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Les Patriotes de 1837@1838 - Les drapeaux des Patriotes
 ANALYSE 
     
Les drapeaux des Patriotes
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Pendant les rébellions de 1837-1838, plusieurs drapeaux flottent lors d'événements patriotiques; la plupart sont fabriqués spécialement pour l'occasion (Roy; 1965 :14-15). Cependant, lorsque les Patriotes créent les comités régionaux en 1832, leurs membres adoptent un drapeau montrant trois bandes horizontales aux couleurs (de haut en bas) verte, blanche et rouge (Archambault; 1978 : 15). Celles-ci faisant référence aux peuples irlandais, français et anglais (Patriotes; 2000). Pour sa part, Raoul Roy, dans Pour un drapeau indépendantiste, (1965 : 15) affirme que "les trois couleurs de la Révolution de 1789 [en France] ont inspiré nos Patriotes dans le choix de leur drapeau national. Le droit à l'autogouvernement de tous les peuples proclamé par les révolutionnaires français, de même que les principes de liberté dont ils se réclamaient avaient enflammé nos ancêtres victimes de l'oppression colonialiste".

Ce tricolore, considéré comme le drapeau officiel des rébellions et des Patriotes, flotte vraisemblablement à toutes les assemblées, dont celle de Saint-Charles. En ce sens, il est souvent modifié en fonction des circonstances. Ainsi, plusieurs emblèmes ou symboles furent représentés sur le drapeau. Par exemple, lors de l'assemblée tenue à Sainte-Scholastique, le 1er juin 1837, le tricolore est orné d'un castor, d'une feuille d'érable et d'un maskinongé. D'ailleurs, lors de cette assemblée, on retrouve des drapeaux arborant un aigle à tête blanche avec ses ailes ouvertes sur une étoile blanche ou d'autres, avec un aigle canadien en vol, tenant une branche de feuilles d'érable dans son bec et se dirigeant vers une étoile sur fond bleu, surmontée des mots "Notre Avenir" (Roy; 1965 : 15).

Après les troubles, le tricolore est repris par la Société Saint-Jean-Baptiste (anciennement, l'Association Saint-Jean-Baptiste) de Québec en 1842. On y inclut une image de Jean-Baptiste et d'un castor. Cependant, le tricolore rappelle trop les événements des dernières années et l'on se doit de le remplacer. Le nouveau drapeau est blanc et vert sur bandes verticales. Ce drapeau devient l'étendard officiel de la société jusqu'en 1888, alors qu'il est remplacé par le tricolore français (Archambault; 1978 : 17-18).

Parmi tous les drapeaux créés pendant les rébellions, un se détache plus particulièrement, soit le drapeau dit de "Saint-Eustache" ou de "Deux-Montagnes", qui flotta au moment de la bataille de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837. Il a été conçu par la mère des Patriotes Luc-Hyacinthe et Damien Masson ainsi que par madame Dumouchel; pour la couleur, c'est un dénommé Girouard qui l'aurait peinte (Reeves-Morache; 1951 : 102). Le champs du drapeau contient de nombreux symboles aux couleurs brune, verte et bleue. On peut y voir de haut en bas un maskinongé au centre d'une couronne d'aiguilles et de pommes de pin. À l'intérieur de celle-ci, on voit les lettres "C" au-dessus du poisson et "J = Bte" sous celui-ci. En bas de ce groupe d'icônes, un dernier symbole est présent, soit une branche de feuilles d'érable (Archambault; 1978 : 16). Ces symboles sont dessinés sur une toile blanche ; bien que d'autres croient qu'elle était rose. Par ailleurs, une autre version de ce drapeau aurait été aperçue à l'assemblée de Saint-Charles par le docteur Jean-Olivier Chénier. Cet étendard aurait arboré un érable, un chêne et un castor (Roy; 1965 : 16).

