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Les Patriotes de 1837@1838 - Le rêve de la colonisation
 ANALYSE 
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Le rêve de la colonisation
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Le mouvement de colonisation qui se déroule entre 1850 et 1900 environ se veut une solution à la crise agricole et bientôt à l'exode aux États-Unis. Il est principalement commandé par une idéologie agriculturiste qui ne veut voir le peuple canadien-français qu'à travers le modèle de l'agriculture familiale. Les effets de la colonisation sont plutôt minimes quant au nombre d'individus impliqués et quant à l'augmentation de la production. Elle a toutefois eu des effets profonds en augmentant les surfaces cultivées, en donnant naissance à de nouvelles régions et en permettant à la population francophone de rayonner hors de la traditionnelle vallée du Saint-Laurent.

Avant 1830 environ, le territoire agricole s'était étendu par débordement , c'est à dire que, de proche en proche, les terres cultivées s'étendaient vers l'arrière-pays. C'est ainsi que les concessions à partir du Richelieu avaient fini par atteindre la Yamaska, ou que les paysans du comté de Bellechasse avaient atteint la Beauce. Lorsqu'en 1848 Louis-Joseph Papineau lança son fameux Emparons-nous du sol, c'est le meilleur moyen de conserver notre nationalité! , il donnait ainsi un ton idéologique à une vaste entreprise plutôt spontanée jusque-là.

L'élan avait déjà été donné à compter de 1838 lorsque des colons de la région de La Malbaie dans Charlevoix remontent le fjord du Saguenay jusqu'à Chicoutimi. Ils y pratiquent la coupe de bois commerciale mais avec l'intention d'y fonder un établissement. On quitte ainsi la vallée immédiate du Saint-Laurent pour occuper des plaines situées à l'intérieur du Bouclier canadien et des Appalaches. Le mouvement doit donc être mieux structuré. Mais l'effort reste spontané et le plus souvent individuel. Par petits groupes donc, des fils de cultivateurs, qui n'ont pas les moyens de s'établir où pour qui aucune terre n'est disponible, quittent les vieilles paroisses. Encadrés par un prêtre ou un missionnaire, ils fondent en pleine forêt de petits établissements pour lesquels les titres de propriété ne sont pas toujours clairs.

Après 1850, le clergé et la petite bourgeoisie s'engagent avec passion dans ce qu'ils considèrent comme une entreprise de salut national.

D'innombrables brochures sont publiées, vantant les mérites de telle ou telle région, en même temps que sont créées des sociétés en commandite. Le rôle du clergé est éminent. Certains prêtres-missionnaires comme le curé Hébert au Saguenay, Paradis au Témiscamingue, sans oublier le curé Antoine Labelle dans les Laurentides, jouent à la fois le rôle de guide-missionnaire et d'authentique entrepreneur. Le géographe Raoul Blanchard décrit bien l'établissement des colons dans la plupart des régions: Voilà donc nos colons à l'ouvre ils vont faire de la terre. Cela débute par une besogne joyeuse, l'abattage des arbres, effectué de préférence à l'automne. Les plus beaux troncs mis à part, tout le bois est laissé sur place et brûlé au printemps; le brûlis marque partout le début de l'exploitation. Les navigateurs de l'estuaire passant au large du Bic voyaient le ciel obscurci par la fumée des abatis qu'on y brûlait. Sur les cendres, du blé, de l'avoine, de l'orge, des navets étaient semés à la volée; un léger hersage, et tout est dit, à moins qu'une gelée tardive ne vînt ravager le pauvre champ. On fait ainsi en deux ans deux récoltes; puis on met en foin, qu'on fauche quatre ans de suite; après quoi le terrain, toujours hérissé de souches noircies, est utilisé deux ans comme pâturage. Alors, huit années étant écoulées, on extirpe les souches et le champ est mis en labour: la terre est faite Au bout de quelques années, la famille peut disposer d'une modeste maison en bois équarri, d'une vache et d'un boeuf pour les labours. Un jardin abrité permet en outre, généralement à la femme, de cultiver le maïs, les navets, les fèves et les herbes qui varient un régime alimentaire monotone.

