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Les Patriotes de 1837@1838 - Où se trouve la dépouille des Patriotes pendus en 1838 et 1839 ?
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Où se trouve la dépouille des Patriotes pendus en 1838 et 1839 ?
Article diffusé depuis le 2 janvier 2012
 




Douze hommes furent pendus à la prison du Pied-du-Courant. Onze d’entre eux ont été enterrés au cimetière Saint-Antoine, situé dans l’actuel square Dorchester, où 55 000 Montréalais, riches ou pauvres, sont inhumés entre 1799 et 1855. Les Patriotes seront placés dans une fosse commune avec les non baptisés et les excommuniés. On compte parmi eux Thomas-Marie Chevalier de Lorimier, Ambroise Sanguinet, Joseph Duquette et Joseph Narcisse Cardinal. Charles Hindenlang, lui, sera inhumé au cimetière des protestants français. Après les nombreuses commémorations et l’exhumation de quelques corps, que reste-t-il de la dépouille des Patriotes exécutés?

Suite à la grande épidémie de typhus de 1849 « dont on subodorait que le vieux cimetière de la rue Saint-Antoine était le foyer » (Laporte, 15 mai 2011), un nouveau règlement de la Ville défend l’inhumation dans les limites de la cité. La Fabrique Notre-Dame décide donc, en 1853, de créer un nouveau cimetière. L’année suivante, elle achète la terre du docteur Beaubien sur le mont Royal, où le cimetière Notre-Dame-des-Neiges accueillera sa première sépulture le 27 mai 1855 (Pierre Daveluy, ville.montréal.qc.ca). Pendant 15 ans, on déménagera les corps du cimetière Saint-Antoine vers celui de Notre-Dame-des-Neiges. Cependant, un bon nombre de dépouilles resteront sur place, la propagation du choléra étant en cause. Pendant plus de 50 ans, donc, le cimetière Saint-Antoine aura été le seul lieu de sépulture des catholiques de Montréal.

Dans les années 1850, en plein essor du nouveau phénomène commémoratif, visant notamment à « renforcer les liens nationaux et les sentiments civiques entre les populations autour de valeurs unificatrices » (Karboudj, 2008 ; 8), la mémoire des héros patriotes se retrouve au cœur des préoccupations de l’Institut Canadien. Dans le souci de préserver le nationalisme canadien-française, l’Institut, premier promoteur de ce projet, considère que pour l’unification nationale « le souvenir d’un événement historique fort doit être conservé » (Karboudj, 2008 ; 8). Et c’est ainsi que le projet d’élever un monument aux victimes politiques apparaît pour la première fois le 7 juin 1853.

L’intention de l’Institut Canadien est davantage tournée vers la commémoration que vers la portée politique : « Nous nous permettons aussi de remarquer que cela n’est l’œuvre d’un parti politique plutôt que d’un autre, mais bien une chose toute nationale et à laquelle tout Canadien doit tenir à l’honneur et à bonheur de pourvoir y contribuer » (Le Pays, 15 juin 1853). On érige donc un monument au cimetière Notre-Dame-des-Neiges après plusieurs années d’attente. Une première inauguration aura lieu le 14 novembre 1858, mais il faudra patienter jusqu’au 14 novembre 1866 pour la seconde, une fois la construction du monument terminée (Karboudj, 2008 ; 24).

Ce n’est qu’à la fin du siècle que les restes de Jean Olivier Chénier sont déplacés vers le Monument aux Patriotes du cimetière Notre-Dame, malgré la tension non négligeable entre l’Église et les valeurs de l’Institut Canadien. Après une grande cérémonie célébrant la translation, « les cendres seront déposées sous la pierre tumulaire du Monument des Patriotes » (Karboudj, 2008 ; 38). À sa mort, le 14 décembre 1837, Chénier avait été enterré dans le cimetière des enfants morts sans baptême à Saint-Eustache, d’où il sera exhumé en 1891. Or une énigme s’impose. Comment peut-on expliquer qu’au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sur le Monument aux Victimes de 1866, il soit possible de lire : « Jean Olivier Chénier (ses restes reposent ici) », alors que ceux-ci se trouvaient bel et bien au cimetière de Saint-Eustache à la même époque? (Karboudj, 2008 ; 37)

Néanmoins, si Chénier s’est retrouvé dans la partie non consacrée du cimetière de Saint-Eustache, c’est bien parce que l’Église s’était rangée du côté de l’autorité anglaise et excommuniait toute personne qui prendrait les armes contre l’autorité légitime (Karboudj, 2008 ; 38). Or en 1891, la position ultramontaine n’avait pas vraiment changé. L’autorité ecclésiastique refuse catégoriquement que l’on inhume les restes d’un excommunié dans un terrain consacré (Karboudj, 2008 ; 38). Les cendres seront donc ramenées, et la seule option possible en la mémoire de Chénier sera d’ériger un monument sur une place publique, en dehors du cimetière. Cet endroit deviendra le Carré Viger.

Malgré la polémique que les événements susciteront, seulement trois anciens Patriotes pourront être enterrés sous le Monument aux Patriotes du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, dans le silence médiatique le plus complet. Ce n’est qu’après la mise à jour des tombes des Patriotes, organisée en novembre 1953, qu’on apprendra le nom des inhumées : F. X. Prieur (1814-1891), François Maurice Lepailleur (1806-1891) et Joseph Narcisse Cardinal (1808-1838). Le premier aura l’autorisation d’être enterré au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, « puisqu’il s’est excusé des actes qu’il a commis pendant les événements de 1837-1838 » (La Patrie, 20 mai 1891). Joseph Narcisse Cardinal, lui, serait aussi présent à proximité du Monument des Victimes, puisque certains journaux ont retranscrit le témoignage prononcé par la dernière fille du Patriote qui se souvient encore que son père avait d’abord été enterré au cimetière Saint-Antoine : « dix-huit ans plus tard, il a été exhumé pour être transporté à la Côte-des-Neiges, sous la colonne des Braves » (La Presse, 22 février 1923). Repêchées dans la fosse commune, reste à savoir cependant, quelles parties de Cardinal se sont retrouvées à Notre-Dame.

Ainsi, les restes des Patriotes se retrouvent donc éparpillés. Malgré tout le mal donné par l’Institut Canadien et certains mouvements afin d’en exhumer quelques-uns au pied du Monument en leur honneur, la grande majorité des dépouilles des condamnés de 1837-1838 demeurent somme toute à leur emplacement initial, au cimetière Saint-Antoine. Après avoir reçu le nom de Dominion en 1872, en 1967, l’endroit sera rebaptisé Place du Canada.

Yoan Lavoie

Bibliographie

DAVELUY, Pierre, Les cimetières de la ville, Centre d’Histoire de Montréal,

ville.montréal.qc.ca

KARBOUDJ, Samira, Le monument aux victimes politiques de 1837-1838 au

cimetière Notre-Dame-des-Neiges : histoire et commémoration, 16 mai

2008, 45 p.

LAPORTE, Gilles, Querelle « monumentale » à propos de l’héritage patriote, Lespatriotesde1837@1838, article diffusé le 15 mai 2011

------------------------, Discours sur le cimetière des Patriotes, 29 octobre 2011

La Patrie, 20 mai 1891

La Presse, 22 février 1923

Le Pays, 15 juin 1853

 


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