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Les Patriotes de 1837@1838 - Les rébellions, la situation générale
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Les rébellions, la situation générale
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




L'attitude intransigeante et autoritaire affichée par les Britanniques semble indiquer qu'ils cherchent à précipiter les événements en placant les Patriotes devant un choix déchirant; se révolter ou se soumettre. Pour certains comme Wolfred Nelson, Charles-Ovide Perrault ou Édouard Rodier, le recours aux armes constitue la seule solution pour freiner la détérioration du climat social, économique et politique. Pour les modérés comme Papineau, Louis-Hyppolite La Fontaine ou George-Étienne Cartier, l'insurrection n'est pas souhaitable non plus que la soumission. Nageant entre deux eaux, ils élaborent une stratégie mitoyenne qui privilégie l'organisation de vastes assemblées populaires dans toutes les paroisses devant éventuellement conduire à la formation d'une assemblée constituante. Une fois formée, cette Constituante adopterait toutes les résolutions qui garantiraient les pleins pouvoirs à la majorité canadienne-francaise.

Ces assemblées populaires sont un succès retentissant. Tout le long du fleuve, de Montréal à Kamouraska, les discours des Patriotes attireront des milliers de personnes pendant tout l'été 1837. Mais bientôt, la population, gonflée à bloc par les discours dénoncant l'injustice de la constitution britannique, l'hostilité des marchands anglais et l'intransigeance de Londres attend davantage de ses chefs qu'un appel au boycottage des produits anglais. Au fil des assemblées, les idées plus radicales, celles qui parlent d'insurrection et de révolution sociale, soulèvent de plus en plus les foules.

Afin d'éviter que la situation ne dégénère, le gouverneur Gosford et le clergé décident, au mois de juin, d'intervenir. Le premier lance une proclamation qui interdit les assemblées et qui menace de représailles légales quiconque y participerait. De facon générale, la proclamation est ignorée et pour ne pas avoir à appliquer les sanctions, plusieurs juges de paix et capitaines de milice démissionnent. Le clergé, quant à lui, lance, par la bouche de l'évêque de Montréal Monseigneur Lartigue, un appel au calme en rappelant qu'il n'est jamais permis de se révolter contre l'autorité légitime. Cette dernière intervention élargit davantage le gouffre qui sépare les Patriotes et l'Église catholique. À la fin de l'été, la tension monte encore d'un cran lorsque suite à une session extraordinaire du Parlement, les députés rejettent les dernières offres de conciliation du gouvernement et quittent leur siège. L'agitation atteint un point culminant le 24 octobre lors de l'Assemblée des Six-Comtés tenue devant 5000 personnes à Saint-Charles, le long du Richelieu. Une foule chauffée à blanc vote alors une série de résolutions s'apparentant étrangement au préambule de la Déclaration d'indépendance des États-Unis qui reconnaît à tout peuple le droit de changer ses institutions politiques et de modifier la forme de son gouvernement.

À partir de ce moment, les événements se précipitent. Rendue craintive par l'agitation populaire et décidée à protéger ses intérêts, la population britannique s'organise et s'arme contre un éventuel soulèvement. Le 6 novembre 1837, des membres d'une organisation britannique, le Doric Club, attaquent et tabassent des Patriotes faisant partie de l'Association des Fils de la Liberté. Le gouverneur, voulant prévenir d'autres troubles, intervient en proclamant la loi martiale et en demandant du renfort. Le 16 novembre, des mandats d'arrêts sont émis contre les principaux chefs patriotes. Alors que certains sont emprisonnés, d'autres, dont Papineau, parviennent à s'enfuir. Le même jour, un détachement armé britannique, en patrouille à Longueuil, tombe dans une embuscade patriote: c'est le point de départ des rébellions.