Comme le montre la CARTE, outre le Saguenay puis la région du Lac-Saint-Jean, les régions des Laurentides, de la Mauricie, des Bois-Francs et du Témiscouata sont colonisées. Les francophones procèdent également à la reconquête démographique de l'Outaouais et surtout des Cantons-de-l'Est où les anglophones deviennent irrémédiablement minoritaires à compter de 1868. La vallée de la Matapédia, le nord de la Gaspésie et le Témiscamingue qui sont moins accessibles sont atteints par la colonisation vers la fin du XIXe siècle. Au terme d'un demi-siècle d'efforts les terres consacrées à l'agriculture passent de 8 113 000 à 14 414 000 âcres. De nouvelles régions sont devenues viables. Profitant d'une forte natalité, la population de ces régions augmente rapidement entre 1850 et 1900. Elle passe de 19 000 à 58 000 en Gaspésie, de 23 000 à 101 000 dans l'Outaouais et de 79 000 à 203 000 dans les Cantons-de-l'Est.

Malgré les progrès accomplis, le bilan de l'entreprise de colonisation doit toutefois être fortement nuancé. Premièrement, les effectifs engagés sont forts modestes. On estime à environ 50 000 le nombre de Québécois et de Québécoises qui s'engagent de fait dans la colonisation. En général la population est disséminée sur un territoire immense et bon nombre de familles quitteront la région dès la seconde sinon dès la première génération.

Deuxièmement, la plupart de ces régions ne sont dans les faits que peu propices à l'agriculture; soit que le sol s'avère trop pauvre, comme en Mauricie, soit que la saison végétative y soit trop courte, comme dans le Témiscouata. Rapidement, pour survivre ou, à tout le moins, pour accéder à une certaine forme de rémunération, les colons doivent se consacrer en même temps à un autre type d'activité que l'agriculture. En Gaspésie par exemple la pêche devient une activité complémentaire. Mais dans la plupart des régions, les colons doivent se mettre au service des compagnies forestières. Ce que les historiens appellent le système agro-forestier est un système de dépendance mutuelle entre d'une part la compagnie forestière et d'autre part le colon. La compagnie utilise les colons comme une main-d'ouvre robuste et disponible durant la coupe de bois l'hiver et qui peut approvisionner les chantiers en nourriture. De son côté le colon a besoin d'un revenu d'appoint et peu compter sur les chantiers forestiers pour écouler les surplus de sa production agricole. Il espère enfin occuper des terres ainsi déboisées.

Dans les faits, malgré son apparente harmonie, le système agro-forestier fonctionne aux dépends des colons qui sont soumis au désir de la compagnie qui peut fermer ou aisément changer de site de coupe forçant les colons à la suivre. Les colons n'ont par ailleurs pas le droit de vendre le bois qu'ils coupent sur leur terre. Selon Normand Séguin, les colons forment un prolétariat rural victime d'une alliance entre les promoteurs de la colonisation, l'Église et la petite bourgeoisie, avec les compagnies forestières qui profitent de cette providentielle main-d'oeuvre bon marché et servile. Disons enfin, troisièmement, que les gouvernements secondent très discrètement le mouvement de colonisation. Le gouvernement du Québec est surtout sensible à la voix des compagnies forestières dont il tire de 20% à 30% de ses revenus sous forme de droits de coupe. Son apport le plus significatif est l'aménagement de quelques chemins de fer de colonisation qui servent d'ailleurs aussi aux compagnies de bois. Il est vrai, les terres de la couronne ne sont pas chères pour les colons; elles coûtent environ $0.30 l'âcre en 1850. En revanche, le produit de cette vente, qui doit en principe permettre de développer les infrastructures dans le canton, est bien insuffisant. Résultat, les routes, les bureaux d'enregistrement et les agronomes sont en nombre ridicule dans les régions de colonisation. Les colons sont souvent livrés à eux mêmes, ont peu d'opportunité d'écouler leurs produits, sauf dans les Cantons-de-l'Est, et s'enfoncent généralement dans l'agriculture de subsistance. Le vigoureux renouveau agricole qui s'engage après 1880, autour des nouvelles cultures commerciales, ne viendra pas de ces régions.

 

Recherche parmi 15772 individus impliqués dans les rébellions de 1837-1838.

 



Consulté 4395 fois depuis le 20 mai 2000
   (9 mars 2006)
Bravo! Très interessant...On y apprend beaucoup. C`est vraiment complet.
 pascale côté  (22 octobre 2004)
vous devriez instaurez un peu plusd e généalogie du genre: les premiers colons qui on vécu dans les régions cela pourrait etre tràs intéressant!

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