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Les Patriotes de 1837@1838 - Les Patriotes et les femmes
 ANALYSE 
Les Patriotes et les femmes

                Article diffusé depuis le 29 juin 2010

 



Lorsqu’on parcourt les livres qui abordent le sujet des patriotes, il apparaît qu’il y est peu de place consacrée à l'action des femmes. On peut de ce fait concevoir qu’elles n’ont peut-être pas eu à s’impliquer avec conviction dans la cause patriote ou que ces derniers laissaient peu de place aux femmes. Cela dit, ce travail tentera de déterminer quelle place les femmes ont tenue au sein du mouvement patriote et quelle a été la mentalité de ces derniers à l’égard de leurs consœurs.

D’entrée de jeu,  il semble que les Patriotes canadiens-français entretenaient à l’égard de leurs femmes des pensées plutôt chauvines lorsqu’il s’agissait de leur implication dans la sphère publique.  C’est du moins ce que défend l’historien Allan Green qui va jusqu’à parler de la république des hommes. De plus, il semble que selon la logique dominante du XIXe siècle, les femmes devaient être exclues de la politique. À ce propos, les nombreuses injures dont a fait l’objet la jeune reine victoria peuvent peut-être témoigner de la mentalité des Patriotes envers les femmes publiques. D’ailleurs, après le couronnement de la jeune reine, il fut intéressant de constater que les attaques dirigées contre la nouvelle reine comportaient des références à son sexe. D’autre part, le Vindicator, un journal prônant la souveraineté populaire, introduisit tôt la notion d’opposition entre le peuple et les femmes dans une chronique qui décrivait un incident à propos d'une célébration sabotée en l’honneur de la reine Victoria. Toutefois, cela ne crée pas de situation exceptionnelle quand on pense que les journaux patriotes, autant modérés que radicaux, ont toujours limité l’importance du rôle des femmes.

On serait donc en face d'une attitude plutôt défavorable de la société canadienne-française envers les femmes, mais qu’en est-il de la place que doit occuper la femme aux yeux des Patriotes? Tout d’abord, il faut considérer que les Patriotes, imprégnés du discours républicain de l’époque, entretiennent l’idée que la femme qui participe à la sphère publique nie son rôle domestique. D’ailleurs, à l’instar des autres penseurs républicains des Temps modernes, il apparaît que les patriotes canadiens associent leur vision du rôle de la femme à travers trois principes : l’intérêt public, la pudeur et la modestie des femmes; et le retrait des femmes de l’arène politique. Cela dit, cette vision de la femme se lie tout à fait à celle qui est préconisée chez les révolutionnaires de la fin du 18e et des débuts du 19e siècle. Ces penseurs, dont Rousseau, avaient une forte propension à exclure la femme de la sphère publique renvoyant cette dernière à la vie domestique. Les femmes, sans être pour autant considérées comme des êtres inférieurs, étaient associées à la procréation, aux soins des enfants et à la vie de famille. La vie publique, quant à elle, était réservée aux hommes car les responsabilités citoyennes incombaient à ceux qui étaient aptes à défendre la patrie sur un champ de bataille. Les acteurs de la communauté bas-canadienne semblent donc partager les mêmes vues que leurs contemporains révolutionnaires. Pour eux, une femme s’éloignant du foyer négligeait de soutenir son époux ainsi que d’élever ses fils de façon à ce qu’ils forment de futurs bons citoyens. Louis-Joseph Papineau démontrera bien ces vues lorsqu’il étalera ses états d’âme à propos de l’indépendance de sa femme. D’ailleurs, il indiquera sans réserve que les affaires publiques ne concernent que les hommes. Une autre action qui traduit bien l’esprit des députés bas canadiens à l’égard de la participation des femmes à la sphère politique est l’événement de 1834 où les membres de l’assemblée tentent de retirer le droit de vote aux femmes en considérant qu’il est anormal pour ces dernières d’exercer ce droit. Considérant ces faits, on s’aperçoit que l’orientation et les positions philosophiques du mouvement patriote en font un mouvement essentiellement masculin. D’ailleurs, ce sont bien l’honneur et les vertus masculines qui sont mis de l’avant dans les assemblées. Par conséquent, n’étant pas sollicitées à prendre une place active au sein de la politique, il apparaît que les femmes n’ont pas semblé s’enthousiasmer pour la cause patriote. Il apparaît aussi qu’aucune femme patriote ne s’est démarquée au niveau du combat ou de l’agitation politique. Par ailleurs, les sources de documentation portant sur les rébellions de 1837-38 nous présentent plutôt quelques agitatrices qui s’opposaient à la révolte des patriotes. De ces agitatrices, on pourra penser à Hortense Globensky de Saint-Eustache qui s’engagea directement dans le combat contre les patriotes. Une autre dissidente qui semble avoir créé de la tension chez les patriotes est Rosalie Cherrier de Saint-Denis. En effet, cette femme aurait été une cible de choix pour les hommes sexistes du village. D’ailleurs, cette dernière avait plusieurs atouts pour agacer les patriotes. D’une part, elle avait quitté son mari pour se lier à d’autres hommes, rejetant ainsi les liens avec sa famille aux allégeances patriotes. D’autre part, elle tint tête aux patriotes en arrachant des pancartes à l’assemblée et en affichant ses convictions sur les problèmes de l’heure. Elle fut persécutée et elle ira même jusqu’à tirer sur les manifestants. Finalement, les patriotes l’arrêteront.

