Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
3 JUILLET 1838 - Huit chefs Patriotes sont exilés aux Bermudes en échange de la libération de 107 détenus.
Depuis le 01 ao

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leur liberté, alors que le Gouverneur en Conseil sur la foi de leur parole d'honneur, ne fait que les confiner aux limites de l'île. "

Avant de quitter le navire, Nelson encaisse une note de change, argents ramassés par des parents et amis, pour assurer leur subsistance en exil. Leur première préoccupation en mettant le pied à terre est de trouver une place pour passer la nuit. Pour ne pas effrayer la population, ils conviennent de prospecter par petits groupes. Les affinités qui se sont développées pendant les trois semaines en mer, composent facilement les équipes. Après avoir partagé leur avoir collectif, ils partent à la recherche d'abris permanents. Ils longent les murs et la population qui est effrayée, les évitent comme la peste. Le coût de la vie est très cher et ils ne sont pas autorisés à travailler pour gagner leur croûte. Mais ils ont assez d'argent pour convaincre les plus intrépides Bermudiens à leur faire confiance et trouvent tous à se loger convenablement. Pour réduire les frais, Viger, Masson, Goddu et Marchessault s'unissent pour partager les frais d'un cottage à l'orée de la ville; Bouchette et Nelson s'établissent dans une vallée tranquille près du mont Langton, alors que Gauvins et DesRivières logent au petit hôtel Hamilton au coeur même de la ville.

Le premier dimanche aux Bermudes, ils posent un geste qui relève à la fois de la haute diplomatie et de la plus grande des témérités. Tous ensemble, ils se rendent à l'église au moment où les membres de la communauté religieuse de la "Old Devonshire Church" commencent leur célébration dominicale. Pensant voir arriver une bande de miteux, ils accueillent de magnifiques jeunes hommes, polis, beaux et élégants. Ils sont stupéfaits et l'inquiétude cède le pas à la hardiesse. Le maître-chantre les reçoit avec courtoisie et leur assigne même le banc d'oeuvre pour la durée de la célébration. Après la messe, il pousse la courtoisie jusqu'à inviter les exilés pour prendre le thé.

Williams est marié et est le père de cinq belles et magnifiques jeunes filles. Une solide amitié naît entre les membres de la famille et les exilés. Ils se fréquentent souvent et la musique est omniprésente. Les filles sont d'excellentes musiciennes et les Canadiens ont des voix d'or. Pendant des soirées entières les filles alternent au piano et les garçons chantent en jouant du violon et de la flûte. Il n'est pas rare de voir les passants ralentir le pas devant la maison pour s'offrir un concert gratuit. Le maître-chantre rapporte même les propos que lui a tenus Charles Heseltine, un officiel gouvernemental qui habitait juste en face de chez lui:

" J'ai fermé ma porte aux rebelles, mais je ne peux fermer ma fenêtre à leurs mélodies et à leurs voix célestes. "

Les filles Williams sont fières de côtoyer les exilés et elles font en sorte de garder les autres jeunes filles à distance. Seule la fille du professeur Griset est admise dans le cercle. Elle est l'une des trois personnes de l'île à parler français et peut faire la conversation à Siméon Marchessault qui ne parle pas la langue anglaise.

Malgré la grande amitié que les exilés entretiennent avec les membres de la famille Williams, ces hommes d'action sont rongés par l'ennui. L'interdit qu'ils ont de travailler les pousse vers la mendicité, et ils doivent chasser à la fois pour se nourrir et se distraire. Heureusement, Gauvin, Masson et Nelson pratiquent la médecine, ce qui permet de les rapprocher de la population et d'augmenter le pécule collectif. Les relations entre eux deviennent parfois tendues et les humeurs changent au gré du courrier et des argents reçus pour subvenir à leur subsistance. L'exil est vécu de façon différente par chacun d'eux. Leur statut matrimonial et social, le patrimoine familial, et la profondeur de leur engagement politique, sont autant de facteurs qui rendent l'exil tourmenté ou serein.

Au fil des jours et des semaines, Bouchette retrouve la paix intérieure qu'il avait perdue à la mort de sa femme d'origine britannique après seulement quatre mois de mariage. Il profite même de la visite de son père malade à la fin du mois d'août, pour rétablir le dialogue rompu en raison des tendances pro-britanniques de ce dernier. Viger, comme il l'avait été en prison, est le joyeux luron du groupe qui rêve du jour où il reprendra les armes. Nelson est plus acrimonieux. Il écrit abondamment et se prépare pour réaliser son ardent désir d'entrer un jour à l'assemblée législative pour régler ses comptes politiques. Marchessault vit un exil plus difficile. Il se plaint constamment du manque d'argent, de son incapacité de communiquer en anglais, et de l'ennui de sa famille. Masson travaille beaucoup comme médecin, et son service est apprécié de la population. Gauvin dont la santé est chancelante lit beaucoup, alors que Goddu est le rapporteur, celui qui raconte et sait détendre les autres. DesRivières qui se fait très discret, se perd dans ses lectures et pratique beaucoup la chasse.

Le 25 octobre, un message de liberté leur parvient par l'intermédiaire du Gouverneur Chapman. Le Parlement anglais a annulé la proclamation qui viole les lois les plus élémentaires de la justice, et ils sont libres. Ils demandent leur rapatriement immédiat à bord d'un vaisseau de guerre. Le Vice-amiral Paget qui est commandant en chef des forces navales britanniques en Amérique du Nord et dans les Antilles, ce même Paget qui avait conseillé Durham, rejette la demande. Ils doivent donc se rapatrier à leur frais et dépens, mais la mise en commun des fonds ne permet pas le départ à bord d'un paquebot en partance pour le Canada. Incapables de rester plus longtemps dans l'exil, alors qu'ils sont libres, ils travaillent jour et nuit pour amasser l'argent manquant, aidés en cela par une foule d'amis qu'ils se sont fait. La Providence leur vient en aide et ils affrètent la goélette Perseverance dont le commandant accepte de les déposer en territoire américain.

Le matin du 3 novembre 1838, la population se presse sur les quais pour leur faire des adieux touchants. Les insulaires qui ont inondé le pont de... 

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 Renald Dion  (15 août 2009)
Le prénom de l‘auteur est Renald Dion, Québec, et non Ronald Dion.
 A Beaudoin  (14 février 2007)
Papineau a fui les combats èa st-Denis sous prétexte d`aller chercher de l`aide
 Votre nom  (20 août 2006)

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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