La poursuite britannique se tourne d'abord vers la vallée du Richelieu; placés sous le commandement du général John Colborne, deux détachements montréalais, formés de soldats réguliers et de volontaires civils, se dirigent l'un vers Chambly et l'autre vers Sorel. Ils doivent, ultimement, faire une jonction à Saint-Charles qui avait été le site de l'Assemblée des Six-Comtés, le plus important des rassemblements populaires. Ils ont pour mission d'éteindre les foyers d'insurrections tout le long de la rivière. Au-delà des escarmouches et des accrochages qui ont lieu le long des routes et autour des villages, des combats plus importants se déroulent. Le premier affrontement sérieux se déroule à Saint-Denis, à quelques kilomètres au nord de Saint-Charles, l'objectif des troupes britanniques. Le colonel Charles Gore, à la tête de 500 hommes bien équipés, s'y présente le matin du 23 novembre avec la ferme intention de ne faire qu'une bouchée des rebelles et de capturer les chefs patriotes, particulièrement Papineau qui y a passé la nuit. Les insurgés ne l'entendent pas ainsi; dirigés par le docteur Wolfred Nelson, ils se barricadent à l'intérieur de quelques maisons situées le long du chemin. Ayant à affronter le feu des canons et ne disposant que de 119 fusils dont 57 seulement pouvaient servir tant bien que mal , les Patriotes tiennent les Britanniques en respect pendant près de deux heures. Vers midi, ils recoivent l'appui d'une centaine de personnes qui, au péril de leur vie, sont parvenues à traverser le Richelieu. Complètement débordé et certainement gêné par le sol à demi gelé, Gore préfère faire sonner la retraite vers Saint-Ours qu'il parvient à rejoindre, quelques heures plus tard, 116 hommes en moins (une trentaine ont été tués, une soixantaine blessés et les autres faits prisonniers). Chez les Patriotes, qui ont à déplorer 14 pertes de vie, l'atmosphère est certainement joyeuse. Toutefois, Nelson ramène tout le monde à la réalité en affirmant que ...nos têtes sont maintenant en jeu. Il n'y a plus moyen de reculer, il faut que nous tenions bon et que nous acceptions, comme des hommes, les conséquences de nos actions.

La victoire de Saint-Denis produit son effet et inquiète les autorités britanniques. Lorsqu'il apprend la nouvelle, le général Colborne dépêche deux messagers pour avertir le colonel Wetherall, qui faisait route de Chambly vers Saint-Charles à la tête de 300 soldats, de renoncer à ses projets d'attaque. Comme les deux messagers sont capturés par les Patriotes, Wetherall ne recevra jamais la consigne de Colborne et se lance à l'assaut de Saint-Charles le matin du 25 novembre. Cette fois, l'engagement ne tourne pas à la faveur des Patriotes; le village est investi et en partie brulé par les troupes gouvernementales. Quelques jours plus tard, le 3 décembre, le colonel Gore, acceptant mal sa défaite, revient à Saint-Denis cette fois à la tête de 1100 hommes. Comme les principaux chefs patriotes ont choisi de fuir, le village constitue alors une proie facile. Au début décembre, la vallée du Richelieu se retrouve donc sous contrôle anglais. Après avoir écrasé un autre soulèvement à Moore's Corner, près de la frontière du Vermont, il ne reste plus au gouvernement qu'à calmer l'agitation populaire dans la région du lac des Deux-Montagnes. Prenant lui-même la direction des opérations, le général Colborne se dirige avec quelques 2000 soldats vers Saint-Eustache qu'il attaque le 14 décembre. Barricadés dans l'église, le couvent et le presbytère, les Patriotes offrent une résistance héroïque mais sans espoir. À la fin de l'après-midi, les rebelles sont dispersés et le village est la proie des flammes. La paroisse de Saint-Benoit qui, pourtant, n'offre aucune résistance, subit le même sort le lendemain.

La ferveur patriotique ne s'éteint pas pour autant. D'autres soulèvements ont lieu à la fin de 1838. À partir des États-Unis où ils s'étaient réfugiés, des Patriotes rédigent une Déclaration d'indépendance, proclament la République du Bas-Canada et tentent à nouveau de soulever les populations du sud de Montréal au mois de novembre. Malgré un manque flagrant d'hommes et d'armes, les Patriotes attaquent les troupes anglaises stationnées à Lacolle et Odelltown, près de la frontière américaine. C'est à nouveau l'échec. Curieusement, l'Histoire a moins retenu ces événements qui, pourtant, donnent lieu à une répression encore plus brutale que l'année précédente. Des villages sont à nouveau saccagés. Des quelques 1000 personnes arrêtées, 99 sont condamnées à mort. De ce nombre, 58 sont exilées en Australie (56 reviendront en 1845) en 1839 et 12 seront finalement conduites à la potence. Suite à ces événements, le gouvernement impose la loi martiale et annonce la suppression de l'Assemblée législative privant ainsi la population de son seul lien avec l'État.

Cette agitation des colonies britanniques d'Amérique du Nord (le Haut-Canada connaît lui aussi deux années de soulèvements) s'inscrit parfaitement dans toute la mouvance révolutionnaire qui fait rage en Europe et en Amérique du Sud durant la trentaine d'année qui suit la Révolution francaise. En effet, la recherche d'institutions représentatives et le désir d'autodétermination prônés par les Patriotes sont des idées tout-à-fait semblables à celles mises de l'avant un peu partout en Occident durant la première moitié du XIXe siècle. Toutefois, peu importe la justesse des revendications de la colonie ou le fait qu'elle s'inscrivent dans un courant mondial, l'Angleterre entend, une fois pour toutes, prendre les moyens pour mettre un terme à toute cette agitation, elle qui ne veut pas perdre le contrôle de ce qui lui reste de l'Amérique du Nord.

 


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