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Les Patriotes de 1837@1838 - La pensée de Louis-Joseph Papineau et les Rébellions de 1837-1838
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La pensée de Louis-Joseph Papineau et les Rébellions de 1837-1838
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




(tiré de G. Vincenthier, Une idéologie québécoise, Cahiers du Québec/Hurtubise HMH, 1979)

(...) C'est au parlement et grâce aux députés que naîtra la pensée québécoise. Ce n'est pas surprenant puisque c'est là et chez eux que sont perçus avec le plus d'acuité les problèmes et les dangers sociaux et politiques de l'époque. Menacés de disparaître, comme nation et comme peuple, les Canadiens français voudront défendre puis justifier leur existence.

L'Angleterre libérée de ses guerres en Europe peut maintenant s'occuper de l'Amérique. Ayant la force et le temps de s'occuper des colonies du nord, elle craindra beaucoup les incartades de l'enfant révolté. Les Canadiens français perdent ainsi leur meilleure assurance de survie et sentent le danger de très près. Ceux qui craignent le plus sont ceux qui ont le plus à perdre: cette nouvelle élite créée par les professions libérales, certains nobliaux non assimilés et quelques marchands dont le pécule dépend de l'existence d'un peuple distinct. Le prestige, la vie politique, le revenu de cette nouvelle élite étant nés de son appartenance à un groupe ethnique donné, si ce groupe disparaît, l'élite le suivra de près dans la mort. Sentant la menace, cette élite libérale se défendra, prétextant défendre le peuple. Cette défense est la première "pensée" cohérente exprimée au Québec par des autochtones.

Les principaux thèmes de cette pensée sont tous politiques bien sûr. L'auteur qui les exprime le mieux dans toute leur ambiguïté est Louis-Joseph Papineau. Ce représentant typique de la nouvelle élite définit la société dont il fait partie, trouve une solution à son malaise et s'efforce de guérir le tout. Cette société qu'il veut transformer, il la voit constituée d'une "population agricole sans éducation" depuis longtemps, depuis toujours ballottée au gré d'intérêts qui lui sont étrangers. Il y a chez Papineau une lutte évidente contre toutes les formes existantes de colonialisme. D'abord contre les Français "ces Européens qui voulaient gouverner des Américains, et suivant cet axiome qu'une nation ne peut en conduire une autre"3. Puis, et la lutte devient plus concrète, il s'emporte contre l'Angleterre qui, mère de la démocratie, permet à ses fonctionnaires "d'ôter à la législature le pouvoir de décider sur ce qui lui convient"4 et qui laisse "Les intrigues des marchands étrangers"5 régir la vie sociale et économique. Enfin Papineau s'insurge contre la tutelle indue d'un clergé qui ne cherche pas à protéger les intérêts du peuple mais plutôt à conserver les siens en "s'attachant à la cause du gouvernement et en négligeant celle du peuple"6. Toutes ces accusations comme toutes les réformes qu'il réclame ont, clame-t-il, l'appui du peuple tout entier. Les événements ultérieurs corroborent cette affirmation. Ce qui est exigé par les patriotes et leur chef ce n'est rien d'autre que le droit de vivre pour "une population qui avait des lois, une religion, une langue, des moeurs et des institutions qui devaient lui être conservées"7. Papineau et tous les siens étaient convaincus qu'eux-mêmes et qu'eux seuls pouvaient défendre le droit du peuple à sa survie dans l'originalité. Dans la lutte que cette élite entreprend contre tout ce qui lui semble être dangereux pour la survie "nationale" se formera tout un courant de pensée d'où "peu à peu se dégage, à travers les critiques contre le clergé et l'aristocratie, la conception d'un état libéral et d'une société laïque"8. On ne peut s'empêcher d'observer cependant que cet état allait servir beaucoup plus les intérêts des nouvelles classes dirigeantes que ceux du peuple au nom de qui se fit tout le mouvement.

Le mouvement d'idée qui voulait faire reconnaître le droit à l'individualité nationale n'a pas été qu'une joute littéraire ou oratoire. La relation entre l'idée prêchée et l'action s'établit très tôt. Comme l'opposition était très forte, aux luttes anticoloniales et autonomistes vint se joindre un nouvel élément: l'appel à la violence. Il est important de remarquer que la violence des années 1830 n'est en rien entachée de racisme. Loin de là! l'appel à la collaboration des "opprimés" anglo-saxons est un sous-thème des plus intéressants:

Vieux enfants de la Normandie,

Et vous, jeunes fils d'ALBION,

Réunissez votre énergie,

Et formez une nation:

Un jour notre mère commune

S'applaudira de nos progrès.

