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Les Patriotes de 1837@1838 - L'événement fondateur du Canada actuel : l'incendie du parlement de Montréal en avril 1849
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L'événement fondateur du Canada actuel : l'incendie du parlement de Montréal en avril 1849
Article diffusé depuis le 2 janvier 2012
 




L'incendie du parlement de Montréal de 1849 est un événement fondamental dans la naissance du Canada que l'on connaît aujourd'hui. D'une violence étonnante, l'émeute des torys de Montréal est de nos jours assez méconnue. Afin de bien en comprendre les enjeux et conséquences de cet événement, il convient d'en rappeler le contexte historique et économique. Au début des années 1840, la Grande-Bretagne commence à adopter des idées de plus en plus libérales. C'est la fin des tarifs préférentiels ayant fait la fortune des marchands anglophones (tory), et le début d'une liste de «trahisons» de la couronne britannique envers ses loyalistes convaincus. Le 10 août 1847, la reine sanctionne une loi établissant une liste civile permanente, mettant ainsi fin à la «querelle des subsides» qui avait contribué au soulèvement patriote. Plus tard, le 3 mars 1848, le ministère du gouverneur Elgin perd la confiance de l'Assemblée législative. Quatre jours plus tard, il octroie le pouvoir aux réformistes La Fontaine et Baldwin qui formeront le nouveau gouvernement le 11 mars. Grâce au gouvernement responsable, ce gouvernement sera le premier à pouvoir être qualifié de «démocratique» au Canada. Le Parlement britannique révoque ensuite, le 14 août de la même année, la clause de l'Acte d'Union qui interdisait l'usage de la langue française dans les assemblées. C'est cependant durant l'année 1849 que tout dégénère. Le 1er février, le gouverneur Elgin sanctionne l'amnistie générale des insurgés de 1837-1838 selon la recommandation de LaFontaine. Puis, enfin, le 13 février l'Assemblée législative lance le débat sur la proposition de LaFontaine d'indemnisation des victimes des rébellions au Bas-Canada. «En somme, en quelques mois, [...] le gouvernement britannique avait satisfait des revendications des Patriotes, reconnu leur langue, amnistié leurs chefs : fallait-il en plus, disaient les torys, [...] "récompenser les rebelles"?» (DESCHÊNES, p.10) En sommes, «la question des tarifs constituait de la dynamite. Mais, pour que la dynamite explose, il fallait un détonateur. Ce détonateur, ce fut le bill des indemnités de 1849» nous informe l'historien Gilles Gallichan (cité par DESCHÊNES, 1999, p. 94), .

Le 25 avril 1849, Lord Elgin se rend à l'Hôtel du Parlement de Montréal, place d'Youvile, «[...] pour donner la sanction royale à un grand nombre de bills» (La Minerve, 26 avril 1849), dont la loi sur les indemnisations des victimes bas-canadiennes. En sortant du Parlement, des torys mécontents inondent d'oeufs, de pierres et d'autres projectiles le carrosse de Lord Elgin. Vers neuf heures, une pluie de pierres déferle sur la chambre d'assemblée, forçant les orateurs à se mettre à l'abri du danger. Peu de temps après, un groupe de vandales pénètrent dans la salle et saccagent les pupitres et les fauteuils. Un d'eux déclarera le Parlement dissout en s'assoyant dans le fauteuil de l'orateur. Puis, on mit le feu au Parlement en brisant les tuyaux de gaz. Le capitaine d'une brigade de pompiers, Alfred Perry, nous informe à ce sujet : «À l'époque, les conduits de gaz étaient fabriqués d'un matériau faible et non en fer comme aujourd'hui. Une fois les brûleurs déplacés, le gaz continua de brûler en faisant fondre les conduits. Les flammes gagnèrent progressivement le plafond et envahirent graduellement le grenier.» Le lendemain, le rédacteur du journal La Minerve est consterné : «Des pompiers rebelles voyaient de coeur joie cette horrible conflagration, il laissaient faire les ravages du feu dont ils ont coutume d'être si grands ennemis.» (La Minerve, 26 avril 1849)

