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Les Patriotes de 1837@1838 - Le voyage des exilés à bord du <i>Buffalo</i>
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Le voyage des exilés à bord du Buffalo
Article diffusé depuis le 19-mai-01
 




Le Buffalo est construit en Inde en 1813. À cette époque, il est baptisé Hindoustan par la East India Company. Il est acheté par la marine anglaise qui lui donne le nom de Buffalo (BERGEVIN, 1991:10). C'est un voilier à trois mats, d'une longueur de 120 pieds et de 34 pieds de large. Il est fourni d'un armement de 16 canons à boulets et de deux canons à longues portées. Le voyage pour les terres australes se fait avec le commandant John Hinmarsh et le capitaine James Wood. En tout, on compte 94 membres d'équipage, 38 passagers, 138 émigrants et 141 prisonniers politiques à bord du Buffalo. Souvent, on voit le nombre de 144 prisonniers, car trois condamnés pour meurtre sont ajoutés aux déportés (BERGEVIN, 1991:10). Pour les Bas-Canadiens, le voyage s'étend du 27 septembre 1839 au 11 mars 1840, jour où ils mettent pied à Longbottom.

À bord du Buffalo, les déportés logent au troisième plancher, au-dessous de la ligne de flottaison (PRIEUR, 1974:147). Pendant près de cinq mois, ils vivent et dorment dans de petits compartiments de 7 pieds par 6 pieds pour quatre occupants. Le plafond est d'une hauteur de 4 à 5 pieds. La seule source d'air et de lumière sont deux écoutilles munies de grillage (PRIEUR, 1974:149). La "mess" (tel que décrit dans les Mémoires) est un logement plus gros que les compartiments à quatre, elle contient 12 hommes comandés par un capitaine qui supervise et dicte les tâches à faire (HEUTIS, 1867). Pour le "mess" numéro 5, celui de Lepailleur, le capitaine désigné est M. Morin bientôt remplacé ensuite par Hippolyte Lanctôt (LEPAILLEUR, 1996:26-42). François-Xavier Prieur raconte qu'il est à l'extrémité arrière du couloir de tribord, en compagnie du capitaine Pierre-Hector Morin, son fils Achille Morin, Huot, Lanctot, Newcomb et Ducharme (PRIEUR, 1974:149), le même "mess" que Lepailleur. Puisque ceux qui tiennent des mémoires sont dans le même compartiment, nous avons moins d'informations à propos des autres Bas-Canadiens durant le voyage. La routine à bord du Buffalo est stricte, les déportés doivent se coucher à 8 heures en silence et le lever est à 6 heures (PRIEUR, 1974:149), sauf le samedi, le jour du "Barda". Lepailleur décrit qu'ils doivent se lever à 4 ou 5 heures du matin, nettoyer leurs compartiments et leurs vêtements, brosser le plancher et étendre de la chaux pour éloigner la vermine (LEPAILLEUR, 1996:31-32-39). Tous les journaux d'exilés contiennent une description de la mauvaise nourriture consommée à bord. Daniel Heutis, un Américain, affirme que la ration équivalente pour quatre matelots est donnée à six prisonniers (HEUTIS, 1867). Pour le déjeuner, ils disposent d'une chopine d'avoine ou de son avec un peu de poussière, le tout mélangé avec de l'eau chaude (HEUTIS, 1867). Pour dîner, ils bénéficient d'une pinte d'eau, de bœuf salé gâté (HEUTIS, 1867) ainsi qu'une demi-livre de biscuit (composé de seigle, pois et avoine). Pour souper, on sonne du cacao et un peu d'eau (HEUTIS, 1867). Le tout est servi dans un seul contenant pour les douze du logement et sans ustensile. François-Xavier Prieur avoue que leur "mess" possède un objet luxueux qu'est le couteau du capitaine Morin afin de se nourrir (PRIEUR, 1974:151). Mais à long terme, les prisonniers se procurent pour quelques sous des ustensiles auprès soldats (HEUTIS, 1867). Le 11 octobre 1839, Ducharme raconte que les effets désagréables de la chaleur se font sentir. On distribue des habits de coton aux prisonniers (LEPAILLEUR, 1996:23). Pendant le voyage, les déportés souffrent du mal de mer (DUCHARME, 1974:19-20) et Lepailleur note minutieusement le nom de ses camarades atteints (LEPAILLEUR, 1996:17-18). Mais en somme, presque tous les hommes en souffre, particulièrement durant les tempêtes. Heutis raconte qu'en sortant du Golfe du Saint-Laurent, une tempête provoqua des vomissements chez les deux tiers des prisonniers (HEUTIS, 1867). Le 6 novembre, aux limites de l'équateur, une tempête éclate et aux dires de Ducharme: "plusieurs de nous tremblassent d'effroi" (DUCHARME, 1974:24). En octobre 1839, on ajoute du vin à la limonade pour prévenir du scorbut (LEPAILLEUR, 1996:20), mais il semble que la maladie s'est tout de même installée étant donné la perte de dents généralisée des prisonniers (BOISSERY, 1995:185). Ducharme affirme que le médecin à bord du Buffalo, le Dr Frazier, procure aux mourants du riz et du thé pour les guérir (DUCHARME, 1974:23). Les prisonniers souffrent aussi d'un manque d'eau. Des soldats de l'équipage ont mérité le fouet, pour avoir donné de l'eau fraîche et du rhum aux détenus (PRIEUR, 1974:160). Un matelot leur apporte même de l'eau dans une botte (PRIEUR, 1974:160).