Il y a plusieurs interprétations qui existent à propos du drapeau de mesdames Masson et Dumouchel. Ainsi, la lettre "C" signifierait "Canada" et "J = Bte" : Jean-Baptiste, le patron des Canadiens français. Donc, on peut interpréter cette iconographie comme "le Canada aux Canadiens" (Reeves-Morache; 1951 : 102). Par contre, Roy mentionne que ces lettres sont présentes sur le temple de Salomon et qu'elles seraient ainsi des symboles maçonniques. De plus, il ajoute que le poisson faisait partie d'un blason aux couleurs des Francs-Maçons ayant une loge à Deux-Montagnes. D'autres part, une deuxième interprétation veut que le maskinongé soit une représentation de la religion catholique exprimant ainsi le désir des Patriotes de la région d'affirmer leur foi puisque le poisson est le symbole de "l'Église primitive". Fait à noter, il ne semble pas y avoir d 'interprétation pour la branche aux feuilles d'érable. On peut enfin toujours voir le drapeau de Saint-Eustache au Château Ramezay à Montréal (Archambault; 1978 : 16).

Un autre drapeau qui ne peut être ignoré est celui de la République du Canada, dont les restes sont exposés au "Vancouver Museum" dans le cadre de l'exposition "All About Blue". Le texte sous le drapeau se lit comme suit (traduction libre): "Ce drapeau au fond indigo vola pendant les Rébellions de Mackenzie-Papineau en 1837-1838. Le champs est chargé de deux étoiles blanches à cinq pointes hypothétiquement accompagnées d'une deuxième couleur et du mot "liberty". On interprète les étoiles comme étant les représentations du Haut et du Bas-Canada. De plus, on signale que ce drapeau semble dans la même lignée, du moins dans sa couleur, que d'autres drapeaux datés du XIXe siècle et symbolisant l'indépendance. D'ailleurs, il serait la première tentative de création d'un drapeau national sans que les Britanniques y soient représentés avant 1965 alors que l'unifolié est adopté comme le drapeau officiel du Canada. Le drapeau de la République du Canada, exposé à Vancouver, en est le dernier exemplaire reconnu. Il proviendrait du mât de la goélette "Anne" d'où il fut arraché lors de sa capture par les forces britanniques à Amherstburgh en janvier 1838. Le commandant du bateau, Edward Theller, dit à la cour pendant son procès pour trahison que le drapeau du gouvernement provisoire et indépendant du Canada avait été planté en terre canadienne par des Canadiens (Braverman; 2000 : 8).

Donc, pendant les rébellions, plusieurs patriotes ont exprimé leurs idées à travers la presse écrite et les assemblées. Cependant, quelques autres ont décidé d'exprimer leur opinion par le biais d'un autre moyen de communication : l'iconographie. Ainsi, la création d'un drapeau permet de montrer ce que l'on pense ou de résumer sa pensée à une population dont une grande partie est analphabète ou possède un vocabulaire limité, tout en jouant le rôle important de symbole rassembleur.

Philippe Cliche

ARCHAMBAULT, Jacques, LÉVESQUE, Eugénie, Le drapeau québécois, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1978, coll. Connaissance du Québec :14 à 18.; BRAVERMAN, Doreen, "The Republic of Canada Flag" in The Flag & Banner, Vancouver, International Flag & Banner Inc., vol. 13, no 1 (Spring/summer 2000): 8; REEVES-MORACHE, Marcelle, "La Canadienne pendant les troubles de 1837-1838", RHAF, vol. 5, no 1 (juin 1951) :102; ROY, Raoul, Pour un drapeau indépendantiste, Montréal, Éd. Du Franc-Canada, 1965 :14 à 16..


