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Les Patriotes de 1837@1838 - Lady Cartier, un compte-rendu de Gilles Rhéaume
 HISTORIOGRAPHIE 
     
Lady Cartier, un compte-rendu de Gilles Rhéaume
Article diffusé depuis le 25 octobre 2004
 




Micheline Lachance, Lady Cartier, Québec-Amérique, Montréal, 2004, 525 pages.

Il en est des livres comme des vins… Certains sont des grands crus, d’autres le sont moins. Il y a plusieurs demeures dans la maison des lettres. De toute évidence, le dernier livre de l’auteure est le fruit de goûteuses et généreuses vendanges. Les qualités viticoles supportent bien la comparaison avec les œuvres littéraires car, l’un et l’autre de ces univers, commandent soins, attention, patience et consistance. «Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage», disait Boileau. Rien n’est plus agréable à lire qu’une main d’écriture aguerrie aux subtilités de la langue, cela coule alors de source et comble d’aise un lecteur qui ne cesse d’en redemander. Plus une langue est dépouillée croyait Colette, qui le répétera ad nauseam à Georges Simenon, ce liégeois qui fut sans doute la belle plume du XXe siècle, plus la littérature en regagne.



Ce roman historique québécois consacré à une époque et des personnages, parmi les plus déterminants du Canada-Français et du Québec, n’est rien de moins qu’un authentique chef d’œuvre. Il traversera, certainement, on peut sans crainte miser là-dessus, le temps et les générations tant il a été construit à partir des éléments les plus porteurs qui soient dans le monde des lettres. Rien n’y manque pour accrocher l’attention et l’admiration. Une histoire merveilleusement racontée, voilà ce que c’est. Chacun des mots qui animent cette œuvre a été méticuleusement choisi comme autant d’images qui interpellent; l’harmonie qui s’en dégage convie le lecteur à se transporter dans une aventure qui ne peut que le délecter et qui lui procurera autant de plaisirs que de savoirs. Ce qu’on apprend dans ce livre ne cesse d’étonner. Comment se fait-il qu’il aura fallu attendre un roman comme celui-là pour que tout un peuple puisse revivre, près d’un siècle et demi plus tard, ces moments fondateurs de notre état de servitude que fut la Confédération de 1867 ?



Micheline Lachance a déjà connu un immense succès de librairie avec sa Julie Papineau qui a fracassé des records de vente. Son Lady Cartier s’inscrit, ne serait-ce qu’au seul plan de la chronologie historique, dans le sillon de son ouvrage précédent qui concernait, lui, la période des Patriotes de 1837-1838. C’est celle de la Confédération de 1867 qui constitue la trame de fond de ce livre qui vient d’apparaître sur les rayons des libraires. On se rappelle qu’après les «troubles», Londres avait imposé, en 1840, un nouveau régime politique, celui de l’Union, où le Bas-Canada (1791-1840) a été carrément annexé au Haut-Canada dans le but avoué de le banaliser et de l’assimiler, d’angliciser toute une population si différente par la langue, l’histoire, la culture et la religion.



L’Union avait été tissée avec les matériaux de l’injustice la plus flagrante alors que le Bas-Canada, pourtant plus populeux et plus riche, que son voisin qui croulait sous les dettes, avait dû se contenter de la parité parlementaire (même nombre de députés pour les deux colonies) et assumer le déficit du Haut-Canada. Voilà en quels termes le colonialisme anglais a volé le Québec… Qui plus est, la langue française avait été proscrite (elle le demeurera jusqu’en 1848); la langue de tout un peuple avait été ainsi bannie des affaires publiques et parlementaires. N’est-ce pas là un crime contre l’humanité ? Ce régime inique s’il en est et qui dura plus d’un quart de siècle, ne fonctionnait même pas. Les gouvernements tombaient l’un après l’autre, incapables qu’ils furent de conserver l’appui de la majorité de la chambre des députés. Comme l’Italie de l’après Deuxième Guerre mondiale, les Canadas-Unis du milieu du XIXe siècle s’embourbèrent dans les dédales sans fin de la lutte des partis et de leurs factions. C’est alors que s’est dessinée la nécessité de suppléer à ces carences.



