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Les Patriotes de 1837@1838 - Le rapport Durham (1839). Tiré de <i>Histoire du Canada par les textes</i>
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Le rapport Durham (1839). Tiré de Histoire du Canada par les textes
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Le 27 mai 1838, arrivait à Québec un nouveau gouverneur, nommé de plus "Haut-Commissaire pour le règlement de certaines questions importantes en cause dans les dites Provinces du Bas et du Haut-Canada relatives à la forme du futur gouvernement des dites Provinces". Lord Durham était l'un des membres influents de l'aile libérale du parti Whig. Son arrivée encouragea l'optimisme des coloniaux qui espéraient obtenir justice du gouvernement impérial. François-Xavier Garneau la salua en des vers enthousiastes.

L'administration de Durham ne contenta personne. Lorsqu'il quitta Québec, le 1er novembre suivant, les Canadiens le virent partir sans regret. De retour en Angleterre, le haut-commissaire présenta son Rapport sur les affaires de l'Amérique du Nord britannique. Ce rapport constitue l'un des documents les plus importants de l'histoire de l'empire britannique. Pour Durham, la lutte qui opposait, dans le Bas-Canada, Britanniques et Canadiens en était une de races. Il tentait de démontrer, comme d'autres gouverneurs l'avaient soutenu avant lui la nécessité d'adopter une politique d'assimilation à l'égard des anciens vaincus.

Durham a constaté avec tant d'autres, le malheureux état d'infériorité dans lequel se trouvait le Canada français vers 1839 (sans historiens, sans littératures et sans théâtre); ce qui l'a amené à souhaiter que les Canadiens-français fussent assimilés pour leur plus grand bien et pour prévenir les conflits qu'il prévoyait dans l'avenir.

Durham recommandait l'union des deux Canadas, demandée depuis longtemps par les Britanniques du Bas-Canada, l'établissement de la responsabilité ministérielle et une vaste politique d'immigration afin de peupler toutes les colonies, sans oublier le Bas-Canada, de sujets britanniques; et à longue échéance, une confédération des colonies britanniques de l'Amérique de Nord.

Ce rapport couvre deux cent quatre-vingt-deux pages de l'édition de Marcel-Pierre Hamel, publiée en 1948. La première partie porte uniquement sur le Bas-Canada (p. 65-182); la conclusion, très longue, va de la page 279 à la page 341. Avec l'aimable permission de l'éditeur, nous reproduisons quelques paragraphes de l'une et de l'autre.

Lire l'introduction de Marcel-Pierre Hamel, éditeur, Le Rapport de Durham, 13-51; Chapais, Cours d'histoire, 4: 235-273; Léo-Paul Desrosiers, L'Accalmie: lord Durham au Canada.

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... Par suite des circonstances spéciales où je me trouvai, j'ai pu faire un examen assez juste pour me convaincre qu'il y avait eu dans la Constitution de la province, dans l'équilibre des pouvoirs politiques, dans l'esprit et dans la pratique administrative de chaque service du Gouvernement, des défauts très suffisants pour expliquer en grande partie la mauvaise administration et le mécontentement. Mais aussi j'ai été convaincu qu'il existait une cause beaucoup plus profonde et plus radicale des dissensions particulières et désastreuses dans la province, une cause qui surgissait du fond des institutions politiques à la surface de l'ordre social, une cause que ne pourraient corriger ni des réformes constitutionnelles ni des lois qui changeraient en rien les éléments de la société. Cette cause, il faut la faire disparaître avant d'attendre le succès de toute autre tentative capable de porter remède aux maux de la malheureuse province. Je m'attendais à trouver un conflit entre un gouvernement et un peuple; je trouvai deux nations en guerre au sein d'un même Etat; je trouvai une lutte, non de principes, mais de races.

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Je m'en aperçus: il serait vain de vouloir améliorer les lois et les institutions avant que d'avoir réussi à exterminer la haine mortelle qui maintenant divise les habitants du Bas-Canada en deux groupes hostiles: Français et Anglais...

Les institutions de France durant la colonisation du Canada étaient peut-être plus que celles de n'importe quelle autre nation d'Europe propres à étouffer l'intelligence et la liberté du peuple. Ces institutions traversèrent l'Atlantique avec le colon canadien. Le même despotisme centralisateur, incompétent, stationnaire et répressif s'étendit sur lui. Non seulement on ne lui donna aucune voix dans le Gouvernement de la province ou dans le choix de ses dirigeants, mais il ne lui fut même pas permis de s'associer avec ses voisins pour la régie de ses affaires municipales que l'autorité centrale négligeait sous prétexte de les administrer. Il obtenait sa terre dans une tenure singulièrement avantageuse à un bien-être immédiat, mais dans une condition qui l'empêchait d'améliorer son sort; il fut placé à l'instant même à la fois dans une vie de travail constant et uniforme, dans une très grande aisance et dans la dépendance seigneuriale.

L'autorité ecclésiastique à laquelle il s'était habitué, établit ses institutions autour de lui, et le prêtre continua d'exercer sur lui son influence. On ne prit aucune mesure en faveur de l'instruction parce que sa nécessité n'était pas appréciée; le colon ne fit aucun effort pour réparer cette négligence du Gouvernement. Nous ne devons donc plus nous étonner.