Ce qui suit est l'oeuvre de Luc Bouvier, professeur au Collège de l'Outaouais (Tous droits réservés). SOURCE: http://www.synapse.net/~imperatif/articles/draque1.html

Le premier drapeau que se donnent les Québécois est le tricolore canadien, communément appelé drapeau des Patriotes. Formé de trois bandes horizontales, le vert-blanc-rouge fait son apparition pour la première fois en 1832, lors de la libération de Ludger Duvernay, de la Minerve, et de Daniel Tracey, du Vindicator, tous deux condamnés à être emprisonnés jusqu'à la fin de la session pour avoir traité le Conseil législatif respectivement de "nuisance publique" et d'"incube oppressif". Lors de leur sortie triomphale de prison, la foule, nombreuse, arbore le tricolore canadien(2). La popularité du vert-blanc-rouge grandit au même rythme que la révolte qui gronde au sein de la population. En 1837, il est, dans les faits, drapeau national. Les assemblées anti-coercitives en réponse aux Résolutions Russell de mars 1837 sont l'occasion de l'arborer "ostensiblement" pour reprendre le terme même de Colborne(3).

Devant la popularité du drapeau des Patriotes et sa symbolique révolutionnaire, le Montreal Herald du 20 octobre 1837 recommande de le détruire(4). Le 6 novembre suivant, le Doric Club attaque le siège social des Fils de la liberté, coin Sanguinet et René-Lévesque, et s'empare du drapeau de l'association: un tricolore canadien avec, dans sa partie centrale, l'inscription En avant! Association des Fils de la Liberté(5).

De cette époque troublée, deux étendards nous sont parvenus. Sur la bande blanche centrale du premier, conservé à la chapelle funéraire de Montebello, où repose la dépouille mortelle de Louis-Joseph Papineau, sont inscrites les lettres P L H, fort probablement pour Patrie Liberté Honneur. Accroché à la gauche de l'autel, côté jardin donc, l'étendard est dans un état de délabrement avancé.

I.3 Le drapeau de la bataille de Saint-Eustache

Le second, conservé au Château Ramezay, aurait connu le feu de Saint-Eustache : "[d]e nombreux trous de balles [19] et un trou de boulet attestent de l'emploi de ce drapeau au champ de bataille", selon la description du musée(6). Restaurées en 1985 par l'institut canadien de la conservation (ICC), les deux lisières de coton restantes, donc blanches à l'origine, mesurent 158 cm sur 106 cm et portent dans sa partie centrale un maskinongé avec les initiales C (en haut) et J=Bte (en bas) [possiblement pour Canada et Jean-Baptiste](7) entouré d'aiguilles et de pommes de pin et, dans sa partie inférieure, une branche d'érable; l'ensemble est peint en brun, vert et bleu. Pour marquer le 250e anniversaire de Montréal, la Montreal Exposition Co. expose ce drapeau patriote du 15 au 23 septembre 1892. Il est précisé dans le catalogue d'exposition que le drapeau avait été fabriqué pour l'Assemblée de Ste-Scholastique où furent entérinées les 92 résolutions et qu'il fut des batailles de St-Eustache et de Saint-Benoit(8). Le Patriote Damien Masson, premier propriétaire, le lègue à sa nièce Mlle Filiatrault qui le lègue, à son tour, à son gendre Charles Forté de Montréal qui le cède à F.-X. Craig au début de 1892. Finalement le 1er juillet 1892, Joseph Leroux en devient propriétaire: au drapeau est alors joint trois certificats assermentés qui en confirment l'authenticité et la provenance. Il devient par la suite propriété de l'Ordre indépendant des forestiers de Toronto par l'entremise, selon J.-Z. Léon Patenaude(9), du Dr Maillet président de l'Ordre et époux de Eugénie Boutet, grand-mère de Joseph Leroux. Il revient au Québec en 1908 grâce à Victor Morin, alors un des vice-présidents de l'Ordre, qui avertit le Conseil de musée du Château de Ramezay de la possibilité de rapatrier le drapeau. Le 14 janvier 1908, le conseil demande "que le Président de cette société soit autorisé à faire auprès de l'Ordre indépendant des forestiers les démarches nécessaires pour les prier de vouloir faire don au musée historique du Château de Ramezay du drapeau des patriotes dans la bataille de St-Eustache".