George-Étienne Cartier, l’anti-héros de ce roman, est né sur les bords du Richelieu, à Saint-Antoine en 1814, il mourra à Londres, en 1873. En 1837, il sera avec le Dr Wolfred Nelson à Saint-Denis, lors de la fameuse bataille, dont il se sauvera lâchement, soi-disant pour aller chercher du secours de l’autre côté de la rivière qu’il traversera à la nage. Il n’est jamais revenu… Il prit le chemin de l’exil et ne rentra au pays qu’après l’amnistie générale de juillet 1838. Il avait vingt trois ans. Il réussit à se servir de cela pour faire avancer sa carrière mais, par la suite, il reniera souventes fois son passé patriote et il deviendra un farouche partisan de la politique britannique. Il développera une anglomanie caractérisée.



Il fera sauter le «s» de son prénom pour faire plus anglais. Il parlait anglais jusqu’avec ses serviteurs canadiens-français, il tenait même à avoir un accent anglais pour faire encore plus «british», entrelardant toutes ses phrases d’expressions anglaises. Tout un pistolet ! Malgré cela, il sera la vedette politique de son époque. Il fut le premier des Trudeau, mais un Trudeau bleu. Comme l’autre, il aurait pu être caille ou encore même mauve si les circonstances s’y étaient prêtées. Il s’alliera aux plus francophobes des Canadiens, aux racistes les plus arrogants et les plus violents, comme George Brown, le fondateur de Globe de Toronto et chef des «grits», les rouges du Haut-Canada qui mangeaient du Canadien-Français à toutes les sauces… Cartier concocta avec John A. Macdonald, qui pourtant le méprisait et le méprisera encore davantage, le projet diabolique que Londres adopta en 1867. Le Canada des Rocheuses, c’est l’œuvre de Cartier comme une offrande à la puissance britannique. Il sera fait baronnet par Victoria, celle-là même au nom de laquelle les Patriotes ont été pendus. Cette élévation nobiliaire a elle aussi une histoire qu’apprécieront vivement ceux qui liront le livre.



Le génie de Micheline Lachance réside, sans s’y confiner, dans le fait que l’être de ce roman historique tourne autour des femmes de l’entourage de ce triste sire, ce qui donne à l’ouvrage un caractère fort original et fécond. Nous savons encore si peu de choses sur la vie féminine au XIXe siècle, malgré, il faut le souligner, et c’est avec plaisir que nous le faisons, des études fondatrices d’un mouvement de recherche intellectuelle devenu incontournable. Mais ici l’approche est celle de la romance en son sens le plus net. Quand Cartier revint d’exil, après l’amnistie accordée aux Patriotes, en juillet 1838 (voilà encore une fois un exemple qui valide la perception que la réalité dépasse parfois la fiction), il fut accueilli généreusement par un libraire patriote, le rouge dont il épousera même la fille, Hortense, l’héroïne du livre. Édouard-Raymond Fabre, c’est un des Chefs Patriotes les plus en vue. À Montréal, sa boutique de livres est depuis longtemps un lieu de rencontre des militants habités comme lui des idées maçonniques et patriotiques. C’est le complice de Ludger Duvernay, fondateur de la SSJB, que Fabre présidera en 1850. Auparavant, il sera aussi de la société secrète «Aide-toi et le ciel t’aidera», dont nous ne savons encore que bien peu de choses sinon qu’elle visait à réveiller la population. Il fut aussi maire de Montréal. Patriote impénitent, homme public de premier plan, dont nous attendons toujours le biographe, Fabre ne plia jamais l’échine devant les affronts de la minorité coloniale anglaise. Alors que Cartier se bousculera aux portillons de l’écrasement et de la soumission, les Fabre redresseront la tête pour combattre l’infamie.



La vie politique déchirera littéralement la famille de Cartier qui est passé du côté de ceux qui ont renié le programme patriote pour faire alliance avec les Anglais et brûler ainsi le drapeau tricolore pour arborer les couleurs du maître… Ce drame un jour sera certainement porté à l’écran et le plus tôt sera le mieux, car c’est le drame du Canada tout entier qui, dans toute sa vénalité, se déploie sous nos yeux, avec les sempiternelles défaites accumulées d’un peuple dépossédé des instruments de son développement. Les peuples conquis sont condamnés à la médiocrité… Cartier est un vire-capot qui méprisera désormais le Papineau qu’hier encore il adulait. Deux drames sont relatés dans ces pages, l’un politique, l’autre plus intime. La vie privée de ce père de la Confédération canadienne est faite de mensonges, de faux-fuyants et de dissimulation.