Voici une race d'hommes habitués aux travaux incessants d'une agriculture primitive et grossière, habituellement enclins aux réjouissances de la société, unis en communautés rurales, maîtres des portions d'un sol tout entier disponible et suffisant pour pourvoir chaque famille de biens matériels bien au-delà de leurs anciens moyens, à tout le moins au-delà de leurs désirs. Placés dans de telles circonstances, ils ne firent aucun autre progrès que le premier progrès que la largesse de la terre leur prodigua... La conquête n'a pas changé grand'chose chez eux.

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Les classes élevées et les citadins ont adopté quelques-unes des coutumes anglaises. Néanmoins, la négligence continuelle du Gouvernement britannique fut cause que la masse du peuple ne put jamais jouir des bienfaits d'institutions qui l'eussent élevée à la liberté et a la civilisation. Il les a laissés sans l'instruction et sans les organismes du gouvernement responsable d'ici; cela eût permis d'assimiler leur race et leurs coutumes, très aisément et de la meilleure manière, au profit d'un Empire dont ils faisaient partie. Ils sont restés une société vieillie et retardataire dans un monde neuf et progressif.

En tout et partout, ils sont demeurés Français, mais des Français qui ne ressemblent pas du tout à ceux de France. Ils ressemblent plutôt aux Français de l'Ancien Régime...

Il ne faut pas penser à tenter l'expérience de priver le peuple de son pouvoir constitutionnel. Le rôle des gouvernants est de conduire maintenant le Gouvernement dans l'harmonie et en accord avec ses principes établis. J'ignore comment il est possible d'assurer cette harmonie d'une autre manière qu'en administrant le Gouvernement d'après des principes dont l'efficacité est établie sur l'expérience de la Grande-Bretagne. Je ne voudrais pas toucher à une seule prérogative de la Couronne; au contraire, je crois que l'intérêt du peuple des colonies requiert la protection des prérogatives qui n'ont pas encore été exercées. D'autre part, la Couronne doit se soumettre aux conséquences nécessaires des institutions représentatives; et si elle doit faire fonctionner le Gouvernement de concert avec un corps représentatif, il faut qu'elle y consente par l'intermédiaire de ceux en qui ce corps représentatif a confiance...

Le plan par lequel on se proposerait d'assurer la tranquillité du Gouvernement du Bas-Canada doit renfermer les moyens de terminer à l'Assemblée l'agitation des querelles nationales, en établissant pour toujours le caractère national de la province. Je n'entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada: ce doit être celui de l'Empire britannique, celui de la majorité de la population de l'Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l'Amérique du Nord. Sans opérer le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-être de la génération actuelle, la fin première et ferme du Gouvernement britannique doit à l'avenir consister à établir dans la province une population de lois et de langue anglaises, et de n'en confier le gouvernement qu'à une Assemblée décidément anglaise...

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Et cette nationalité canadienne-française, devrions-nous la perpétuer pour le seul avantage de ce peuple, même si nous le pouvions? Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et continuent une infériorité plus irrémédiable. La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j'applique cela à tous ceux qui parlent l'anglais) y apparaît dans un état d'infériorité.

C'est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais. Je le désire pour l'avantage des classes instruites que la différence du langage et des usages sépare du vaste Empire auquel elles appartiennent. Le sort le meilleur de l'immigrant instruit et qui désire progresser n'offre pas aujourd'hui beaucoup d'espoir de progrès; mais le Canadien français recule davantage à cause d'une langue et des habitudes étrangères à celles du Gouvernement impérial.

Un esprit d'exclusion a fermé les professions les plus élevées aux classes instruites des Canadiens français, plus peut-être qu'il n'était nécessaire; mais il était impossible qu'avec une plus grande libéralité le Gouvernement britannique pût donner à ceux qui parlent une langue étrangère une position égale à celle des autres au milieu de la concurrence générale de la population. Je désire plus encore l'assimilation pour l'avantage des classes inférieures. Leur aisance commune se perd vite par suite du surpeuplement des réserves où elles sont renfermées. S'ils essaient d'améliorer leur condition, en rayonnant aux alentours, ces gens se trouveront nécessairement de plus en plus mêlés à une population anglaise; s'ils préfèrent demeurer sur place, la plupart devront servir d'hommes de peine aux industriels anglais.

Dans l'un et l'autre cas, il semblerait que les Canadiens français sont destinés, en quelque sorte, à occuper une position inférieure et à dépendre des Anglais pour se procurer un emploi. La jalousie et la rancune ne pourraient que décupler leur pauvreté et leur dépendance; elles sépareraient la classe ouvrière des riches employeurs...

On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C'est un peuple sans histoire et sans littérature.

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La littérature anglaise est d'une langue qui n'est pas la leur; la seule littérature qui leur est familière est celle d'une nation dont ils ont été séparés par quatre-vingts ans de domination étrangère, davantage par les transformations que la Révolution et ses suites ont opérées dans tout l'état politique, moral et social de la France. Toutefois, c'est de cette nation, dont les séparent l'histoire récente, les moeurs et la mentalité, que les Canadiens français reçoivent toute leur instruction et jouissent des plaisirs que donnent les livres.

C'est de cette littérature entièrement étrangère, qui traite d'événements, d'idées et de moeurs tout à fait inintelligibles pour eux, qu'ils doivent dépendre. La plupart de leurs journaux sont écrits par des Français de France. Ces derniers sont venus chercher fortune au pays ou bien les chefs de parti les y ont attirés pour suppléer au manque de talents littéraires disponibles dans la presse politique. De la même manière, leur nationalité joue contre eux pour les priver des joies et de l'influence civilisatrice des arts...

 


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