Peint à la main par un certain Girouard de Saint-Benoît, il est l'oeuvre de la mère du Patriote Damien Masson. Mme Reeves-Morache affirme que "[c]e drapeau fut dessiné et tissé par les dames Masson et Dumouchel pour les combattants de Saint-Eustache au mois de décembre 1837(10)". Selon Leroux, le drapeau a été fait au début de l'automne 1837. Il affirme que "[v]ers le commencement du mois d'octobre 1837, Papineau vint en procession de St-Benoît à Ste-Scholastique, le drapeau en tête de la procession(11)". Selon le Journal d'Amédée Papineau, le fils, du 29 septembre au 9 octobre 1837, Papineau est dans sa seigneurie de la Petite-Nation et ce n'est que le 23 octobre qu'il participe à une assemblée d'envergure à Saint-Charles(12). La procession de St-Benoît à Ste-Scholastique a eu lieu le 1er juin 1837. Le drapeau date donc possiblement du printemps 1837.

-------------------------1. Des versions ont paru dans l'Héraldique au Canada, mars 1994, p. 30-41; juin 1994, p. 22-33; septembre 1994, p. 25-32; décembre 1994, p. 25-33; mars 1995, p. 25-33; juin 1995, p. 27-33, et dans l'Action nationale, vol. LXXXVI, no 3, mars 1996, p. 123-134; no 4, avril 1996, p. 83-94; no 6, juin 1996, p. 91-102; no 9, novembre 1996, p. 97-107; no 10, décembre 1996, p. 99-111.

2. Amédée Papineau, Journal d'un Fils de la liberté réfugié aux États-Unis par suite de l'Insurrection Canadienne, en 1837, volume I, Montréal, Réédition-Québec, 1972, p. 18-19.

3. Lettre de Colborne à Gosford du 6 octobre 1837. Citée par Gérard Filteau, Histoire des Patriotes, tome II, Montréal, éd. de l'Action canadienne-française, 1939, p. 160.

4. Jacques Lacoursière et Hélène-Andrée Bizier, Nos racines: l'histoire vivante des Québécois, no 65, Saint-Laurent, T. L. M. Inc, 1979, p. 1297.

5. Raoul Roy, Pour un drapeau indépendantiste, Montréal, les Éditions du Franc-Canada, 1965, p. 15.

6. Jacques Archambault et Eugénie Lévesque, Le Drapeau québécois, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1974, p. 16. Si les petits trous peuvent être attribués à l'impact de balles, le souffle d'un boulet de canon n'aurait pas permis de faire le grand trou à droite de la bande inférieure du drapeau à moins qu'il n'ait été maintenu par deux personnes. Aucune expertise en vue d'en savoir plus n'a été faite lors de la restauration du drapeau (Mme Ela Keyserlingk, restauratrice à l'Institut canadien de la conservation).

7. Certains voient dans les lettres J et B une possible référence franc-maçonnique et dans le C une allusion à la société secrète des Frères Chasseurs qui prit une part active à la rébellion de 1838 ("L'énigme d'une bannière", le Devoir, 16 avril, 1988, p. 5).

8. "Exhibition of Portraits and other Historical Relics in commemorationof the 250th Anniversary of the foundation of the City of Montreal", The Canadian Antiquarian and Numismatic, vol. II, no 4, second series, nov. 1892, p. 211-215.

9. "Louis-Joseph Papineau était-il franc-maçon?", le Devoir, 23 juin 1988, p. 11.

10. "Deux visages de la canadienne d'autrefois" , Québec-Histoire, 1971, vol. 1, nos 3-4, p. 92.

11. Joseph Leroux, Le Médailler du Canada, 2e édition, Montréal, 1892, p. 86d-86f.

12. Amédée Papineau, op. cit., p. 49-55.
 


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 Bob  (3 janvier 2016)
Article important qui clarifie une vieille question.

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