Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Patriotes et l’idée d’indépendance
Depuis le 9 janvier 2011

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Les patriotes entretiennent un rapport ambigü avec l'idée d'indépendance du Bas-Canada. En fait leurs priorités jusqu'en 1838 sont ailleurs : d'abord lutter pour un gouvernement libre et démocratique reconnaissant les droits de la majorité.

Gilles Laporte, cégep du Vieux Montréal

La genèse du nationalisme québécois moderne est intimement liée au mouvement patriote, qui, dès le départ, a affirmé son caractère libéral, progressiste et républicain. Premier mouvement politique organisé de l’histoire canadienne, initiateur du principe de responsabilité ministérielle, pourfendeur de la corruption mais vaillant défenseur de la liberté de presse, du principe électif ou de la justice sociale, le mouvement patriote n’est cependant pas connu comme ayant prôné l’indépendance nationale, au point où Maurice Séguin ne lui consacre que quelques pages dans son Histoire de l’idée d’indépendance.[1] Aucune manifestation du nationalisme québécois ne s’apparente pourtant plus à sa formulation moderne que celui incarné par le mouvement patriote de Louis-Joseph Papineau. À l’instar du néo-nationaliste contemporain, il s’agit bien ici d’affirmer une identité citoyenne par des voies politiques et démocratiques, exempte d’affiliation ethnique, où un État laïc voit à préserver la culture et la langue, notamment par le biais de l’éducation et de l’intégration des immigrants.

À un siècle et demi de distance, les textes issus de l’un et l’autre mouvement traduisent cependant des contextes historiques différents, induisant la manière par laquelle s’est notamment exprimée l’idée d’indépendance. Les autres articles réunis dans cet ouvrage rappelleront combien le souverainisme moderne demeure tributaire de conditions historiques qui ne se retrouvent pas réunies avant les années 1960 et parmi lesquelles un certain niveau de maturité culturelle et politique, l’accession des Canadiens français aux commandes de économie québécoise et la conviction désormais acquise que l’État est partie prenante de l’épanouissement de la collectivité nationale qu’il représente. Des forêts de la Nouvelle-France à la Révolution tranquille de telles conditions ne se rencontrent pas si bien que l’idée d’indépendance demeure imprécise et fugace. Parmi ces différences, la plus fondamentale porte sur la nature de l’engagement politique et sur les motivations à lutter pour l’indépendance. Disons le sans ambages, depuis les années 1960 c’est surtout la conviction que la communauté francophone du Québec constitue une collectivité menacée qui rend nécessaire l’accession à la souveraineté du seul État francophone d’Amérique. Or une telle motivation n’est pas même pensable en 1837 tant, à l’échelle occidentale, le principe de nationalité n’est encore qu’embryonnaire. Bolivar, O’Connell, Papineau ou DeLorimier demeurent marqués par le cosmopolitanisme des Lumières et se portent d’abord à la défense du peuple politiquement opprimé et non pas au secours d’une communauté nationale qu’il vaut en soi la peine de protéger.[2] À parcourir le corpus patriote, que ce soit les journaux, les quelques essais politiques ou à travers les innombrables morceaux oratoires qui nous sont parvenus, il est d’abord et avant tout question de défendre les droits de la « majorité » contre les abus d’une « minorité », au nom de la justice et afin d’assurer l’équité, nonobstant les considérations de langue, de culture ou d’identité. Les allusions à l’héritage français sont tout compte fait peu nombreuses et il mérite surtout d’être protégé à titre de « propriété sacrée du peuple et doit par conséquent être défendu avec ferveur par ses représentants. »[3] Si l’idée d’indépendance constitue la fin en soi des nationalistes modernes, véritable rempart à l’acculturation, elle n’est pour les Patriotes que la conséquence logique et inéluctable de la conquête de droits démocratiques. Mis à part la fameuse déclaration d’indépendance de février 1838, proclamée dans un contexte très particulier afin de conforter les diverses clientèles susceptibles de se joindre à la coalition autour de Nelson et Côté, l’idée d’un Bas-Canada indépendant et libre de tout attache avec la Grande-Bretagne n’est pas l’objet de luttes enfiévrées, tant cette issue paraît alors inévitable. Pour Papineau et ses suivants, l’urgence consiste à déterminer les conditions politiques et sociales qui présideront à la naissance du nouvel État car « Il est certain qu'avant un temps bien éloigné, toute l'Amérique doit être républicaine. Dans l'intervalle, un changement dans notre constitution, s'il en faut, doit-il être en vue de cette considération ? et est-il criminel de le demander ? »[4] Là réside le souci proprement patriote de réformer l’administration publique et de faire triompher le principe électif. L’accession du Canada à l’indépendance étant irréversible, la défense d’une culture et d’une langue française est somme toute accessoire, ne serait qu’en tenant compte des taux de natalité vertigineux que connait alors la population francophone. C’est plutôt sur la défense des droits politiques et juridiques que portent les revendications car c’est dans l’expression de sa citoyenneté qu’est alors surtout menacée la population de la vallée du Saint-Laurent. Tandis que les nationalistes modernes s’affairent à voir naître un État permettant aux francophones de poursuivre leur épanouissement, les Patriotes doivent d’abord faire reconnaître des droits fondamentaux tels qu’une presse libre, une administration publique honnête, des juges impartiaux et des ministres responsables devant les élus. L’idée d’indépendance découle tout naturellement de la conquête de tels droit politiques puisqu’un État bas-canadienne redevable devant sa population plutôt que devant le bureau colonial se rentrouvrait de facto souverain. Or, ce constat, chacun est déjà en mesure de le faire, à commencer par Lord Durham qui voit bien dans son Rapport combien la démocratisation de la colonie pourrait bien accoucher d’un État français.[5] Le plan patriote pour accéder à l’indépendance apparait en conséquence à la fois légitime et humaniste puisque contingent à la conquête de droits fondamentaux tels que la justice, la démocratie et la liberté... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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