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Les Patriotes de 1837@1838 - <i>La Minerve</i>
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La Minerve
Article diffusé depuis le 19-mai-01
 




La Minerve fut fondée le 9 novembre 1826, par Augustin-Norbert Morin, un étudiant en droit âgé de 23 ans. À cette époque le Canadien vient de suspendre sa publication et il n'y a que Le Canadian Spectator qui défend les intérêts des Canadiens français. Morin, le 14 octobre 1826, lance, par l'entremise du Spectator, un prospectus. C'est un journal bihebdomadaire dévoué au Parti canadien. Il prend la défense du parti majoritaire de la chambre, le Parti canadien. " Ardents à soutenir les intérêts des Canadiens, nous leur enseignons à résister à toute usurpation de leurs droits en même temps que nous tâchions de leur faire apprécier et chérir les bienfaits et le gouvernement de la mère-patrie ". ( Hamelin, La presse Québécoise Tome I. 1973 : 56)

Morin en est le directeur politique et le rédacteur tandis que John Jones est responsable de l'impression du journal. Au tout début de sa parution, La Minerve est alors une feuille modeste contenant des nouvelles d'Europe, des faits divers, quelques poèmes et des éditoriaux de Morin. (Hamelin, La presse Québécoise tome I. 1973 : 56) Le journal ne recrute que 210 souscriptions, fixées à 30 chelins par année. (Le Journal de Québec, 21 sept.1877, p.2 ; Hamelin, La presse Québécoise tome I. 1973 : 56) Morin prévoit un déficit annuel de 130 livres (le Journal de Québec, 21 sept.1877, p.2 ; (Hamelin, La presse Québécoise Tome I. 1973 : 56) Il suspend le journal le 27 novembre 1826 et parcours la campagne afin de recruter de nouveaux abonnés. Cette suspension coïncide avec la disparition subite de l'imprimeur John Jones et il est remplacé par Ludger Duvernay.

La Minerve reparaît le 12 février 1827. Avec un nouveau propriétaire en la personne de Ludger Duvernay. Morin occupe la fonction de directeur politique. De fait, Duvernay participe à la direction et très peu à la rédaction. (Hamelin, La presse Québécoise Tome I. 1973 : 56) Il avait acheté le titre et la propriété du journal le 18 janvier précédent, au prix de 25 livres.(Hamelin, La presse Québécoise. Tome I 1973 : 57) Duvernay loue les ateliers de Bernard avec la charge d'imprimer le Canadian Spectator et de payer un salaire de 150 livres à son rédacteur, Jocelyn Waller. J. J. T. Phelan assiste Morin à la rédaction et François Lemaître à la typographie. Les patriotes dénoncent le cumul des fonctions qui permettait aux amis du régime de toucher des revenus excessifs alors que la crise économique réduisait les revenus du peuple. Monette Denis, Ludger Duvernay. 1987 : 63) Cet argument est repris dans La Minerve du 26 mars 1827 : " Pour nous, c'est avec joie, la plus vive que nous voyons la patrie trouver encore des défenseurs et des défenseurs qui, par leur conduite et leur modération, déjoueront toujours les plans de la cabale sans donner la moindre prise à ses fauteurs insidieux. " Dans le numéro de La Minerve du 23 juillet, Duvernay exprime le fond du débat sur l'augmentation de revenus pour les députés. Il y présente une définition de l'identité nationale qui structure l'idéologie nationaliste : " Qu'est-ce qu'un Canadien ? Généalogiquement ce sont ceux dont les ancêtres habitaient le pays avant 1759, et dont les lois, les usages, le langage leur sont politiquement conservés par des traités et des actes constitutionnels ; politiquement les Canadiens sont tous ceux qui font cause commune avec les habitants du pays, ceux en qui le nom de ce pays éveille le sentiment de la patrie... Les Canadiens français ne tendent pas à un pouvoir exclusif, ils n'ont pas de haines nationales contre les anglais et dès qu'un habitant du pays montre qu'il est vraiment citoyen, on ne fait plus de différence. " Cette crise politique permet à Duvernay de s'illustrer et de devenir une figure de proue du nationalisme canadien en faisant de La Minerve le principal organe d'expression du Parti Canadien. La Minerve du 5 juillet 1837, lance un appel en faveur de la réélection de la députation canadienne française qui a si bien défendu les intérêts du peuple en résistant à l'arbitraire du gouverneur : " De ce qu'un gouverneur casse une Chambre, il ne s'ensuit pas que les Représentants ne soient pas bons, c'est seulement signe qu'ils refusent de lui accorder quelque chose qu'il demande; et comme quelquefois un gouverneur peut demander des choses injustes, les Représentants font bien alors de ne pas lui accorder. Voilà pourquoi on a coutume, lors d'une cassation de réélire les mêmes Membres, c'est-à-dire ceux qui ont pris les intérêts de leurs Constituants. "