Et guide au char de la fortune,

Sera le garant du succès.9

D'ailleurs l'idée de violence elle-même arrivera toujours en dernier recours. On ne veut utiliser la force que là où l'individu ne sera pas respecté, que là où la liberté - la force motrice par excellence dans le mouvement libéral - sera brimée. Ce qui est souhaité avant tout, c'est la paix. Toujours l'on espère que la raison fera comprendre au Pays et aux intérêts des oppresseurs que la raison du plus fort n'est pas la meilleure et que la tranquillité rime avec liberté. Si la volonté de paix est grande, la détermination à la liberté, même acquise au prix de la force, l'est davantage. Et c'est F.-R. Angers encore une fois qui exprime le mieux dans ses vers simples et bien sonnés la double détermination de la pensée canadienne-française à la veille des troubles de 1837:

Nous trancherons là le noeud gordien;

Car pour entrer dans la terre promise,

Quand la raison, frères, ne peut plus rien,

Le glaive est juste et la hache est permise.

Rapprochons-nous, puis espérons...

Puis, si leur crime se consomme,

Frères, alors nous marcherons,

Nous marcherons comme un seul homme,

Comme un seul homme. 10

Amants de la liberté, unissons-nous: voilà l'état d'esprit qui préside à la veille des aventures sur le Richelieu. Le poème d'où sont tirés ces quelques vers s'intitule Réconciliation. C'est là tout un programme, une théorie des plus intéressantes et des plus symptomatiques.

Les circonstances, l'histoire et les hommes voulurent que la violence devînt nécessaire et qu'elle s'incarnât dans un mouvement insurrectionnel. Ce qui allait illustrer que la pensée pouvait devenir action. Cette liberté, vécue mieux que chantée, Chevalier de Lorimier, chef patriote fait prisonnier puis envoyé à l'échafaud le 15 février 1839, en a laissé le témoignage. Moins nous intéressent ici les événements pathétiques de sa vie que les idées et l'idéal qui l'ont guidé. Une lettre écrite de la prison de Montréal, la veille de son exécution, nous montre un héros décidé à justifier les actions de sa vie et à donner un sens à sa mort:

Je meurs sans remords, je ne désirais que le bien de mon pays dans l'insurrection et l'indépendance, mes vues et mes actions étaient sincères et n'ont été entachées d'aucun des crimes qui déshonorent l'humanité, et qui ne sont que trop communs dans l'effervescence des passions déchaînées.11

Cet homme comme beaucoup d'autres de son temps s'est tout entier voué à l'idée de liberté et d'indépendance. Ces idées ne triomphèrent point et l'échec des troubles de 1837 allait marquer l'individu québécois et sa pensée d'une crainte de l'idée incarnée dans l'action. Et cette crainte, on n'est pas bien sûr qu'elle soit effacée. "Le crime de votre père est dans l'irréussite" 12, écrit encore de Lorimier à ses jeunes fils. Le crime des pères est retombé sur la tête de leurs descendants. Ce pourquoi des hommes sont morts, d'autres exilés, sera qualifié d'une "erreur de nos frères" par F.-X. Garneau, qui n'est pas encore l'historien national lorsqu'il écrit le 8 février 1838 ces vers, dans un poème de bienvenue à Lord Durham:

Notre langue, nos lois, pour nous c'est l'Angleterre;

Nous perdons langue et lois en perdant cette mère. 13

Tout un courant d'idées qui s'était incarné dans l'action était ainsi renié; un geste que l'on avait voulu glorieux s'éteignait dans la honte, le mépris et l'oubli. Des héros devenaient presque des brigands... ou des inconscients et des étourdis qui signeront le manifeste des "Fils de la liberté" sans y rien comprendre. C'est du moins ce que voudra faire croire, trente ans plus tard, Georges Boucher de Boucherville, dans son roman "Une de perdue, deux de retrouvées".

___________________

1 Fernand Ouellet, Papineau, Cahiers de l'Institut d'histoire, p. 55.

2. Ibid., p. 55.

3. Fernand Ouellet, op. cit., p. 56.

4. Ibid., p. 57.

5. Ibid., p. 57.

6. Ibid., p. 55.

7. Ibid., p. 55.

8. Fernand Ouellet, Nationalisme canadien-français et laïcisme au XlXeme siècle, p. 54.

9. François-Réal Angers, L'Avenir dans Le Répertoire national, Montréal, Valois, 1, p. 6.

10. F.-R. Angers, Réconciliation, op. cit., 11, p. 6.

11. Chevalier de Lorimier, lettre reproduite dans Liberté, 7. no 1-2, janvier-avril 1965, p. 76.

12 Ibid., p. 77.

13 F.-X. Garneau, A Lord Durham, Le Canadien , 8 juin 1838. ...

 


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