Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Patriotes de 1837-38: insurrection sous observation. Par Jean Chartier, LE DEVOIR, mercredi 1er décembre 1999
Depuis le 31 décembre 1969

page 1 / 2

Le 4 décembre marque l'anniversaire de la bataille de Saint-Eustache au cours de laquelle 70 Patriotes tombèrent sous les balles des militaires britanniques et de loyalistes venus de Montréal. C'était la quatrième bataille de l'insurrection de 1837, après celle de Saint-Denis le 23 novembre, celle de Saint-Charles le 25 et celle de la pointe Olivier, au pont de la rivière Salvail, à Richelieu, le 28. À Saint-Denis, les Patriotes avaient vu tomber 12 des leurs, et encore plus à la bataille de Saint-Charles où l'armée tirait à coups de canon sur la barricade des insurgés. Les Patriotes avaient essuyé 35 morts devant le manoir de Saint-Charles.

Le sujet fascine. Il existe une centaine de romans sur les insurrections de 1837 et 1838, et, depuis quelques années, des étudiants ont présenté 15 nouveaux mémoires de maîtrise là-dessus. Michel Brault a tourné un film sur la bataille d'Odelltown et les procès des Patriotes devant la Cour martiale au Pied-du-Courant. De plus, une vingtaine de livres, surtout des journaux d'exilés et de prisonniers, ont été publiés depuis quatre ans. Enfin, un site Internet vient juste d'être inauguré par un historien de l'UQAM, Gilles Laporte. Ce dernier fouille la question depuis dix ans et se dit étonné de la mise en perspective politique de l'insurrection de 1837: "C'est le plus grand exemple de mobilisation des Québécois dans leur histoire, des centaines d'assemblées publiques ont précédé l'insurrection à l'été de 1837. Mais cela ne ressort nulle part."

Récemment, il a rédigé un article sur les deux agents recrutés par les Patriotes à Londres. Et il se propose de fouiller les archives militaires pour les recoupements sur les loyalistes engagés dans la milice et qui obtinrent des promotions par la suite.

Pour donner un cours à l'UQAM, Jean-Marie Fecteau a pris la relève de Jean-Paul Bernard, un historien qui travaille depuis 30 ans à un récit complet sur l'insurrection. Selon M. Fecteau, ce cours, qui attire une forte affluence, est le seul traitant de cette période tourmentée dans une université québécoise, même si c'est le plus suivi par les étudiants, en histoire.

Il parle également de la redécouverte des loyalistes par les historiens, "l'histoire de ceux qui ont battu les Patriotes, à savoir les miliciens, les engagés, les volontaires anglais". La première insurrection générale a duré deux semaines, à compter du 25 novembre. Fecteau rappelle que "les soldats ont pu se mobiliser parce que les miliciens gardaient leurs arrières à Montréal; il y avait un appui anglais anti-rébellion. Pour les Irlandais, le partage est plus compliqué, cela se fait par l'affinité religieuse, non par la langue."

Jean-Marie Fecteau mentionne aussi que l'historien Yvan Lamonde a réexaminé le discours de Papineau; et il explique: "On redécouvre le radicalisme de Papineau. Fernand Ouellet avouait que pour lui, les Patriotes étaient conservateurs. Il se trouve piégé. Car en publiant les lettres de Papineau, Lamonde a montré la conscience démocrate des Patriotes. Dans sa vie privée et publique, Papineau, ce n'est pas de la frime, cela devient clair."

Pour sa part, Gilles Laporte parle du retour à l'histoire militaire depuis la thèse controversée d'Elinor Kyte Senior, à McGill en 1980. Il explique que le ministère de la Défense nationale et Parcs Canada ont seuls les moyens de commander des études historiques en ce moment.

L'historien a examiné soigneusement les appuis de radicaux au Parlement de Westminster: "J'ai fouillé la correspondance des agents du Parti patriote. C'est inouï, il y a 120 lettres entre John Robuck, le député de Bath, et les leaders patriotes Papineau et O'Callaghan." Il a déniché aussi des textes d'Henry Chapman, l'éditeur du Montreal Daily Advertising; qui a correspondu avec le Westminster Review.

Comme en Irlande

Mais il reste une grosse source à éplucher: la source militaire. Elle montre l'importance de la préparation du gouvernement britannique et des milices de volontaires, des gens armés, payés et équipés par l'armée.

"C'est comme en Irlande, explique Gilles Laporte. Des milices de volontaires orangistes avaient été armés en 1801 pour réprimer les catholiques irlandais. Cela se passa lorsque Napoléon commença à créer des foyers de dissidence en Irlande."

L'historien mentionne le Journal étonnant de George Ermateiger, ce soldat britannique qui se scandalise des ravages exercés par les milices loyalistes. Il voit des vaches qui traversent l'Outaouais, de Saint-Eustache, de Saint-André et de Sainte-Scholastique vers le Haut-Canada. Dès 1835, on avait armé les milices locales. Alors, elles sèment la terreur.

"Ainsi, à Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, à Huntingdon, à Hemingford, il y a des châteaux forts loyalistes à côté de châteaux forts patriotes. Colborne arme les premiers. Dans le canton de Stanbridge, des Américains brûlent le drapeau anglais mais les loyalistes de Phillipsburg attaquent les insurgés de Farnham. Il y a un bouillon culturel inouï. Tout le long de la rivière Châteauguay, il y a plein de loyalistes. Ce sont eux qui chassent De Lorimier et les Patriotes."

Le jeune historien de l'ère Internet fait une distinction entre 1800 loyalistes arrivés des États-Unis en 1783 et 12 000 Américains qui viennent de 1800 à 1812. Les Américains méthodistes, des hommes de métier, appuient les Patriotes, tandis que les marchands anglicans sont loyalistes.

"Les papiers militaires nous disent des tas de choses sur la mobilisation et les récompenses. C'est dans les casernes que se fait la politique coloniale. Il y a des centaines de milliers de pages. On doit regarder même les feuilles de paie pour savoir si ces engagés vont jouer un rôle dans le gouvernement par la suite. Il faut passer par les personnes pour les recoupements."

Il parle des documents juridiques pour les procès à Montréal et Québec. "Il y a des milliers de dépositions pour 4200 personnes incarcérées en 1838. Chacune avait une déposition. On a celle de Briand, qui dit le plus sur les Frères chasseurs [une société secrète mise sur pied en 1838]. Autrement, on est peu loquace sur les Frères chasseurs."

À Ottawa, les Archives nationales du Canada gardent les documents personnels. Pour Louis-Joseph Papineau, il y a 12 boîtes. L'historien raconte: "Pendant trois ans, j'ai tout lu, j'ai passé de belles soirées." On trouve ce site Internet à l'adresse suivante: http://www.er.uqam.ca/nobel/k14664/patriote.htm.

Le Montreal Herald

Gilles Laporte a dépouillé en outre La Minerve et Le Vindicator, le journal des... 

page 1 / 2

Consulté 7 397 fois depuis le    MOD  

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

Nos partenaires

  

  

Le matériel sur ce site est soit original, soit libre de droit. Vous êtes invités à l'utiliser 
à condition d'en déclarer la provenance. © 1996-2026 Les Patriotes de 1837@1838 glaporte@1837.qc.ca