Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Patriotes et l’idée d’indépendance
Depuis le 9 janvier 2011

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Les patriotes entretiennent un rapport ambigü avec l'idée d'indépendance du Bas-Canada. En fait leurs priorités jusqu'en 1838 sont ailleurs : d'abord lutter pour un gouvernement libre et démocratique reconnaissant les droits de la majorité.

d’expression.

Le corpus à teneur indépendantiste

Des premiers éditoriaux du Canadien en 1806 à la lumineuse Déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1838, le discours patriote évolue vers une synthèse toujours plus radicale, débouchant sur l’insurrection, brutalement réprimée. Sur la trace des textes patriotes abordant l’idée d’indépendance, se dresse vite la figure tutélaire de Louis-Joseph Papineau qui, de son élection pour le Quartier-Ouest de Montréal en 1808 à ses ultimes tentatives pour rallier l’appui de la France et des États-Unis en 1838-1839, assure la cohésion idéologique de tout le mouvement. Autant en chambre, où il s’installe à demeure à titre d’ « orateur » à compter de 1815, que dans la presse patriote de La Minerve et du Vindicator, les mots d’ordre lancés par Papineau sont généralement sans appel et à eux seuls à même d’infléchir sur le cours des événements. C’est Papineau qui, déjà en 1822, conjure le complot tory destiné à unir le Haut et le Bas-Canada, qui mène ensuite la guerre des subsides et qui affronte personnellement le gouverneur Dalhousie lors de la guérilla procédurière de 1827-1828. Au tournant des années 1830 Papineau engage son parti vers le radicalisme. Consistant jusque là à éliminer les abus de la haute-fonction publique et à accroître les pouvoirs des élus, les revendications patriotes ciblent maintenant l’électivité du Conseil législatif et l’irresponsabilité de l’exécutif devant l’Assemblée. Ces deux principes d’électivité et de responsabilité se retrouveront au cœur des 92 Résolutions, des délibérés du Comité central et permanent et presque à toutes les assemblées publiques tenues jusqu’à l’automne de 1837.

D’autres documents présentent l’intérêt d’aborder directement et avec plus de concision la question de l’indépendance que les sentencieuses 92 Résolutions que nous analyseront plus loin. On les retrouve d’ailleurs plus souvent repris de nos jours dans les recueils de textes.[6]

L’assemblée de Saint-Ours le 7 mai 1837 est la réponse aux fameuses Résolutions Russell dont le contenu est parvenu dans la colonie juste quelques jours auparavant. Les délibérés de Saint-Ours correspondent à un préambule suivi de onze résolutions rappelant les revendications historiques des Patriotes et dénonçant l’administration coloniale qui s’en prend maintenant aux droits constitutionnels dévolus à l’Assemblée. La résolution sans doute la plus connue, la huitième, en appelle au boycottage des produits britanniques afin de priver l’administration britannique des revenus perçus dans la colonie sous forme de taxe d’accise. Mais Saint-Ours marque surtout un tournant dans le discours patriote en abordant ouvertement la rupture du lien colonial puisque « Ne nous regardant plus liés que par la force au gouvernement anglais ». Les résolutions de Saint-Ours seront reproduites par les journaux patriotes les 8 et 9 mai. Elles serviront ensuite de modèle à celles votées ailleurs le long du Saint-Laurent durant l’été de 1837.

Une semaine après l’assemblée de Saint-Ours se tient à Montréal, sur la Côte Vertu, dans la paroisse Saint-Laurent, un grand rassemblement devant culminer par un discours de Louis-Joseph Papineau. Le discours de Saint-Laurent est d’une ampleur et d’une qualité impressionnantes qui se démarque des autres œuvres du tribun. Papineau y reprend les appels au boycottage et à la souveraineté du peuple lancés à Saint-Ours : « C'est la marche qu'ont pris les Américains, dix ans avant de combattre. Ils ont bien commencé, et ils ont bien fini dans des circonstances semblables à celles où nous sommes placés. »[7] Soigneusement rédigé à l’avance, le discours de Saint-Laurent a donc pu être intégralement repris par les journaux patriotes dès le lendemain. Papineau le reprend ensuite à Sainte-Scholastique le 1er juin, à Berthier le 18 juin, à Québec, où il est invité d’honneur le 28 juin, à L’Acadie le 16 juillet 1837, le lendemain à Napierville, puis à Kamouraska, Saint-Thomas-de-Montmagny, l’Assomption et à Varennes, aussi tard que le 10 septembre. C’est là le point culminant du radicalisme de Papineau qui engage ensuite un repli idéologique destiné à refreiner l’ardeur de sa base politique et, en vain, à éviter le dérapage révolutionnaire.[8]

C’est à peu près à cette époque que de jeunes Montréalais se réunissent et publient le 4 octobre une Adresse des Fils de la liberté de Montréal aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord. Les allusions à la Révolution américaine et à l’idée d’indépendance sont désormais explicites puisque « L’autorité d’une mère-patrie sur une colonie ne peut exister qu’aussi longtemps que cela peut plaire aux colons qui l’habitent; car ayant été établi et peuplé par ces colons, ce pays leur appartient de droit, et par conséquent peut être séparé de toute connexion étrangère toutes les fois que les inconvénients rendent une telle démarche nécessaire à ses habitans. »[9] Bien que l’Adresse des Fils de la liberté sème une certaine inquiétude dans l’entourage de Papineau, elle est bien issue de Patriotes en vue, parties prenantes des instances du parti.

Trois semaines plus tard, l’Adresse des Six Comtés assume encore plus ouvertement l’idée d’indépendance. Si certains historiens y voient encore la marque de Papineau, on y retrouve aussi celle d’un Amury Girod et d’un Pierre Boucher-Belleville.[10] L’assemblée tenue à Saint-Charles les 22 et 23 octobre consiste à jeter les bases d’une confédération des comtés de la rive sud de Montréal, préalable à la tenue d’une assemblée constituante des délégués de tous le Bas-Canada et chargée, à compter de décembre 1837, de rédiger une nouvelle constitution pour le Bas-Canada; un rendez-vous que le déclenchement de la rébellion à évidemment différé. En attendant, l’Adresse des Six Comtés reprend intégralement des passages de la déclaration américaine pour rappeler que « que les autorités publiques et les hommes au pouvoir ne sont que les exécuteurs des vœux légitimement exprimés de la communauté qui doivent être déplacés... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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