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Les Patriotes de 1837@1838 - Les mandements et lettres circulaires de Mgr Lartigue
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Les mandements et lettres circulaires de Mgr Lartigue
Article diffusé depuis le 19-mai-01
 




Mgr Jean-Jacques Lartigue, qui devient évêque de Montréal en 1836 jusque là il n'a été qu'auxiliaire de l'évêque de Québec envoie aux fidèles de son diocèse deux mandements et trois lettres circulaires en rapport avec les rébellions de 1837-1838. Les mandements sont des écrits assez élaborés dans lesquels, s'appuyant sur l'enseignement de l'Église catholique, les autorités ecclésiastiques responsables d'un diocèse donnent à leurs fidèles des instructions ou des ordres concernant la conduite à suivre dans certaines circonstances. Les mandements s'adressent à tous sans distinctions et doivent être lus en chaire, généralement pendant les messes dominicales. Beaucoup moins élaborées, les lettres circulaires s'adressent aux curés de chaque paroisse uniquement et traitent soit de cérémonies spéciales à célébrer à l'occasion de certains événements importants, soit de la procédure à suivre dans des cas précis comme la signature d'une pétition.

Le premier mandement de Mgr Lartigue est daté du 24, soit au moment même où se déroule à Saint-Charles l'Assemblée des Six Comtés et deux jours après la manifestation qui réunit 1200 patriotes devant l'église Saint-Jacques. Ces derniers voulaient protester contre les commentaires faits par l'évêque au mois d'août, à l'occasion du sacre de Mgr Ignace Bourget, nommé coadjuteur de Mgr Lartigue (CHAUSSÉ, 1980: 199). L'évêque de Montréal profite de l'occasion pour rappeler la politique de l'Église catholique en matière de sépulture ecclésiastique des fidèles décédés en état de rébellion contre les pouvoirs établis. Ceux-ci n'y ont pas droit.

Le premier mandement reprend la doctrine traditionnelle de l'Église catholique sur "l'obéissance dûe aux puissances". À l'appui de ses prises de position, l'évêque invoque des textes classiques de saint Paul et de saint Pierre, cite des témoignages des Pères de l'Église et utilise des passages de deux textes récents du pape Grégoire XVI: l'encyclique Mirari vos (15 août 1832) et le Bref aux évêques de Pologne (juillet 1832). Rejetant ensuite l'argument qu'il juge fallacieux du peuple souverain, il évoque les "horreurs d'une guerre civile, les ruisseaux de sang inondant vos rues et vos campagnes" et ajoute que " presque sans exception, toute Révolution populaire est une oeuvre sanguinaire comme le prouve l'expérience (MANDEMENTS, 1869: 20, 21). Il recourt finalement à Jean-Jacques Rousseau, "l'auteur du Contrat social, le grand fauteur de la souveraineté du peuple qui dit quelque part qu'une Révolution serait achetée trop cher, si elle coûtait une seule goutte de sang" (MANDEMENTS, 1869: 21). Il se garde bien toutefois de fulminer quelque menace de sanction ecclésiastique que ce soit aux diocésains qui ne respecteraient pas ses instructions.

Au début de son mandement, Mgr Lartigue justifie sa démarche en se référant à la morale chrétienne. Il se défend également d'avoir subi l'influence des autorités: "[...] nous rendons témoignage à la vérité quand nous attestons solennellement que Nous vous parlons ici de notre propre mouvement, sans aucune impulsion étrangère, mais seulement pour un motif de conscience" (MANDEMENTS, 1869: 15 ).

Le mandement du 24 octobre 1837 est très mal accueilli par les patriotes. Dans la région de Montréal, plusieurs fidèles sortent des églises au moment de la lecture du document en chaire. La Minerve du 30 octobre se montre particulièrement virulente. De même que le curé Émile Chartier de Saint-Benoît qui conteste plus particulièrement la doctrine sur laquelle repose le mandement. Selon Gilles Chaussé, "tout en se dissociant des propos du curé de Saint-Benoît, une part importante du clergé entretenait néanmoins des doutes sérieux sur l'à-propos du geste de son évêque et sur la doctrine du mandement concernant l'obéissance inconditionnelle due au souverain et à ses représentants (CHAUSSÉ, 1980: 211).

Si le premier mandement a été considéré par un historien religieux comme un document à la fois "doctrinal et paternel" (CHAUSSÉ, 1980: 200), le ton violent et comminatoire du deuxième mandement n'est pas du tout de la même encre. Donné le 8 janvier 1838, donc un peu plus d'un mois après la série de défaites des patriotes, le document demande des mesures expiatoires "pour faire à Dieu réparation publique de tous les sacrilèges, meurtres, pillages, trahisons et autres crimes commis dans ce district, pendant la crise insurrectionnelle que nous avons éprouvée (MANDEMENTS, 1869: 29 )". Il s'agit de la célébration d'une messe solennelle suivie de différentes prières et oraisons. Il exhorte aussi aussi les fidèles à recourir au jeûne, à l'aumône et à la prière pour "apaiser la colère de Dieu" et les curés "à exciter leurs peuples à la pénitence" (MANDEMENTS, 1869: 29).

Mais avant d'en arriver là, il se livre à une charge à fond de train contre les "prétendus patriotes" qui sont qualifiés de "brigands et de rebelles". Il les accuse non seulement d'avoir "égaré une partie de la population de son diocèse à force de sophismes et de mensonges (MANDEMENTS, 1869: 24), mais aussi d'avoir semé le désordre, l'incendie et la désobéissance civile et religieuse. Il leur reproche également de s'être gorgés de butin, d'avoir démoralisé la jeunesse, "en l'entretenant dans un état habituel d'ivrognerie, pour étourdir ses remords" (MANDEMENTS, 1869: 26). Et il les accuse d'avoir massacré de sang-froid, non en bataille rangée, des hommes qui "n'avaient d'autres torts à leurs yeux, que celui de ne pas partager leurs opinions politiques" (MANDEMENTS, 1869: 26).

Lartigue, évidemment, ne rate pas l'occasion de revenir sur les avertissements servis dans son mandement du mois d'octobre: "Oh! Combien on eût épargné au Canada de peines et de douleurs, de crimes et de remords, si chacun eût suivi les avis de son Pasteur!" (MANDEMENTS, 1869: 26). Et il ajoute cette phrase révélatrice: "Mais vous n'oublierez plus à l'avenir que, lorsqu'il s'agit d'éclairer votre conscience sur des questions difficiles, délicates, et qui regardent le salut de vos âmes, c'est à vos Pasteurs qu'il faut vous adresser [...]" (MANDEMENTS, 1869: 27 ).

Parmi les trois lettres circulaires envoyées au clergé du diocèse de Montréal en relation avec les rébellions, l'une (26 décembre 1837) concerne une adresse signée par tous les membres du clergé protestant de leur loyauté et de celle de l'ensemble des fidèles à l'endroit de la couronne britannique. Les deux autres ont trait à des célébrations de messes d'actions de grâces (6 février 1838) ou pour la tranquillité publique (20 novembre 1838) , à la suite des "derniers troubles civils qui malheureusement ont éclaté dans notre Diocèse" (M ANDEMENTS, 1869: 45 ).

Martial DASSYLVA

 


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