La Minerve, interdite, cesse de paraître le 20 novembre 1837. Grâce au support financier de Denis-Benjamin Viger et du libraire Edouard-Raymond Fabre, Ludger Duvernay réussit à réorganiser la Minerve. Il achète en 1829, tout le matériel du Spectator Canadien et installe son journal au 5 de la rue Saint-Jean-Baptiste, près du nouveau Marché, dans les anciens locaux du dit journal. Augustin Norbert témoigne de l'importance du journal La Minerve lorsqu'il écrit à Duvernay " La Minerve est très appréciée. On la regarde parmi la nouvelle génération comme étant par excellence, le papier du Pays. " ( Papiers Duvernay. 4 février 1831 : n.83 ) Jean-Louis Roy dans sa biographie d'Édouard-Raymond Fabre, qui fut ami et associé de Duvernay, explique le rôle joué par La Minerve : " La Minerve joua sans doute dans la montée du sentiment révolutionnaire un rôle prépondérant. Propagandiste du Parti patriote, les rédacteurs y rapportent les divers conflits qui opposèrent la Chambre et l'Exécutif dans la décennie qui précède la rébellion. " ( Jean-Louis Roy, Édouard-Raymond Fabre, libraire et patriote canadien, HMH. 1974 : 131) Trois fois, Duvernay est emprisonné pour libelle : en 1827, en 1832 et en 1838. Une première fois, il dénonce dans son journal l'administration de la justice. Plusieurs articles qui dénoncent les lenteurs de la justice et la partialité de certains juges. Dans La Minerve du 17 août 1827, Duvernay s'attaque aux juges de paix en ces termes : " Il est triste de voir les lois foulées aux pieds par des magistrats qui devraient être les premiers à s'y soumettre. Voilà donc un sujet britannique, accusé d'une simple offense contre la paix, privé dans un pays sous l'empire britannique, du droit exercé dans tout pays civilisé d'être admis à caution pour répondre ensuite devant le tribunal de la loi aux accusations dirigées contre lui. " Le 16 novembre, le tribunal émet un mandat d'arrêt pour libelle diffamatoire contre Ludger Duvernay. Ce n'est que le 18 décembre, au moment où il se préparait à partir pour l'assemblée des amis de la Constitution, qu'il sera arrêté La seconde fois, le 9 janvier 1832, il écrit un article signé "pensez-y bien " qui ANALYSE les avantages pour le peuple de disposer d'un Conseil législatif électif : " Qu'avons-nous à craindre en demandant un conseil électif ? Ne serait-ce pas un moyen d'augmenter la force du peuple; d'ouvrir la carrière parlementaire à une foule d'hommes de talents et pleins de patriotisme qui brigueront l'honneur d'être les organes de leurs concitoyens et auront le soin de bien se conduire afin d'éviter la disgrâce de perdre leur titre d'honorables ? Je crois que la chambre doit saisir cette occasion de rendre nos institutions plus démocratiques... Le conseil législatif actuel étant peut-être la plus grande nuisance que nous ayons, nous devons prendre les moyens de nous en débarrasser et en demander l'abolition....) Le 17 janvier 1832, Duvernay est cité à comparaître devant le Conseil législatif, pour libelle diffamatoire. Cette atteinte à la liberté de presse soulève une vive campagne de protestation. Le 19 Janvier, La Minerve dénonce la censure de la presse et, pour narguer le conseil, publie de nouveau l'article incriminé Après quarante jours d'emprisonnement, Duvernay est reçu triomphalement à Montréal. Le 10 septembre 1836, pour la troisième fois, il reçoit une condamnation de trente jours pour libelle. Quelques jours avant son procès, il publie dans La Minerve un vibrant plaidoyer en faveur de la liberté de presse : " Or, tout en reconnaissant que l'imprimerie n'est pas une industrie ordinaire, Qu'elle est la révélation puissante et quelquefois redoutable de la pensée, nous ne voyons aucune raison de la livrer garrottée au bon plaisir de l'administration. La société n'a pas le droit de lui demander d'autre garantie Que celle de la franchise. "

Duvernay, le 16 novembre 1837, publie l'avant-dernier numéro de La Minerve et quitte Montréal. Duvernay, de retour d'exil, ressuscite la Minerve le 9 septembre 1842. Dans sa réédition de La Minerve, le 9 septembre, Duvernay expose la ligne de conduite qu'il entend suivre. " Certes, l'indépendance n'est plus à l'ordre du jour du salut national, mais l'objectif du journal reste toujours l'obtention de la justice et des institutions libres. Le journal entend de plus promouvoir le développement de l'industrie et de l'éducation qui sont les deux sources de la prospérité et du progrès. " Il abandonne la politique de Papineau et défend celle de Lafontaine et de Morin. Lors du réalignement politique en 1854, La Minerve devient l'organe de l'Alliance libérale-conservatrice de Cartier et de Macdonald.

 

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