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Les Patriotes de 1837@1838 - «Saint-Denis» (1887), poème de Louis Fréchette
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«Saint-Denis» (1887), poème de Louis Fréchette
Article diffusé depuis le 28 juin 2010
 




Un jour, après avoir longtemps courbé le front,
Le peuple se leva pour venger son affront.

Comment, dans ce conflit de forces inégales,
Armés de vieux mousquets chargés avec des balles
Qu’ils fondaient de leurs mains sous le feu des Anglais,
On les vit tout un jour riposter aux boulets,
Et puis, finalement, remporter la victoire…
On croit rêver devant cette page d’histoire.

Un de mes vieux amis me l’a conté cent fois.

Et, quand il relatait ces choses, sa voix
Tremblait toujours un peu, car c’était de son père
Un des seuls et derniers survivants de l’affaire
Qu’il tenait les détails du drame ensanglanté,
Où son grand-père était mort pour la liberté.

Ils n’étaient pas en tout quatre cents. Dès la veille,
Ils s’étaient confessés; et l’esprit s’émerveille
À songer que ces gens, sans chefs, mal équipés,
Fiers revendicateurs de leurs droits usurpés,
Dans leur révolte sainte et leur courage austère,
Osaient braver ainsi la puissante Angleterre.

Mais la force et l’audace au nombre suppléant,
La lutte fut épique et le combat géant.
Aux éclats du canon, sous les balles sifflantes,
Sous le toit effondré des masures croulantes,
Dans les folles clameurs et les trombes de fer,
Le village assiégé grondait comme un enfer.
Par moments, on pouvait, à travers la fumée,
Voir tout un régiment, et presque un corps d’armée,
Dans un cercle de feu, s’avancer pas à pas,
Cherchant des ennemis qu’on apercevait pas.

Les lourds affûts, traînés à grand bruit de ferrailles,
Disloquaient çà et là, charpentes et murailles;
Aux vitres, sur les toits, partout le plomb strident
Crépitait, ricochait, grêlait; et cependant
C’étaient eux, les soldats – chose incompréhensible –
Qui pour un tir fatal semblaient servir de cible,
Et, criblés, ne sachant à quels saints se vouer,
Voyaient leurs masses fondre et leurs rangs se trouer.

Ils avaient cru n’avoir qu’à cerner le village
Avant d’y promener la torche et le pillage;
Et voilà que battus, décimés, écharpés,
Ce sont eux qui se voient partout enveloppés!
Et comment repousser ces attaques étranges?
Au coin des murs, au seuil des maisons et des granges,
Dans le creux des fossés, aux pentes d’un guéret,
Où son costume gris s’efface et disparaît
Partout, la crosse en joue, un insurgé se dresse
Et les fusille avec une incroyable adresse.
Où pointer les canons? Où fondre? Où se porter?
Dans ce dédale affreux comment s’orienter?…
Là, qui s’arrête tombe; ici, feu sur qui bouge!
Mort à tout ce qui porte un uniforme rouge!…
Cela faisait un sombre et farouche tableau.

Le commandant, un vieux soldat de Waterloo,
Pâle et voyant déjà, sans être un grand prophète,
Venir l’humiliante et fatale défaite,
Devant cet ennemi qui glisse entre ses mains,
Aux premiers rangs s’épuise en efforts surhumains.
Il comprend que pour lui l’échec serait la honte;
Et, courant au-devant de la mort qu’il affronte,
Il cherche en vain, par des appels exaspérés,
À rallier un peu ses soldats effarés…
Impossible!… Et bientôt, tout le long de la route,
On vit s’enfuir au loin les Anglais en déroute.
Armes, munitions, vivres, fourgons chargés
Tombaient du même coup aux mains des insurgés.
Les opprimés avaient remporté la victoire.
Et l’un des plus brillants feuillets de notre histoire
Porte aujourd’hui le nom vainqueur de Saint-Denis!

Hélas! beaux horizons trop vite rembrunis!
Deux jours après – c’était l’envers de la médaille –
Saint-Charles perdait tout en perdant la bataille.
Tout? non pas! car déjà le coup avait porté :
Saint-Denis nous avait conquis la liberté!

Mise en texte : Mélanie Plourde

 


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Consulté 2461 fois depuis le 28 juin 2010

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