Les Patriotes de 1837\@1838
 
 DOCUMENT 
Discours de Henri-Césaire Saint-Pierre à l‘occasion de l‘inauguration au Carré Viger de la statue de Chenier, samedi 24 août 1895.
Depuis le 5 décembre 2011

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Ce discours improvisé, un parmi plusieurs qui furent donnés ce jour-là, eut lieu comme tous les autres au Monument National à cause de la pluie et  reproduit le 27 août 1895 dans  La Patrie. Transcrit par Jacques Beaulieu, arrière-petit fils du tribun.


Monsieur le Président, mes chers compatriotes,

Comme mon ami David, j‘ai appris ce matin seulement qu‘on m‘avait désigné comme devant être l‘un des orateurs de la circonstance; cependant je ne me plaindrai pas de cette invitation quelque peu tardive. Pour parler des héros de 1837, pour parler de Chénier surtout, je n‘ai pas besoin de méditation, ni de recherches, il suffira de mon âme, de mon coeur de patriote.


"A tout seigneur tout honneur" dit le proverbe: Messieurs, il n‘y a pas ici de seigneur mais je réclame l‘honneur de payer aux héros de 1837 ma part du juste tribut de gloire et de reconnaissance qu‘ils ont si vaillamment mérité. Cet honneur je le réclame par droit de naissance: celui qui vous parle en ce moment est le fils de Joseph St Pierre, l‘un des survivants de Chénier.


C‘étaient de sombres jours que ceux de 1837; mais à la lueur des coups de feu de St Denis, St Charles, St Eustache, à la lueur des incendies allumés par la vengeance et la haine, on aperçoit les mâles et nobles figures des "patriotes;" mais parmi elles je n‘en vois pas de plus mâle, ni de plus fière que celle de Chénier. Ovide Perrault, l‘un des chefs, a combattu en brave à St Denis, il a sacrifié sa vie comme Chénier pour la cause de son pays; mais il est mort au sein de la victoire et il a pu recueillir une partie de sa récompense dans l‘ivresse du succès. Pour me servir d‘une expression connue il est entré encore vivant dans sa propre apothéose. Chénier, lui, a combattu un contre trente, et, bien que pour résister à une armée de trois mille hommes il n‘eut autour de lui que deux ou trois cents compagnons dont près de la moitié étaient sans fusil, il n‘a pas reculé d‘une semelle. Certain d‘avance de la défaite, il a bravé l‘ennemi jusqu‘au bout et il est mort en combattant comme un brave, les armes à la main.


Quelle était donc la cause de cette émotion si profonde, de cette colère si sauvage qui à cette époque dominait notre population?


Vous les connaissez nos bons habitants des capagnes. Existe-t-il au monde une population aux moeurs plus douces, aux habitudes plus paisibles? Assurément pour les jeter dans un pareil état d‘effervescence et de fureur, il fallut que l‘expression [sic; l‘oppression] fût bien cruelle, la provocation bien violente, l‘insulte bien humiliante et bien intolérable. Ah! Messieurs, je le sais, il s‘en trouve parmi nous qui, jouissant aujourd‘hui paisiblement de tous les avantages et de toutes les libertés que ces hommes courageux nous ont conquis, semblent s‘imaginer que ce qui existe de nos jours a existé de tout temps, et ces gens si tranquilles, si impassibles dans leur bien-être, on les entend traiter d‘imprudents et de rebelles ceux-là même de qui ils tiennent tous leurs droits politiques, et chez quelques-uns d‘entre eux la licence et l‘abus du langage vont jusqu‘à l‘ingratitude, jusqu‘à la stupide et basse satisfaction d‘insulter leur mémoire. C‘est pour cela que de temps à autre il est bon de remettre un peu sous leurs yeux quelques-unes des pages de notre histoire et de leur faire apprendre de nouveau à ces bureaucrates de nos jours ce qu‘ils n‘auraient jamais dû oublier.


Elle est longue l‘énumération des griefs dont se plaignaient les Canadiens-français en 1837. Pour les mentionner tous il me faudrait abuser et de votre temps et de votre patience. Il me faudrait vous dire tout ce que contenaient les "92 résolutions," ce puissant plaidoyer qui, dans le temps, reçut l‘approbation de l‘immense majorité de nos concitoyens. Le gouvernement était composé du gouverneur que nous envoyait l‘Angleterre et d‘un certain nombre de ses affidés qu‘il appelait son conseil et qui avec lui disposaient à leur guise des fonds de la province sans en rendre compte à personne.


L‘assemblée populaire étaient traitée avec mépris et ne semblait exister aux yeux de ces maîtres insolents que pour voter les subsides dont ils avaient besoin. Le Conseil Législatif nommé par la Couronne et formé des partisans les plus zélés du régime existant a été surnommé "L‘Assemblée des Vieillards Malfaisants". Le pillage le plus éhonté des deniers publics se faisait presqu‘ouvertement sans que les représentants du peuple pussent y porter remède. Le peuple demandait des écoles, des chemins publics, des routes à travers la forêt pour ouvrir la colonisation. Tout lui était refusé. En revanche, ces messieurs du pouvoir, ligués ensemble par ce que l‘Histoire a déjà flétri sous le nom de "Family Compact", se taillaient des fiefs dans les plus belles terres de la province et se distribuaient tous les emplois les plus lucratifs. En 1836, presque tous les employés publics étaient d‘origine anglaise, et malgré que la population du Bas-Canada fut de six cent mille habitants dont cinq cent vingt-cinq mille d‘origine française, 47 fonctionnaire canadiens seulement se trouvaient dans les bureaux publics, occupant les positions les moins importantes et les moins lucratives, tandis que tous les autres employés, au nombre de près de deux cents étaient d‘origine anglaise.


Les Canadiens-français étaient traités partout non seulement comme les restes d‘un peuple conquis, mais méprisés comme des ilotes et comme une race inférieure. Et pourtant c‘était bien cette même race


(Suite à la 2e page.)


qui, en 1812, vingt-cinq ans auparavant, s‘était battu vaillamment pour le Canada à l‘Empire britannique. Nous n‘étions ni une nation conquise ni une race inférieure le jour où le sang des Canadiens-français, versé à la défense du drapeau britannique, avait rougi le même sol, coulé dans les mêmes sillons, sur les mêmes champs de bataille.


La Chambre d‘Assemblée décidait-elle de faire connaître les griefs du peuple au roi et au parlement anglais, que, sous l‘inspiration des membres du "Family Compact", cette pétition était immédiatement suivie d‘une contre-pétition envoyée par le Conseil Législatif, protestant contre l‘action de la Chambre d‘Assemblée du Canada et assurant Sa Majesté et les Chambres Anglaises que la majorité de ceux qui composaient la Chambre d‘Assemblée ici n‘étaient que des séditieux, et que tout le Bas-Canada était "le mieux possible dans le meilleur des mondes".


Les juges faisaient partie... 

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 Patriote Sanspareil  (12 novembre 2011)
Gracieuseté de votre humble serviteur Patriote Sanspareil Brave comme Chénier Vive la République du Bas-Canada! http://srbc1837.wordpress.com/

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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