| | | DOCUMENT Mémoire de Jean-Olivier Arcand. ANQ, Évén., pièce 2857 Depuis le 17 octobre 2025 |  page 1 / 2 |
 | Tiré de Au Pied-du-Courant. Lettres des prisonniers politiques de 1837-1839, de Georges Aubin (Lux, 2000) |
Prison d'État, Montréal, 9 juin 1838 Mémoire de Jean-Olivier Arcand, écuyer, sur sa conduite politique dans les derniers événements. Par lui-même. Après mes études au collège de Nicolet, et après la campagne de 1814 que je fis comme volontaire dans le premier bataillon de milice d'élite et incorporée, je ne m'occupai guère que d'affaires privées ou professionnelles comme arpenteur, jusqu'en 1822, que je fus élu membre de la Chambre d'assemblée pour le comté de Hampshire, maintenant Portneuf. Je pris alors une part très active dans les assemblées publiques contre l'union des deux provinces; et ma courte carrière parlementaire (qui se termina en 1825, ayant toujours refusé cet honneur depuis) fut marquée au coin d'une ferme adhésion au parti populaire et réformiste. J'ai constamment suivi cette politique avec toute l'ardeur que m'inspirait l'amour de la patrie, mais que mes talents ne pouvaient servir comme elle le méritait. Dès lors ma conduite m'attira des persécuteurs et, en 1828, lord Dalhousie m'ôta les terres que j'avais obtenues comme milicien, sans que j'en eusse eu connaissance que trois mois après, pour les donner, par patentes, à un individu d'une autre politique, et qui n'avait jamais servi. Jusqu'à l'administration de lord Gosford, les réformistes avaient généralement regardé les précédentes comme plus ou moins injustes, arbitraires, ou machiavéliques; mais celle de lord Gosford leur parut se montrer sous une face nouvelle. Ses promesses vagues et indéterminées, revêtues du plus brillant coloris, et cette précaution de vouloir s'assurer de leur argent avant tout, leur inspirèrent une nouvelle défiance, qui ne parut que trop fondée, lorsqu'on s'aperçut que ces promesses ne pouvaient guère s'accorder avec des instructions qui nous assuraient que nous n'aurions de longtemps les réformes que nous désirions. Les désappointements que lord Gosford avoue, en s'en plaignant à lord Glenelg, prouvent qu'il n'avait tenu ces instructions secrètes que parce qu'il pensait bien que leur publication nuirait au vote des subsides. Mais pouvait-on s'attendre à ce que lord Gosford, et les autres commissaires(1) royaux, conseilleraient la violation de la Constitution canadienne, en arrachant au peuple son précieux contrôle sur les deniers publics? eux qui avaient si clairement prouvé dans leurs rapports que la source de nos griefs venait du Conseil législatif. Dès lors nous crûmes qu'on faisait au peuple canadien un affront qu'aucun peuple doté d'une Constitution dont il a joui sans conditions, depuis près d'un demi-siècle, ne devait supporter sans se plaindre et murmurer, s'il ne pouvait faire davantage. Ainsi, l'été dernier, à l'exemple de plusieurs autres comtés, celui d'Yamaska résolut d'avoir une assemblée anticoercitive. Je fus chargé de rédiger les résolutions qu'on voulait proposer à cette assemblée, qui eut lieu le 18 de juin dernier. Elles respirent les sentiments que j'éprouvais de l'administration de lord Gosford et de la démarche des ministres. Mais j'étais trop convaincu de la témérité, ou plutôt de la folie d'aucune déclaration hostile au gouvernement pour recommander la violation d'aucune loi, ou d'aucun de ses droits, quoique je regardasse la violation de la Constitution canadienne comme la déclaration d'une guerre que tout peuple injurié dans ses droits les plus sacrés doit repousser par la force, s'il en a les moyens. Ces résolutions, qui furent soumises à l'examen des citoyens du comté, quinze jours d'avance, passèrent unanimement, et furent publiées jusque dans la Louisiane. Les comités locaux qu'elles recommandaient ne firent presque rien, sinon que de préparer une autre assemblée du comté, qui eut lieu le 6 d'août suivant, contre les abus des tenures seigneuriales, et contre les douaires et les hypothèques générales, et de prendre quelques mesures pour l'établissement d'écoles de fabrique, qui furent rejetées par les curés. Cependant, dans quelques comtés plus imprudents que celui d'Yamaska, l'agitation fit des progrès si rapides que les violences qui les suivirent répandirent la terreur partout. Il est vrai qu'elles n'avaient pour but que d'empêcher l'exécution de quelques warrants; mais cette résistance prenait le caractère de l'insurrection, à laquelle pourtant personne n'était préparé. Cet état alarmant des choses fit que plusieurs personnes de la paroisse de Saint-Michel d'Yamaska, apprenant ce qui se passait à Montréal et sur le chemin de Chambly, crurent qu'il était prudent de prévenir les désordres en s'organisant pour s'opposer, dans l'occasion, au brigandage qui suit ordinairement le règne de l'anarchie, qui semblait prendre le dessus. En conséquence, une assemblée de la paroisse eut lieu le 21 de novembre, à laquelle ses officiers de milice furent spécialement invités. J'avoue que je haranguai l'assemblée d'un ton un peu véhément, et que les griefs, les torts de l'administration et la violation de notre Constitution furent maniés peut-être de manière à affecter la confiance que l'on doit avoir en un gouvernement juste et libéral. Mais la conclusion n'en fut autre chose que le projet d'une organisation pour maintenir l'ordre et la paix. Le colonel de Tonnancour, qui présidait cette assemblée, l'approuva. Mais il s'excusa, sur de prétendues infirmités, de prendre aucune part à cette organisation, ajoutant pour autre excuse qu'il sollicitait sa retraite depuis deux ans(2). Cette indécision fit ajourner l'assemblée au dimanche suivant, 26 novembre. Alors l'affaire de Saint-Charles avait amené la perspective presque certaine du rétablissement de l'ordre, et les procédés extérieurs de cette assemblée paraissant inutiles, elle n'eut pas lieu. Dans l'intervalle, je fus appelé à une réunion de quelques citoyens d'Yamaska, à qui il était parvenu une invitation pressante pour les engager à partir immédiatement, avec autant d'hommes, d'armes et de munitions que possible, pour se rendre à Saint-Charles. L'échec que les troupes avaient reçu à Saint-Denis dut être une grande tentation à cette démarche pour des hommes tant soit [peu] disposés à la révolte. Cependant je déclarai nettement à mes amis que je regardais ce mouvement comme le comble d'une folie qui, quand même elle rencontrerait quelques succès au commencement, finirait par attirer une foule de maux sur le comté d'Yamaska, et peut-être sur une grande partie du district des Trois-Rivières qui, par la suite, en jetterait, avec raison, tout le blâme sur les imprudents d'Yamaska. Mon opinion prévalut et la conséquence en fut la tranquillité parfaite de tout le comté. Cependant notre... | page 1 / 2 Consulté 268 fois depuis le MOD
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
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La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
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Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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