Dans un texte qu'il écrira quarante ans plus tard, Perry racontera son aventure d'émeutier tory et le plaisir qu'il a eu à participer activement à l'incendie. Son témoignage rapporté dans l'ouvrage de Gaston Deschênes nous offre un point de vue intérieur de l'émeute, en nous informant sur les actions de Perry. Il raconte avec émotion le sauvetage du portrait grandeur nature de la reine par un loyaliste écossais :

Arrivé dans le corridor, j'aperçus deux tableaux: celui de Sa Majesté la reine et celui de Papineau. Ce dernier fit sur moi le même effet qu'une cape rouge aurait eu sur un taureau. [...] Le portrait de la reine, [...] n'avait pas été touché par le feu. [...] Aidé de quelques acolytes, et malgré la fumée et les flammes qui les entouraient, ils sauvèrent des flammes le tableau qui, aujourd'hui, orne le parlement à Ottawa. (DESCHÊNES, 1999, p. 109-113)

Constatant que le feu s'était propagé dans les immeubles voisins, comme l'hôpital de l'Hôtel-Dieu, la seule brigade de pompiers disponible, celle d'un certain capitaine Moses, a heureusement pu intervenir à temps. Perry nous explique que «tous les édifices du voisinage furent abondamment aspergés d'eau, mais pas une goutte d'eau ne fut lancée sur le parlement embrasé; et il n'aurait pas été sécuritaire pour quiconque d'essayer.» (DESCHÊNES, 1999, p. 115)

Au lendemain de l'incendie, cinq émeutiers sont arrêtés. Parmi eux, Alfred Perry, «[...] J. M. Ferres, éditeur de la Gazette, W. G. Mack, avocat, A. Heward et H. E. Montgomerie» (La Minerve, 26 avril 1849). Dans son témoignage, Perry nous raconte son arrestation et son emprisonnement. Ayant été placé dans une cellule peu confortable, Perry s'est déclaré malade. Son médecin et le shérif Boston sont arrivés environ une demi-heure plus tard. Et puisque «tous deux étaient des torys mécontents» (DESCHÊNES, 1999, p. 119), il a été transféré sur le champ dans une section plus confortable de la prison, avec les autres prisonniers mentionnés plus haut, puis, «cette nuit-là, dans la prison, on entendit le murmure de douces réjouissances» (DESCHÊNES, 1999, p. 119-120).

Si le portrait de la reine a survécu aux flammes, la bibliothèque et les archives nationales canadiennes, qui avaient été déménagées dans le parlement de Montréal, n'ont pas eu cette chance et ont été réduites en cendre. Dans son édition du 26, le rédacteur de La Minerve écrira : «Le plus regrettable de tout, c'est la perte irréparable des bibliothèques, des journaux, des records, etc. [...] Sous prétexte de refuser une indemnité de £90,000, ils font souffrir au pays une perte irréparable et par conséquent incomparablement plus grande.» (La Minerve, 26 avril 1849)

Le 27 avril, dans le Canadien, on y lit que dans une déclaration d'un sarcasme incisif étonnant, «Sir Allan MacNab a donné avis qu'il ferait motion [...] pour permission d'introduire un bill pour pourvoir à ce que les pertes causées par l'incendie [...] soient payées à même les fonds destinés à l'indemnité des pertes souffertes pendant la dernière rébellion.» (Le Canadien, 27 avril 1848)

Le point de vue des journaux

Dans un numéro spécial du 25 avril, le journal anglophone tory The Gazette engage la population anglo-saxonne à la guerre civile : «Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l'avenir; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-même. [...] La foule doit s'assembler sur la Place d'Armes, ce soir à huit heure. Au combat, c'est le moment!» (DESCHÊNES, 1999, p. 102) Encore aujourd'hui, le cynisme des rédacteurs du journal reste impassible.

