Les Patriotes de 1837\@1838
 
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Mémoires de Robert-S.-M. Bouchette1804-1840, Chapitre_XIII: négociations entamées par lord Durham
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Tiré des Mémoires de Robert-S.-M. Bouchette(1804-1840), propos recueillis par son fils Errol Bouchette, et annotés par A.-D. Decelles. Montréal, La Cie de publication de la Revue canadienne. 1903, 129 pp.

De 8 prisonniers – ils consentent à l’exil pour procurer la libération des autres prisonniers.

Nous sommes au 28 juin 1838. Nous espérions que le couronnement de la reine serait signalé par une amnistie générale, mais il n'en est rien apparemment. La rumeur veut que lord Durham, gouverneur général et haut-commissaire, investi de pouvoirs très amples, soit favorable à nos prétentions. C'est ce que nous saurons bientôt, car le docteur Nelson et moi avons reçu il y a quelques jours une visite importante, celle de M. John Simpson. Nous avons eu avec lui une entrevue privée dans la chambre du geôlier. Il nous a laissé entendre que lord Durham était favorable à une amnistie générale, mais qu'il lui manquait quelque déclaration qui pourrait faire la base d'une proclamation officielle d’amnistie. Il nous a alors communiqué un projet de lettre au gouverneur général qu'il avait préparée et qu'il nous a invités à signer, ainsi que les autres chefs qui ont pris part au mouvement insurrectionnel. Nous avons rejeté ce projet qui était tout à fait inacceptable. Cependant, le but avoué de cette démarche nous parut recommandable. On nous représenta que de ce que nous déciderions dans cette occasion dépendrait le sort de trois ou quatre cents prisonniers politiques dans les deux Canadas. Nous proposâmes donc à M. Simpson de rédiger nous-mêmes un projet qui pourrait peut-être servir à lord Durham, s'il désirait donner un effet pratique à ses idées de clémence. M. Simpson y consentit. Il laissa le projet qu'il avait préparé entre les mains du docteur Nelson, à titre de document confidentiel, et fixa une nouvelle entrevue pour le lendemain.

Ayant rédigé notre projet, nous le soumîmes à ceux de nos amis qui nous entouraient et qui se trouvaient en état de nous donner des conseils. Le lendemain, à l'heure convenue, nous vîmes de nouveau M. Simpson, et nous remîmes entre ses mains le projet que nous avions ainsi préparé. Je me souviens qu'en le lisant il secoua la tête en déclarant que notre lettre lui faisait bien plutôt l'effet d'un plaidoyer de justification et qu'elle n'était pas du tout une reconnaissance de notre culpabilité. Cependant, il finit par dire qu'il l'emporterait avec lui, qu'il y réfléchirait et qu'il reviendrait nous voir. Nous nous rencontrâmes de nouveau, le projet fut quelque peu modifié et finalement signé.

Cet incident ayant donné lieu à quelque discussion et même a de fausses représentations, je crois devoir transcrire ici une lettre que les exilés des Bermudes publièrent à ce sujet et qui contient outre notre lettre à lord Durham, une description des circonstances où elle fut écrite. Cette lettre a du reste été publiée au long dans l'histoire du Canada de M. Robert Christie.

Voici cette correspondance :

« Monsieur — Nous conformant à la règle que nous nous sommes imposée, nous avons jusqu’ici évité toute discussion relative aux questions politiques qui agitent notre pays. Nous n'avons rien relevé des nombreux articles publiés à notre sujet. Cependant, notre réputation exige que nous rompions, par exception, ce rigide silence, pour nous justifier des diffamations publiées contre nous par le London Sun du 20 août dernier et fidèlement reproduites par la Royal Gazette de ces îles (les Bermudes).

« Quelque calomnieux que soit cet article nous n'en aurions peut-être rien dit, s'il n'avait pas paru s'appuyer de la sanction de M. Charles Buller, premier secrétaire de lord Durham. Le nom et le caractère officiel de ce personnage donneraient un certain poids à cet écrit s'il restait sans réfutation.

« Pour établir la mauvaise foi et la fausseté de l'article du London Sun, nous n’avons qu’à citer les pièces sur lesquelles il prétend s'appuyer. Jamais nous n'avons pétitionné. Jamais nous n'avons sollicité notre « déportation », suivant l'expression du Sun. Jamais nous n’avons demandé grâce, clémence ou merci à lord Durham ou à qui que ce soit. Jamais nous n’avons imploré le gouverneur général de ne pas nous mettre en accusation. Il est faux que l'ordonnance nous exilant, et dont la nullité absolue a été récemment proclamée par le Parlement anglais, pourvoit à la mise en accusation des personnes ainsi expatriées, au cas de leur retour. Il est sans doute absurde de déclarer que les gens seront mis à mort sans forme de procès, mais nous ne pouvons être tenus responsables de cette absurdité.

Avant de mettre sous les yeux du public les lettres qui vont suivre, il convient de dire que la négociation fut entamée par M. John Simpson, percepteur des douanes de Sa Majesté au Coteau-du-Lac. Le principal secrétaire de lord Durham lui donna carte blanche pour communiquer avec les prisonniers d'État dans la prison de Montréal.

Il se présenta sans être sollicité et inopinément. Il demanda et obtint de communiquer avec nous, et, avec beaucoup de précautions oratoires, il nous présenta un projet de lettre à lord Durham, et il nous invita, ainsi qu'une douzaine d'autres, à la signer. Toute cette conversation a été soigneusement notée et attestée, mais nous ne nous proposons pas d'en divulguer davantage maintenant. Qu'il suffise de dire que la lettre en question fut révisée, modifiée dans ses parties essentielles, revêtue de huit signatures et, dans la forme suivante, acceptée avec reconnaissance par M. Simpson.

Montréal, Nouvelle prison, 18 juin, 1838.

Monseigneur. — Vous venez parmi nous ne représentant ni une classe, ni une caste, mais avec un caractère qui vous est propre et qui vous donne droit à la confiance que nous vous accordons. Ne croyez pas que nous cherchions à capter votre faveur par de vains compliments. Nos âmes ne sont pas, comme nos personnes, prisonnières. Nous ne saurions jamais descendre jusqu’à invoquer la clémence pour nous-mêmes. Nous appartenons à notre pays et nous nous sacrifions volontiers sur l'autel de ses libertés.

Nous nous sommes révoltés, monseigneur, — que cet aveu ne vous étonne pas. Nous nous sommes révoltés ni contre la personne de Sa Majesté ni contre son gouvernement, mais contre une vicieuse administration coloniale ; et nous attendons l'événement, prêts à subir la peine qu'on voudra nous imposer.

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


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Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
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