Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
PROJET D'UN JOUR FÉRIÉ EN MÉMOIRE DES PATRIOTES DE 1837-1838: La fête des Patriotes, le temps d'agir. Par Gilles Laporte
Depuis le 23 novembre 2001

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purement et simplement gênante alors que les autochtones en font aujourd'hui - et avec raison - le prétexte à rappeler la discrimination et le mépris qui ont marqué leurs relations avec les francophones. Chacun sait aussi que depuis un siècle, des historiens et des anthropologues ont contesté la version idéalisée de l'affaire de Dollard, interrogeant en particulier les véritables motivations des protagonistes. Mais convenons que la principale objection qu'on puisse faire à cette commémoration "parallèle" au jour de la Reine est son peu de prise sur la réalité et l'identité du Québec contemporain; en somme son peu de pertinence en regard du rôle que doit jouer une commémoration dans sa fonction identitaire et exemplaire.

La bataille de Saint-Denis alors ?

Le Club souverain de l'Estrie et les autres promoteurs d'une fête des Patriotes n'avait pourtant pas d'emblée ciblé le lundi précédent le 25 mai en guise de date plausible pour célébrer la lutte constitutionnelle des années 1830. Certaines dates, et au premier chef, la victoire des Patriotes sur l'armée britannique le 23 novembre 1837, allaient bien davantage de soi. Le 23 novembre est d'ailleurs déjà officiellement reconnu comme la "journée des Patriotes" au Québec, mais comme il ne pouvait être question d' "ajouter" un nouveau jour férié au calendrier on devait, soit se contenter du dimanche le plus proche du 23 novembre, soit aller bousculer un autre jour férié du calendrier civil ou religieux. Pour les raisons mentionnées plus haut il appert que c'est le jour dit de la Reine qui devrait en faire les frais, en particulier parce que les Patriotes eux-mêmes nous proposent de fameux anniversaires à célébrer au doux mois de mai.

Du 23 novembre disons aussi qu'il est toujours périlleux de célébrer l'anniversaire d'une tuerie ou d'une bataille. D'abord parce qu'une fête vise en particulier à célébrer l'unité et la réconciliation dans une communauté alors que le souvenir des batailles suscite le plus souvent l'amertume des vaincus et l'insolence des vainqueurs. Par ailleurs, la victoire sur le champ de bataille n'est nullement garante de la supériorité des principes défendus. Les Patriotes l'ont ultimement vérifié eux-même. À moins de prêter foi au Digitus Dei est hic, il est plutôt rare que la Providence fit toujours en sorte que le sort des armes favorise le bien et la vertu. Or c'est bien de vertu et d'édification dont il est question quand on parle de fête commémorative. À mon enfant qui me demandera pourquoi on célèbre le 23 novembre, je ne veux pas avoir à répondre "parce qu'à cette occasion les Patriotes ont tué davantage de soldats que les soldats, de Patriotes" (ce qui serait d'ailleurs inexact).

La plupart des nations ne s'y sont pas trompé et célèbrent plutôt l'anniversaire d'une constitution, d'une déclaration d'indépendance ou d'une charte de droits plutôt que les batailles qui les ont assises dans l'histoire. Les Américains célèbrent judicieusement la Déclaration d'indépendance (4 juillet), signée dans l'indifférence par quelques politiciens poursuivis par la police anglaise et non la victoire de Bunker Hill (17 juin) sans laquelle la Déclaration ne serait sans doute demeurée qu'un autre manifeste libertaire. Quand un peuple choisit quand même de commémorer une bataille le résultat est généralement fâcheux. À preuve, en Irlande du Nord, la commémoration par les Protestants de la bataille remportée à Boyne par Guillaume d'Orange (12 juillet 1690) vise à rappeler aux catholiques leur condition de vaincus et dégénère encore régulièrement en affrontements violents. Bien que les victoires et les défaites patriotes lors des Rébellions de 1837-1838 confirment bien l'intensité des débats et l'importance des enjeux, le volet martial ne s'avère ni d'une grande ampleur sur le plan humain ou matériel (une douzaine de morts au total à Saint-Denis ?), ni le témoignage explicite et exemplaire des idées alors mises en jeu.

Célébrer les Patriotes doit d'abord consister à rappeler la lutte de démocrates éclairés, de Daniel Tracy à John Neilson, d'Amury Girod à Louis-Joseph Papineau - d'un Irlandais à un Anglais, d'un Suisse à un Bas-canadien - qui depuis l'implantation des institutions parlementaires en 1791 et d'une presse d'opinion en 1807 ont lutté pour les droits de la majorité, dont celui du peuple à se gouverner lui-même. À compter de 1827, le Parti patriote, représentant d'une très large frange de la population du Bas-Canada, réclame le respect de certains principes toujours d'actualité et qui ne risquent pas d'être démodés pour trois prochains siècles ! Qu'il s'agisse du droit d'élire ceux qui détiennent les postes exécutifs au gouvernement, que les élus aient droit de regard sur l'ensemble des sommes dépensées par l'État, que les lois n'entretiennent aucune discrimination basée sur l'origine ou la culture ou que le Bas-Canada (le Québec d'alors) accède à une forme de souveraineté qui le mette à l'abris de la domination d'une autorité tutélaire, qu'elle soit impériale ou fédérale. À ceux qui voient déjà dans une telle célébration guère plus que de l'eau au moulin souverainiste, j'inviterai à mieux étudier les textes d'époque. La palette des revendications allait bien au-delà de la simple volonté autonomiste et embrassait des revendications aussi fondamentales aujourd'hui qu'en 1837. C'est cette lutte démocratique et populaire, à la fois intensément et largement menée par tout un pan de la société d'alors, qu'il importe de célébrer.

Dès lors, les anniversaires plausibles sont légion. On pense spontanément au 92 Résolutions qui, le 21 janvier 1834, posaient l'ensemble des revendications du Parti patriote, ou à la Déclaration d'indépendance de la République du Bas-Canada du 28 février 1838. Mais ces deux événements demeurent le propre d'un petit groupe d'individus et ne traduisent qu'indirectement les aspirations populaires. Or, l'acteur essentiel de la lutte patriote, son héros dirions-nous, c'est bien la population elle-même qui, comme à aucun autre moment de l'histoire du Québec, s'est alors passionnée pour la politique et la conquête de droits démocratiques. Cette foule mobilisée a d'abord participé à des opérations plutôt anonymes, comme des élections et des pétitions (pétitions de 35 000 noms en 1827; pétition de 30 000 en 1834 pour appuyer les 92 Résolutions) avant de s'engager avec l'exubérance dans la résistance civile, puis militaire. Mais, entre temps, aucune manifestation n'a dépassé en visibilité et en intérêt proprement historique le vaste mouvement des... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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