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Les Patriotes de 1837@1838 - Le virage souverainiste de la Journée nationale des patriotes
 DEBAT 
     
Le virage souverainiste de la Journée nationale des patriotes
Article diffusé depuis le 23 mai 2011
 




Proclamée en novembre 2002 et célébrée depuis neuf ans, la Journée nationale des patriotes est un des derniers legs du gouvernement péquiste de Bernard Landry, « pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa liberté politique et pour l’obtention d’un système de gouvernement démocratique... »

Cette proclamation réglait d’abord un dilemme : le Victoria Day n’avait jamais été populaire au Québec. Quant à la fête de Dollard, elle n’était qu’une tradition popularisée par l’historien Lionel Groulx à compter des années 1920 en vue de commémorer le martyre du Long-Sault mais sans jamais être officiellement reconnue. Cette journée des patriotes est cependant dès le départ tout autant marquée du sceau de l’ambigüité puisqu’elle fut immédiatement récupérée par des personnes et des organismes clairement associés à la cause souverainiste. Ouvertes et consensuelles vue de l’extérieur, les activités en marge de cette journée se sont donc vite avérées, vue de l’intérieur, autant d’occasions d’entretenir la flamme souverainiste à l’aune de l’héritage historique des patriotes.

Les célébrations de la 9e édition de la Journée nationale des patriotes pourraient bien représenter la fin de cette ambigüité tant il est évident cette année, à Montréal du moins, que le message souverainiste s’est retrouvé au cœur des commémorations, autant au plan du discours véhiculé que dans la mise en marché des activités tenues : « 250 ans de résistance », « Cap sur l’indépendance », « J’aurais voté OUI mais j’étais trop petit », etc. Derrière ce choix on retrouve deux phénomènes. Le premier est le refus tenace du gouvernement Charest (élu en avril 2003, un mois à peine avant la première journée nationale des patriotes) de soutenir et de financer cette fête annuelle autrement que par un simple communiqué émis dans les journaux. De guerre lasse, les organisateurs auront fait le choix d’assumer pleinement leur couleur politique, désespérant que l’État donne un jour à cette fête son caractère civique et apolitique, en se dotant par exemple d’une véritable politique de commémoration. Le second phénomène est la critique de plus en plus ouverte adressée aux partis souverainistes par leurs propres militants pour ne pas suffisamment faire la promotion de leur option, justement ceux et celles-là même qui organisent bon an mal an des activités lors de cette journée des patriotes. Ils auront donc progressivement vu là l’occasion de mieux faire entendre une voix clairement souverainiste, sans plus s’embarrasser d’une ligne de parti ou des contingences de l’électoralisme.

Ce virage souverainiste respecte-t-il pour autant l’héritage politique du mouvement patriote de Louis-Joseph Papineau ? Les chefs patriotes étaient en fait surtout influencés par les idées des philosophes des Lumières et celles de la Révolution américaine. Pour eux c’est le devoir du gouvernement de garantir la liberté, la justice et le respect de la culture de la majorité en appliquant le principe électif jusqu’aux plus hautes sphères de l’État, conformément aux 92 Résolutions (1834). Or l’application intégrale du principe électif aurait de facto fait du Bas-Canada un État indépendant de la Grande-Bretagne. Qui plus est, durant la rébellion de 1838, il est devenu clair que les patriotes prônent purement et simplement l’indépendance : le 28 février 1838, Robert Nelson proclame même la République du Bas-Canada, assortie de plusieurs réformes audacieuses pour l’époque. En fait, il serait difficile de trouver dans toute l’histoire du Québec des événements davantage susceptibles de préfigurer le mouvement souverainiste actuel et sans doute M. Bernard Landry le savait pertinemment en décidant de consacrer aux patriotes le lundi précédant le 25 mai de chaque année.

Ce visage souverainiste clairement affiché risque fort de désormais coller aux commémorations de la Journée nationale des patriotes, qu’on n’aura en outre plus aucun mal à distinguer de la Fête nationale du 24 juin, devenue purement apolitique et festive. À l’avenir, la fortune de la journée des patriotes devrait donc plus étroitement dépendre de celle du mouvement souverainiste québécois, avec ses hauts et ses bas. Reste à souhaiter qu’on ne perdra pas pour autant de vue qu’il s’agit d’abord de commémorer la lutte historique pour nos droits démocratiques, dont le mouvement souverainiste est bien l’un des héritiers mais certainement pas le seul.
 

Gilles Laporte

 


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