Il y aura deux madames Cartier, deux cousines, presque des sœurs, dont l’affrontement et la rivalité constituent le noyau de l’ouvrage. Une de ces dames vit à Montréal, avec ses filles, tandis que l’autre, très riche et indépendante, Luce Cuvillier, fille d’un prospère homme d’affaires, rejoint constamment son amant George bien-aimé, à Québec, à Toronto, à Ottawa, à New York, à Washington, à Londres etc. Tout le monde sait que cette dernière «Madame Cartier», que l’on voit partout dans les salons officiels, n’est pas la vraie, qu’il y en a une autre terrée dans sa maison du Vieux Montréal… Tandis que Cartier méprisera violemment les convictions politiques de sa légitime, il estimera au plus haut point les conseils et les avis de sa maîtresse qui le conduiront à de plus en plus d’obséquiosité face à l’autorité britannique.



Les Fabre sont aux antipodes de cette philosophie des courbettes devant un conquérant qui ne mérite en rien le respect. En une phrase, Cartier détestait sa belle-famille qui le lui rendait bien. La franchise des échanges et la liberté d’expression de cette époque et de ce milieu bien singulier des mœurs québécoises, font ressortir brillamment des types de femme qui s’affirment et revendiquent. La pauvre Hortense n’aura pas de chance avec son mari mais cela ne l’empêchera pas d’être une femme déterminée, n’ayant pas froid aux yeux et animée de principes patriotiques et progressistes qui font honneur à sa famille et qui ont le don de déplaire vivement à George, pour lequel elle agit comme une conscience, qui ne cesse de le rappeler à l’ordre, en défendant constamment le point de vue patriote qui est aussi celui du peuple… Les filles du couple sont au centre de cette intrique. Enfants d’un premier ministre, ces demoiselles ne sont pas dupes des fourberies de leur père qu’elles voient ostensiblement aimer une autre femme que leur mère.



Il faut lire ce Lady Cartier afin de mieux comprendre l’histoire de la naissance de la Confédération canadienne et les divers versants d’une saga politique et matrimoniale marquée au coin de la trahison et de la félonie. Un détail parmi mille : le lecteur verra aussi qu’il n’aura pas fallu le 30 octobre 1995, pour que le Canada vole les élections au Québec. Le Canada c’est le royaume des fraudes électorales et référendaires… et ce, depuis sa soi-disant fondation en 1867. Le scandale des commandites a des sources historiques bien identifiées que cette biographie romancée signalent comme autant d’expressions de la tutelle du Conquérant…



Gilles Rhéaume

 


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Consulté 6221 fois depuis le 25 octobre 2004
 Louise Gagnon Beauchamp  (20 mars 2007)
Lady Cartier, Un chef-d`oeuvre, ni plus ni moins. Quel bonheur de pouvoir vous lire Mme Lachance. Merci, merci.
 Ginette Cartier  (8 mars 2006)
Ce roman est un échec. Peut-être dû à la personnalité même d`Hortense Cartier, qui sait? Une vie triste de femme trompée par une cousine, qui elle s`est amourachée de Cartier, personnage d`une rare fatuité dont on se demande quelle qualité elle a pu lui trouver... Et rien sur les magouilles politiques du Grand Homme! On aurait pu apprendre des choses... Mais non, juste le drame personnel et banal d`une bourgeoise de Montréal. Navrant.
 Carole Vachon  (5 février 2005)
Je viens tout juste de terminer Lady Cartier. J`en garde un goût amer.J`ai encore soif de faits historiques. Je trouve que c`est un roman triste. Je n`ai pas le même souvenir des romans sur Julie Papineau.
 Francine Bélair  (27 janvier 2005)
Je n`ai pas aimé que le narrateur soit une enfant si jeune; le côté historique manque de substance; l`esquisse psychologique des personnages effleure à peine ce qu`ils sont, qui ils sont. Trop grande quantité de chapitres.
 Johanne Lalande  (26 octobre 2004)
Je l`ai justement réservé à la bibliothèque ayant déjà lu Julie Papineau (les 2) de Mme Lachance, j`étais certaine que celui-ci serait aussi bon et ces personnages sont tellement attachant s qu`on pleure quand ils décèdent. J`ai lu votre article sur Lactance également et j`ignore si je pourrai le louer à ma bibliothèque, mais j`ai bien hâte de lire Lady Cartier. J`ai aussi visiter sa maison à Montréal qui est un musée. Merci de nous donner votre opinion!

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