Même si les femmes ont semblé généralement détachées des convictions politiques de leur mari, il ne faut pas pour autant considérer qu’elles étaient absentes ou indifférentes à la cause des patriotes. D’ailleurs, à ce propos, Morache avance que même si leurs actions ont semblé sans éclat, plusieurs femmes patriotes ont posé des gestes significatifs pour servir la cause patriote. Néanmoins, c’est à la périphérie de l’action que se situent les femmes actives à l’époque des patriotes. D’ailleurs, ces dernières assistaient en grand nombre aux assemblées populaires de protestations en 1837. De plus, on peut aussi se référer à l’association des dames patriotiques du comité des Deux-Montagnes où elles déployaient de l’énergie à la réussite de la cause patriotique. Toutefois, mis à part quelques exceptions, c’est dans le rôle de supporter que la plupart des femmes participent à la rébellion. Cela dit, c’est bien dans ce monde politique destiné aux hommes qu’il y eut une crise menant aux armes. De ce fait, il était logique que les moyens utilisés par les femmes pour mener la lutte soient différents. Mais ces femmes patriotes ont dû faire des sacrifices et s’impliquer forcément, car, même si la crise concernait la sphère publique, elle se répercutait aussi dans la sphère privée, cette crise n’a donc pas épargné les femmes.

Aussi, avec l’agitation qui régnait au Bas-Canada, à cette époque, il y eut aussi des contre-courants et des opportunités d’introduire un statut plus important pour la femme à travers le discours républicain des patriotes, mais ceux-ci, surtout les radicaux, n’ont pas démontré un intérêt particulier envers le statut de la femme. D’ailleurs, on peut penser aux articles de La Minerve, tribune à caractère nationaliste et républicain où Adéalïde (pseudonyme d’une auteure) veut s’appuyer sur le nationalisme des patriotes pour faire reconnaître l’égalité des sexes dans la sphère privée. Cette dernière ne remet pas en question le rôle domestique de la femme; elle introduit la notion d’égalité des sexes dans la sphère conjugale en invoquant les avantages de l’harmonie et de la collaboration mutuelle entre hommes et femmes. Elle est aussi inquiète des principes de la tradition anglaise touchant la communauté de biens à l’intérieur de la vie familiale un thème qu’elle aborde dans ses lettres ouvertes. Malgré tout, les affirmations d’Adélaïde ne trouvent pas d’échos chez les patriotes et les radicaux apparaissent indifférents aux visions de l’égalité des sexes qu’entretenues par Adélaïde. De plus, pour les patriotes, en ce qui concerne le régime de communauté de biens, ils vont avancer qu’il revient à l’homme d’administrer, comme il l’entend, son bien. Cette situation démontre que les radicaux n’ont pas d’intérêt pour les revendications d’ordre féminin. Néanmoins, il y eut des moments où les patriotes ont jugé bon de revoir leurs positions face au rôle de la femme. Pensons à la rébellion de 1837 où il devient important que les patriotes rallient les femmes à leur cause. Lors de la crise, les patriotes demandent une participation active des femmes en boycottant les importations britanniques. On souhaite ainsi que les femmes s’impliquent dans un rôle de productrice domestique afin de soutenir la cause politique. De plus, en 1837, toujours sous un angle anonyme stéréotypé, la presse radicale commence à traiter des femmes - un changement certain - car elles étaient auparavant complètement ignorées de cette tribune. Pensons au drapeau canadien, confectionné par les dames Masson et Dumouchel. Il y eut aussi madame LaFontaine qui fut l'une des premières à porter les étoffes canadiennes-françaises afin de montrer l’exemple qu’il faut produire et consommer localement sans avoir recours aux produits britanniques. D’autres femmes ont participé à l’armement en faisant fondre des balles de fusil et en fabricant des cartouches de poudre.

Finalement, on peut constater que pour les patriotes les femmes avaient un rôle non négligeable mais elles ne devaient pas prendre une place active sur la scène politique. Demeure, même si la pensée des patriotes à l’égard de la femme évolue pendant la crise, on remarque que l’univers social continue de revêtir un caractère essentiellement masculin, même si plusieurs femmes se sont bien impliquées dans la cause patriote et ont pu subir les effets de la répression dans toute sa rigueur.

Patrice Belley

BIBLIOGRAPHIE

DUMONT, Micheline et al., Histoire des femmes au Québec : depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour, 1992, 618p.

GREER, Allan, Habitants et Patriotes, Québec, Boréal, 1997, 370p.

GREER, Allan. (Page consultée le 17 février 2010). La république des hommes : Les Patriotes face aux femmes, Revue d’histoire de l’Amérique française, vol.44, n°4, 1991, p.507-528, [En ligne]. Adresse URL : http://id.erudit.org/iderudit/304922ar 

REEVES-MORACHE, Marcelle. (Page consultée le 17 février 2010). La canadienne pendant les troubles de 1837-1838, Revue d’histoire de l’Amérique française, vol.5, n°1, 1951, p.99-117, [En ligne]. Adresse URL : http://id.erudit.org/iderudit/80168ar 

 


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