
tout bonnement; c’est la langue du peuple que l’on juge. Ici toutefois
d’injustes distinctions politiques tendent sans cesse à faire reconnoître en
principe que les Canadiens dont neuf sur dix au moins n’entendent que le
françois, sont obligés de se servir de la langue angloise dans tous leurs actes
civils, lors même qu’il n’est aucune des parties intéressées qui ne l’ignore.
Entre les raisons qu’on apporte au soutien de cette doctrine oppressive les
principales sont les avantages de l’uniformité, la dépendance où nous sommes de
l’Angleterre, la supériorité que doit avoir sur toute autre la langue de
l’Empire, celle du Souverain. [...] les journaux anglois [...] s’efforcent
d’insinuer qu’il devroit y avoir dans le pays une classe privilégiée de sujets
qui fît la loi aux autres sous le rapport du langage comme de tout le reste
(MORIN, 1825 : 4-5).
Les revendications patriotes, en ce qui a trait à la protection de la langue
française, se placent dans l’optique du droit naturel des peuples à la
conservation de leurs acquis culturels, de la reconnaissance de leur liberté
comme sujets britanniques à conserver certains usages français et à bénéficier
de services en langue française, droits garantis par la Constitution de 1791
(MORIN, 1825, 5-6). La langue française n’a toutefois pas, dans leur vision, de
primauté sur la langue anglaise, tous les sujets britanniques étant égaux en
droit devant la Constitution et devant le roi.
Les Canadiens anglois de naissance ne sont pas plus étrangers ici que les
Canadiens françois; ils ont les mêmes droits que nous, ils sont protégés par les
mêmes lois, et soumis aux mêmes usages; ils ont dû considérer avant de se fixer
ici, l’ordre des choses qui y étoit établi. Nous ne leur contestons pas la
légalité de leur langage; nous voulons seulement défendre celle du nôtre (MORIN,
1825 : 14).
Ainsi, la lutte patriote, tendue vers le contrôle des institutions politiques,
est-elle sous-tendue par un projet de société inclusif où la nation pourrait
assurer son épanouissement économique.
Que nous appelons de tous nos vœux l’union entre les habitans de cette Province
de toute croyance et de toute langue, et origine, que pour la défense commune,
pour l’honneur et le salut du Pays chacun doit faire le sacrifice de ses
préjugés; nous donner la main pour obtenir un gouvernement sage et protecteur
qui en faisant renaître l’harmonie fasse en même temps fleurir l’agriculture, le
commerce et l’industrie nationale (BERNARD, 1987 : « Assemblée de
Saint-Scolastique »).
Ainsi, si l’on ne perçoit guère, dans les déclarations patriotes, l’urgence de
préserver une langue française mise en péril, ces documents témoignent sans
conteste du désir de voir le français reconnu dans la vie publique, au même
titre que l’anglais. De même, le français, en tant que caractéristique
culturelle, est perçu comme devant être préservé, par l’éducation notamment, en
vertu du droit naturel des peuples à la conservation. En fait, la quête patriote
s’inscrit dans la foulée du libéralisme : légitimité populaire, égalité devant
la loi et garantie des libertés individuelles. De ce fait, la langue n’apparaît
pas comme revendication première dans le programme patriote en ce que les
patriotes cherchent d’abord à assurer aux Canadiens français le contrôle de leur
appareil gouvernemental, qu’ils conçoivent comme garant de leur épanouissement
national, économique et culturel. Il est significatif de voir comment cette
dialectique entre langue et contrôle politique s’est perpétuée en se
transformant à travers l’évolution du mouvement nationaliste québécois, mais
surtout comment l’objectif de survivance qui s’est imposé suite à l’échec des
Rébellions s’est cristallisé autour de la langue et a modifié notre rapport à
celle-ci.
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| Pierre-Marc Jodoin (24 octobre 2004) Excellent travail! D`autant plus qu`on y souligne un détail trop souvent oublié par les nationalistes québécois à savoir que "la langue n`apparaît pas comme revendication première dans le programme patriote(...)", mais comme une des nombreuses revendications d`un programme anti-colonialiste et républicain.
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Réjean Dupuis (31 mai 2004) Vous ne parlez pas suffisamment des toutes premières luttes menées dès 1793 pour la langue française.
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
|
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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