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Les Patriotes de 1837@1838 - Les Patriotes et les mouvements d'indépendance en Amérique latine
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Les Patriotes et les mouvements d'indépendance en Amérique latine
Article diffusé depuis le 9 janvier 2012
 


José de San Martin (1778-1850)

La presse au Bas-Canada était vers 1837 une source d'information très importante qui abordait l'ensemble des nouvelles locales aux plans économique, social, culturel et politique. On y retrouvait aussi une couverture des nouvelles de l'étranger; les journaux abondant notamment l'actualité des mouvements d'émancipation en l'Europe et en Amérique latine. De quelle manière les mouvements d'indépendance en Amérique latine notamment ont-ils pu influencer l'action des Patriotes du Bas-Canada ?

Le climat politique et social au Bas-Canada était devenu de plus en plus tendu après la guerre des subsides en 1827.   Ailleurs, en Europe et en Amérique latine, se produisait au même temps un phénomène qui aura ici une influence politique considérable : la recherche d'indépendance face à la monarchie. Cet enjeu sera abordé par les journaux pro-patriotes du Bas-Canada qui salueront cette démarche vers l'indépendance. En même temps, les journaux couvraient déjà avec assiduité ce qui se passait aux États-Unis,  véritable modèle constitutionnel pour les Patriotes du Bas-Canada. Ces journaux rendaient aussi compte de la situation de l' Irlande, où le combat des Irlandais, comme le dit l'historien Yvan Lamonde, a souvent été comparé à celui mené au Bas-Canada, tout comme Daniel O'Connell, leader irlandais indiscutable, a souvent été comparé à Papineau (LAMONDE, 2000 : 200). Les journaux décrivent aussi amplement l'évolution de l'insurrection à Naples contre les Bourbons d'Autriche en mai 1820, du désir d'émancipation de la Grèce face à la Turquie à compter de 1821, des « trois glorieuses » de juillet 1830 en France, de la Belgique qui se sépare des Pays Bas et de la Pologne qui se soulève contre l'empire Russe.

La presse parle aussi des « Patriotes » de l’Amérique du Sud et de la force et de leur conviction pour conquérir leur indépendance. Entre 1815 et 1837, des journaux comme La Minerve, Le Spectateur canadien ou Le Canadien expriment leur admiration pour ces peuples qui luttent contre la couronne espagnole.

Le 22 août 1818, Le Canadien publie une petite biographie, ainsi que l'intervention du général argentin José de San Martin pour libérer le Chili :

Le général San Martin – Nous avons reçu l’esquisse suivante sur le général Joseph de San Martin, Commandant des Troupes des Patriotes du Chili. […] Il entra immédiatement sous les étendards de son Pays natal [Argentine], et dès que l’émancipation en fut effectuée, il suggéra l’idée hardie de traverser les Cordillères, épuisa ses propres moyens pour obtenir des fonds, et, par ses effort sans relâche, leva, incorpora et disciplina une armée de trois mille hommes avec laquelle il traversa ces montagnes effrayantes. Après avoir gravi au haut des montagnes et être descendu d’affreux précipices, sur une étendue de terrain de plus cent quarante lieues, il arriva dans la plaine de Chacabuco, près de St. Jago, avant que l’ennemie eût avis de son approche. Il fut rencontré par une armée de plus du double de son nombre, avec une puissante artillerie, et ce fut que là qu’avec sa bande Spartiate il décida le sort du Chili (Le Canadien, 22 août 1818)

Ce même journal publie le 5 mai 1824 un article consacré entièrement à Simon Bolivar commençant par sa biographie et poursuivant avec des récits de guerre:

Cependant Bolivar travaillait avec activité à amener la guerre à une fin. Enfin, le 24 Juin 1821, il mena ses braves soldats à une victoire signalée et décisive, dans les plaines célèbres de Carabobo, où l'armée des Royalistes fut complètement défaite, avec la perte de leur artillerie, de leur bagage, et de plus de 6000 hommes. Peut-être, après tout, les succès les plus signalés de Bolivar furent-ils ses victoires rapides et glorieuses de Bonsa, Sogamoso, Vargas et Bayaca, lorsqu'ayant trompé les ennemies sur sa position et ses mouvements, il laissa les Bancs de l'Orinoque, monta sur les hauteurs de Candimana, traversa des forets et gravit des montagnes jamais foulées par pas d'hommes, et avec une armée de 1400 soldats épuisés par la fatigue et les souffrances d'une marche de 600 miles, il battit trois fois 8000 soldats espagnols frais et sains. Ce fut alors qu'il déploya particulièrement les ressources de son vaste génie. (Le Canadien, 5 mai 1824)

On constate un besoin éminent de donner un caractère héroïque, presque mythique, à Simon Bolivar, José de San Martin et aux autres acteurs importants des guerres indépendantistes : « Le nom des grandes figures circule dans la presse : Bolivar, San Martin, O'Donnell, O'Higgins. On publie des biographies et des discours de Bolivar, des renseignements sur les moments décisifs comme le congrès de Tucuman du 9 juillet 1816, qui déclare l'indépendance des provinces de Rio de la Plata... » (LAMONDE, 2000 : 206)

Il est cependant important de préciser que les leaders militaires de l'Amérique Latine étaient des généraux qui avaient déjà eu une préparation militaire. À titre d'exemple, San Martin était un militaire de carrière formé en Espagne qui avait participé à la guerre d'Espagne », et dans le cas de Bolivar, en 1798 « Après une préparation militaire, Simon Bolivar reçoit du roi d'Espagne le grade de sous-lieutenant des bataillons des milices des blancs de vallée d'Aragua dont son père avait été colonel »  Le 6 juillet 1822, Le Spectateur canadien publia le texte suivant:

Entre les nouveaux états de l’Amérique, l’empire mexicain, et la république colombienne fourniront sans doute ces quartier-ci les nouvelles les plus fréquentes, comme en étant les moins éloignés. [...]La note du ministre colombien respire la force, l’énergie et la fierté de l’esprit républicaine au point peur être que plus d’un royaliste y découvrira, ou feindra d’y découvrir de l’insolence ou la fanfaronnade. Quant au décret mexicaine, le stylé nous a paru obscure et embarrassé, soit par la faute du rédacteur espagnol, ou par celle du traducteur anglais, au point d’être à peu près inintelligible, et nous ne serions pas du tout surpris si elle paraissait telle à nos lecteurs, dans la traduction française que nous avons essayé d’en faire. (Le Spectateur Canadien, 6 juillet 1822)

Bien qu'il existe un effervescence libertaire en Amérique Latine et un authentique désir d'indépendance, il est très important de signaler que pendant la genèse de cette mouvance, au Bas-Canada, les revendications n'étaient pas du même caractère selon Michel Ducharme, « si ces demandes apparaissaient au moment même où les colonies de l'Amérique Latine sont à leur tour touchées par une vague révolutionnaire (1808-1826), elles en demeurent distinctes » (DUCHARME, 2009:67), et que c'est plus tard que les Patriotes du Bas-Canada se sont imprégnés du désir d'indépendance, comme l'indique Donald Cuccioletta dans son article « De Bolivar à Papineau » :

C’est ainsi qu’en 1810 débute la marche de Simon Bolivar, qui porte son message de révolution du Venezuela jusqu’au Pérou, pendant que San Martin fait de même dans la région du rio de la Plata, peu de temps après que Bernardo O’Higgins eut mené la lutte au Chili. Ces luttes anticoloniales voient aussi le jour au sein des colonies britanniques du Bas et du Haut-Canada en 1837-38. La rébellion des Patriotes, s’inspirant des autres luttes dans les Amériques, revendique cette même indépendance. Papineau dans le Bas-Canada. (Le Devoir, 4 avril 2001)

Comme les Patriotes Bas-Canadiens, les Patriotes de l'Amérique du sud ont aussi été inspirés et influencés par les philosophes du siècle de lumières: « Du rio de la Plata jusqu’au Bas-Canada, des idées comme la séparation de l’Église et de l’État, la démocratie, le libéralisme, l’école publique et l’institution de la république se font entendre et remplissent les pages de journaux comme la Gaceta de Literatura de Mexico, le Papel Periódico de Bogotá, la Gaceta de Buenos Aires, le Mercurio Peruano et Le Canadien au Bas-Canada. »

Il n'est pas rare que des observateurs étrangers aient aussi un regard sur ce qui se passe au Bas-Canada alors que les États-Unis, le Brésil, et la plupart des pays latino-américains avaient conquis leur indépendance. « Ludger Duvernay, propriétaire de La Minerve, [...] se fait aussi rappeler par un de ses correspondants français : « Jetez les yeux sur la carte des Amériques et vous verrez que vous êtes le seul peuple de ce vaste continent qui soit resté le très-humble sujet d'une puissance européenne. »

Dans l'ensemble des journaux patriotes, on note l'abondance des articles consacrés aux mouvements d'émancipation en Europe et aux États-Unis et qui ont certainement  stimulé ici  l'effervescence nationale exceptionnelle que l'on sait. Les mouvements indépendantistes de l'Amérique Latine ont aussi été une source d'inspiration et d'admiration. Dans les articles consacrés à l'Amérique Latine, on dénote l'enthousiasme pour les exploits de Bolivar et San Martin, leur courage et leur génie militaire. On remarque aussi combien la presse bas-canadienne suit attentivement l'actualité de ces pays. Difficile d'affirmer lesquels de ces mouvements ont le plus influencé nos Patriotes. Les exploits d'indépendance de l'Amérique du Sud ont probablement aiguillonné l'imaginaire des Patriotes et allumé une étincelle dans l'âme nationale des gens d’ici. Cependant, bien que les aspirations libérales aient été analogues, il nous semble évident que la circonstances étaient bien différentes : Bolivar et San Martin étaient des généraux formés qui ont mené à la guerre des régiments bien entrainés et armés, tandis qu'ici, au Bas-Canada, c'est un peuple qui a pris les armes, de petits bourgeois alliés à des paysans affrontant la plus puissante armée de l'époque…

Gabriel Mauricio San Martin Carimán

BIBLIOGRAPHIE


BRIZUEL, Gabriel Eduardo, José de San Martín y Domingo Faustino Sarmiento, Éditorial de la Facultad de Filosofía, Humanidades y Artes, San Juan, 2000, 317p.

CUCCIOLETTA, Donald (2001), « De Bolivar à Papineau », Le Devoir, 4 avril.

DUCHARME, Michel, Le concept de liberté au Canada à l'époque des Révolutions atlantiques, 1776-1838, McGill-Queen's Press, Montréal, 2009, 360p.

LAMONDE, Yvan, « Conscience coloniale et conscience internationale dans les écrits publics de Louis-Joseph"

LAMONDE, Yvan, Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896), Québec, Éditions Fides, 2000, 565p.

TACOU-RUMNEY, Laurence, Simon Bolivar, Éditions de l'Herne, Paris, 1986, 488p.

Le Canadien, 22 août 1818; Le Canadien, 5 mai 1824; Le Spectateur canadien, 6 juillet 1822.

 


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