À la mi-octobre, les Bas-Canadiens rapportent dans leurs journaux que l'équipage est énervée, qu'ils sont fouillés et dépravés de tout objet pouvant servir d'arme (PRIEUR, 1974:154 ET DUCHARME, 1974:21). Prieur raconte qu'un certain Tywell ou Towell [John Tyrrell du Haut-Canada] aurait rapporté une histoire de complot contre l'équipage, afin de s'attirer de meilleurs traitements (PRIEUR, 1974: 154-155). En fait, l'interprétation de Prieur est fausse. Il est vrai de dire que les Bas-Canadiens ne savaient rien du plan, mais il a bien existé du côté des Américains. Dans son journal, Heutis fomente un plan assez détaillé de ce complot contre l'équipage (HEUTIS, 1867) qui n'aura pas de suite en raison des moyens de sécurité mis de l'avant par les autorités. En fait, les Américains espéraient qu'en passant par les côtes américaines, deux bateaux viendraient les délivrer (BERGEVIN, 1991:14).

Pendant le voyage, au mois d'octobre, un prisonnier perd la vie. Il se nomme Asa Priest et est d'origine américaine. Selon Heutis, il a 45 ans et est mort d'être séparé de sa famille (HEUTIS, 1867). Quant à Ducharme, il fait plutôt appel aux mauvaises conditions à bord du Buffalo (DUCHARME, 1974:21-22). Dès le mois d'octobre, les déportés se plaignent de l'apparition de vermines, puces et poux (LEPAILLEUR, 1996:31-32) et la situation ne fera qu'empirer jusqu'à leur arrivée. Du 30 novembre au 5 décembre, les déportés bénéficient d'une escale de cinq jour à Rio de Janeiro. Les prisonniers profitent de l'occasion pour se procurer des fruits. M. Black, qui sert de maître d'hôtel pour les prisonniers en échange du passage pour l'Australie, leur procure des oranges, citrons, ananas et bananes pour la somme de 34,10 £. Aux dires de Prieur, plusieurs seraient morts sans cette opportunité (PRIEUR, 1974:162). Ils repartent ensuite vers le Cap de Bonne Espérance. Lepailleur et les autres lettrés se chargent d'écrire des lettres aux femmes des déportés (LEPAILLEUR, 1996:29). À tous les dimanche, François-Maurice Lepailleur récite la messe (LEPAILLEUR, 1996: 42). Pour s'occuper, les prisonniers apprennent à lire, à s'instruire (LEPAILLEUR, 1996:44) et à pratiquer l'anglais (LANCTOT, 1999:43). Quant aux Américains, Lepailleur ne dresse pas un portrait très flatteur de ceux-ci. Tout au long du voyage Lepailleur ressasse dans son journal des commentaires négatifs : "[..] la plus grande partie ont l'air d'une bande de bons à rien et de coureux de chemins qui ne savaient que faire de leurs corps avant d'être emprisonnés." (LEPAILLEUR, 1996:43). Pour lui, les Américains ne sont qu'une bande d'excités grossiers et ignorants qui ne pense qu'à s'amuser, à l'exception d'une demi-douzaine d'instruits (LEPAILLEUR, 1996:43-46). Après plus de trois mois de voyage, il semble que l'état d'esprit de plusieurs se détériorent, au mois de janvier 1840, Lepailleur confie que plusieurs déportés perdent la tête (LEPAILLEUR, 1996:42).

Le 10 février 1840, le Buffalo accoste les rives de Van Diemens (Tasmanie), destination des déportés du Haut-Canada. Le 16 février, les insurgés du Haut-Canada mettent pied à Hobart Town. Les déportés du Bas-Canada apprennent qu'ils devront travailler pour le gouvernement (DUCHARME, 1974:31). Quelques jours plus tard, les déportés du Bas-Canada arrivent à destination de Longbottom, situé à huit mille de Sydney (FILTEAU, 1980:36). Le Buffalo demeure accosté pendant plusieurs jours. Dès la première journée, le 24 février, Monseigneur Polding, monte à bord du Buffalo. Il avait été avertie par Monseigneur Macdonell de Kingston de l'arrivée de catholiques. Monseigneur Polding savait que les déportés étaient destinés à la pire des colonies pénales: Norfolk, sous la recommandation de Sir George Arthur (BERGEVIN, 1991:16). Cependant, il plaide la cause auprès du gouverneur Sir George Gipps, qui acquiesça à la demande (BERGEVIN, 1991:16 et LEPAILLEUR, 1996:53-99-153). Le 5 mars, les 58 Canadiens subissent le premier "Convict Indent", interrogatoire sur leur nom, âge, statut marital, nombre d'enfants, religion, métier, s'ils savent lire et écrire, suivit d'une description physique sommaire. Le lendemain, ils subirent un deuxième examen physique très détaillé sur leurs cheveux, leurs tatouages ou cicatrices (BERGEVIN, 1991:16-17). Le 11 mars 1840, les 58 déportés sont amenés au pénitencier de Longbottom.

Stéphanie Beaupied

 


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