L'historien Lionel Groulx nous informe d'ailleurs que «la presse tory exerce une sorte de monopole de l'opinion» (DESCHÊNES, 1999, p. 45), et que la plupart des journaux anglophones «[...] s'accordent à foncer contre l'ennemi commun : la French domination installée au parlement et au ministère» (DESCHÊNES, 1999, p. 46) «Ils excusent l'émeute avec autant de zèle qu'ils en ont mis à la soulever.» (DESCHÊNES, 1999, p. 74) Le journal anglophone tory Quebec Mercury publiera «At the same time that we depreciate this rash and highly criminal act - we must confess that the present Administration have brought the awful consequences of it upon the country» (Quebec Mercury, 26 avril 1849). Le lendemain, le premier article du journal est titré : «Rebellion rewarded and Loyalty insulted». Dans cette édition, les rédacteurs expriment une fois de plus leur totale incompréhension de l'événement et de ses enjeux : «Yesterday, His Excellency the Governor General [...] gave his assent to that revolutionary measure, unprecedented in the history of civilized nations, by which, the victorious defenders of the Throne are to be taxed to pay the losses of defeated rebels» (Quebec Mercury, 27 avril 1849). Ils reprochent donc l'adoption de l'indemnisation, avant de dénoncer les autres événements violents étant survenus la veille.

Pour La Minerve, l'émeute était totalement imprévisible et correspond à un acte atroce : «On pouvait bien s'attendre à quelques insultes de leur part, [...] mais qui aurait cru qu'il porteraient l'effronterie et l'audace jusqu'au point de lancer des oeufs et de la glace sur Son Excellence et ses Aides-de-Camp?» Il publieront tout au long de l'année les suites de l'événement, dont une deuxième émeute en août 1849. Comme mentionnée plus haut, la pire conséquence de l'incendie, selon La Minerve, a été la destruction de la bibliothèque et des archives nationales, à jamais perdues dans l'histoire.

Conséquences

Les conséquences immédiates de l'incendie sont désastreuses. Cependant, l'importance de cet événement est aujourd'hui souvent méconnue. Quelles ont donc été les conséquences à long terme de cet événement?

Pour Lionel Groulx, «les événements de 1849 inscrivent une grande date dans l'histoire canadienne. Ils sonnent le glas de l'oligarchie. [...] Avec l'année 1849, la théorie du "gouvernement responsable" ou de l'autonomie canadienne entre triomphalement dans les faits» (DESCHÊNES, 1999, p. 80). En effet, les torys ne seront pas beaucoup réprimés pour l'acte abominable dont ils ont été coupables, mais la couronne britannique et la population canadienne perdront toute confiance en ces gens.

Malgré tout, le souvenir de cet événement ne semble pas vouloir s'imprégner dans la mémoire contemporaine. À titre de preuve, 150 ans plus tard, seul Le Devoir publiera un article digne de mention. Dans celui-ci, le journaliste Jean Chartier recense efficacement les événements de 1849 du point de vu d'Alfred Perry, des historiens Gaston Deschênes et Pierre Turgeon et Hector Berthelot. Ce dernier, cité par le journaliste, explique qu'avant de mourir, un des jeunes émeutiers dénommé Mason «avoua que l’intention des émeutiers était d’incendier la maison du premier ministre et de le pendre lui-même à un arbre de son jardin, puis de traîner son cadavre dans les rues.» (Le Devoir, 21 avril 1999)

L'émeute de trois jours qui a débuté le 25 avril 1849 engendre une perte immense. Le parlement, les livres et les archives qui s'y trouvaient ont été détruits, et la ville de Montréal perdra à jamais le statut de capitale du Canada-Uni. Cependant, l'événement correspond à l'émergence du Canada libéral et progressiste qui donnera la Confédération de 1867.

Adrian LeBlanc-Kobylansky

BIBLIOGRAPHIE

Deschênes, Gaston. Une capitale éphémère : Montréal et les événements tragiques de 1849. Recueil de textes. Québec, Éditions du Septentrion, 1999. 160 pages.

Lacousière, Jacques. Histoire populaire du Québec, Volume 3, Québec, Éditions du Septentrion, 2008. 494 pages.

 


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