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Les Patriotes de 1837@1838 - <i>Les Patriotes</i><br>Poème de Nérée Beauchemin, paru dans <i>La Patrie</i> en avril 1885
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Les Patriotes
Poème de Nérée Beauchemin, paru dans La Patrie en avril 1885

Article diffusé depuis le 8 juin 2004
 




Ce poème de Nérée Beauchemin, paru dans le journal La Patrie en avril 1885, a été lu par un des membres de l'Atelier d'histoire de Pointe-aux-Trembles le 24 mai 2004 lors du dévoilement d'une plaque commémorative aux Patriotes de la P.A.T et à l'occasion de la Journée nationale des patriotes. Merci à Mme Mugette Dulac qui nous l'a communiqué.



LES PATRIOTES

 

On les a bien clamés, ces imprudents rebelles!

Pour nous, cependant, il n’est figures plus belles,

Plus dignes du burin de nos historiens,

Que celles de ces doux gentilshommes terriens,

Paisibles, de la plus paisible bonhomie,

Qui, surexcités par une engeance ennemie,

Provoqués, assaillis, frappés, poussés à bout,

Eurent l’audace et le cœur de crier : Debout!

 

Un peuple est patient, et longtemps il endure :

Harcelé par les coups d’un maître à la main dure

Qui le force à plier l’orgueil d’un noble front,

Morne, silencieux, dévorant son affront,

Longtemps, il va courbé sous le joug qui lui pèse,

Et sa colère sourde à la longue s’apaise.

 

Mais voilà que soudain ce grand peuple irrité,

Par un nouvel outrage à la face fouetté,

A senti battre au flanc tout le sang de l’artère.

Un souffle furieux le soulève de terre.

 

Il s’élance et, terrible, échevelé, béant,

De toute la vigueur de son thorax géant,

À pleins poumons, à pleine gorge, à pleine tête,

Pousse à travers la nuit sa clameur de tempête.

 

Ce n’est plus la fureur du valet mutiné,

Le blasphème écumant du forçat déchaîné,

Le mugissant courroux de la bête de somme :

C’est le cri, c’est la voix, c’est le verbe de l’homme,

Le tocsin gronde et les drapeaux claquent au vent :

Debout! debout! en avant! en avant!



Telle, un jour, éclata la clameur vengeresse

De Trente-Sept : tel fut le long cri de détresse

De ces humbles et doux campagnards belliqueux.

 

Oh! que n’étions-nous là trois cent mille avec eux!

 

Trente-Sept, un esclandre, une vile révolte?

 

Et c’est vous les enfants, vous dont la main récolte,

Sans peine, sans effort, presque sans y songer,

L’immense bien que fit l’orage passager;

 

C’est vous, indignes fils, héritiers de leur gloire,

Qui jetez cette boue à la blanche mémoire

Des pauvres morts; c’est vous qui crachez ces mépris

Aux survivants, au front d’un père aux cheveux gris.

 

Nos Patriotes, des révolutionnaires?

 

Non! j’en atteste nos archives centenaires,

Et ces poudreux traités scellés du seing royal,

Et ce mil huit cent douze où l’on fut si loyal.

 

Non! ni séditieux, ni fous, ni fanatiques,

Ni frondeurs, ni brouillons, ni forbans politiques,

Ni traîtres, ni félons, ni vils, ces braves gens,

Ce peuple honnête, ces naïfs intransigeants

Qui, s’arrachant aux bras de leurs parents en larmes,

Ne décrochèrent leurs pauvres et tristes armes

Et n’en rougirent le vieil acier révolté,

Que pour ce vaste droit humain : la liberté.

 

Nérée Beauchemin (1850-1931)

 


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