Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
3 JUILLET 1838 - Huit chefs Patriotes sont exilés aux Bermudes en échange de la libération de 107 détenus.
Depuis le 01 ao

page 2 / 4

et les autorités qui doivent compléter les derniers détails de l'exil veulent le faire loin des yeux de la population de Québec. Pendant deux jours, des représentants des autorités politiques et quelques parents d'exilés triés sur le volet, montent à bord pour finaliser les derniers détails ou pour apporter des argents et les effets personnels que les exilés ont demandés. Pendant ce temps, dans la ville de Québec, une démonstration de plusieurs milliers de personnes est organisée pour tenter de sauver les prisonniers de l'exil.

Le commandant qui préfère s'éloigner, laisse porter la Vestal par la marée et mouille à nouveau à la hauteur du Trou-Saint-Patrice à neuf milles en bas de Québec. A cet endroit, deux autres amis des exilés sont admis à bord. Deux amis qui pourront par la suite témoigner des efforts de Durham pour édulcorer l'exécution de la déportation, et réparer l'injure faite lors du départ de Montréal. Après quelques heures, Charles Drolet, député à l'assemblée législative et son collègue Hunter, quittent le navire, porteurs de nombreuses lettres d'adieu.

C'est à l'île aux Grues que la Vestal rejoint l'Andromanche, son navire d'escorte, une autre frégate de 28 canons avec à son bord deux cents hommes d'équipage. Le pilote de la Vestal qui refuse de continuer en raison des forts vents, oblige le convoi à passer la nuit près des côtes. Le commandant de bord, le capitaine Carter, est inquiet. En quittant Québec, la rumeur s'est répandue que le pilote Saint-Armand est patriote et qu'il va tenter d'échouer la Vestal pour permettre aux exilés de fouler à nouveau le sol de la patrie. Mais rien de tel ne se produit. Les exilés ont fait connaître leur volonté de se soumettre fièrement à leur destin. Comme au moment où ils étaient sous la garde des geôliers dans leur prison de Montréal, ils rejettent toujours l'idée d'évasion. Pour ces nobles hommes, la fuite représente l'échange d'une aventure aux émotions passagères contre un péril noble.

Les huit jeunes hommes sont en route vers l'inconnu et l'isolement. Ils quittent leurs amis et laissent derrière, mères, pères, femmes et enfants rongés par la peine et la douleur. Pour certains, c'est la perte du gagne-pain familial et la mendicité qui s'annonce. Sur le fleuve, dans l'estuaire et dans le golfe, ils restent sur le pont et chaque mouvement du navire leur chavire le coeur. Ils ont tout ce qu'ils ont besoin pour la traversée, Durham a fait mettre à bord toutes sortes de provisions et les meilleurs vins. Ils sont libres de se déplacer, sous la promesse de ne pas tenter de s'évader.

Le pilote doit quitter le navire à l'île Verte. Mais une mer d'huile dangereuse le contraint à rester à bord. C'est au Bic que les exilés voient la chaloupe de Saint-Armand s'éloigner. Ils comprennent alors que le dernier lien est rompu entre eux et ce pays pour lequel ils étaient prêts à offrir leur vie.

Pendant la traversée qui dure trois semaines, les exilés établissent des liens étroits avec les membres de l'équipage. La connivence est telle, que les officiers invitent quelques Patriotes à dresser la liste des principaux griefs, des principales récriminations du peuple canadien-français à l'endroit de la couronne britannique. Ils les invitent aussi à leur faire le récit des événements dans lesquels ils furent eux-mêmes impliqués. De temps en temps, les relations entre les compagnons d'infortune se corsent, surtout lorsque le bouillant Viger pointe et accuse les Patriotes de Québec de n'avoir mené la lutte que par le discours et l'écrit; ou encore quand Nelson qui ne pardonne pas à Papineau d'avoir fuit vers les États-Unis, promet de lui faire payer sa lâcheté. Le reste du temps, ils le passent à lire, à fumer et à parler du pays.

La Vestal jette l'ancre dans le port Hamilton aux Bermudes le 24 juillet. Son commandant, le capitaine Thomas Wren Carter, se met à la disposition des autorités de l'île pour y recevoir ses ordres. Le Gouverneur, Sir Stephen Chapman, qui a pris connaissance du décret dans la "Bermuda Royal Gazette", fulmine. De quelle autorité, s'insurge-t-il, le maudit Durham s'est-il investit pour décréter que les Bermudes deviennent la terre d'exil pour les rejets de sa colonie? La population est en colère. Elle ne veut pas que leur île devienne un asile pour prisonniers politiques, même si leurs prisons hébergent déjà des forçats Canadiens de droit commun.

Pendant que le Gouverneur et ses conseillers discutent, les exilés qui sont gardés à bord du navire trépignent d'impatience. L'humidité et la chaleur suffocante les épuisent, et la réalité de l'exil les rejoint. Pour les autorités bermudiennes, les huit canadiens-français ne peuvent être mis aux travaux forcés car ils ne sont pas des prisonniers de droit commun. Elles craignent surtout que leur libre circulation sur l'île les amène à découvrir et dévoiler les secrets militaires aux ennemis de la Couronne. Ils pourraient facilement voler une barque pour s'évader et rejoindre les côtes américaines. Une lettre personnelle de Durham, fait tomber les dernières résistances de Sir Chapman. Il convainc ce dernier qu'il y va de l'intérêt des exilés de bien se comporter s'ils espèrent retourner un jour au Canada.

Le 28 juillet, après une éternité qui a duré quatre jours, et après avoir donné leur parole d'honneur de ne pas tenter de s'évader et de respecter le périmètre qui limite leurs déplacements, les exilés sont admis sur l'île comme prisonniers de guerre. " The Weekly Gazette " qui commente leur arrivée, conclut:

" Nous croyons que ces personnes exilées aux Bermudes doivent, dans un premier temps, être reconnaissantes pour la légèreté de la peine qui leur est imposée, en comparaison avec la gravité de l'offense; et en second lieu, pour les restrictions légères qui briment à peine... 

page 2 / 4

Consulté 8 851 fois depuis le    MOD  

 Renald Dion  (15 août 2009)
Le prénom de l‘auteur est Renald Dion, Québec, et non Ronald Dion.
 A Beaudoin  (14 février 2007)
Papineau a fui les combats èa st-Denis sous prétexte d`aller chercher de l`aide
 Votre nom  (20 août 2006)

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

Nos partenaires

  

  

Le matériel sur ce site est soit original, soit libre de droit. Vous êtes invités à l'utiliser 
à condition d'en déclarer la provenance. © 1996-2026 Les Patriotes de 1837@1838 glaporte@1837.qc.ca